Lexique étymologique du breton moderne/O

Texte établi par Faculté des lettres de Rennes, J. Plihon et L. Hervé (p. 213-215).
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O

O, particule verbale, variante de oc’h devant consonne.

Oabl, s. m., ciel, mbr. oabren et noabrenn (cf. koabr et naoz), corn. huibren « nuage » et eèron « ciel », cymr. gtoybr > œ^ôr (ou plutôt l’inverse, Ern.) : soit un brittonique *oepr, qui peut répondre au lat. aequor, « plaine, vaste étendue » ; cf. l’expression aequora caeli.

Oad, s. m., âge, cymr. oed, mbr. et vbr. oet id. : d’un celt. *aiw’ito- t dér. du radical qui se retrouve dans sk. âyus, « vie, âge », gr. *αἰϝ-ών αἰών « siècle », αἰεί et αἰέν « toujours », lat. aeou-m, aetàs « *aio-itât-s), corn. Àtti » et o^s, cymr. oes et vir. 4es « celt. *aiw-estu-) « siècle », got. &&-*, « temps, siècle », al. euo-ig « éternel », etc. — Stokes.

Oaled, s. f., foyer, corn. oilet (voc.) > olas, cymr. aelwydid. : soit un celt. *dgileitâ, dont la syllabe radicale paraît la même (à l’état allongé) que celle du sk. ag ni « feu », lat. ig-ni-s, vir. an, lit. ugnï-s, vsl. og-njï. (Ags. fle/ed « feu » serait dès lors empr. celt. )

Oan, s. m., agneau, corn. oin (voc), oan, on, cymr. oen, vir. dan, ir. et gael. uan id. : d’un celt. *og-no-, cf. gr. *ἀβ-νό-ς ἀμνός, lat. ag-nu-s, vsl. jagnÇy ags. vb. ëanian > ag. to yean « agneler ».

Oaz, s. m., jalousie, zèle, cymr. airfd « ardeur », vir. aed « feu », gaul. n. pr. Aedu-î (« les ardents » ?) : d’un celt. *aid-u-, rac. AIDH « brûler » ; cf. sk. édha « combustible » et aidhà « flamme », gr. αἶθος « feu » et αἰθω « brûler », lat. aed-ës[1], aes-tu-s, etc. — Stokes.

Ober, vb., faire : identique au mbr., corn. et cymr. ober « œuvre ». Empr. lat opéra. (Pour la conjugaison, cf. gra et helluz.)

Od, s. m., variante contractée de aod. V. ce mot.

Odé, s. f., brèche, mbr. aode, cymr. adtoy, cf. vir. àth « gué ». — Étym. inc, sauf empr. possible du brittonique à l’irlandais.

Of (V.), s. m., auge, mbr. nof[2] « crèche » : variante de nèô.

Oféren, s. f., messe, mbr., corn. et cymr. offeren, ir. oifrend, gael. aifrionn. Empr. lat. offerenda, « chose à offrir, offrande ».

Oged, s. f., herse, corn. (ancien) ocet, cymr. oged, etc. : d’un celt. *ok-età, identique à ags. eg-ethe et à vhal. eg-ida > al. egge « herse » ; cf. lat. occa et occ-àre « herser », lit. ak-èti id. et ah-èles « herse », tous dérivés dont on trouvera sous èk la racine au moins probable.

Oglen, s. f., saline. Empr. lat. oculus « œil » > *oclus, d’où vient aussi le dimin. fr. oeillet [de marais salants] ; métaphore.

Oc’h, particule : variante atone de ouch, dans la formation des gérondifs[3], et aussi dans la locution oc’h-penn, « de plus, en outre », exactement « en tète » ou « au bout » [de cela].

Oléou, s. f. pl., les saintes huiles[4], cymr. olew et vbr. oleu « huile ». Empr. lat. savant oleum, prononcé oléum, ou olica. Cf. éôl. OU, tout icf. holl dont l’aspiration est illégitime), corn. hol y cymr. oll, vir. huile > uile, ir. et gael. uile : d’un celt. *olyo-, dont la rac. ne se retrouve qu’en germanique, got. al-l-s, ag. ail, al. ail.

Or, s. m., bord, mbr. eur-yen, corn. urr-ian, « bord, limite », cymr. or, vbr. or-ion : soit un dér. d’une base celt. *5r- pour *ôr-, qui n’a aucun autre répondant que le lat. ôr-a f. « rivage ».

Orbid, s. m., grimace, minauderie : peut-être « cécité > grimace provenant de la cécité », dér. d’empr. fr. ancien orb « aveugle » < lat. orbus, « privé de, infirme ».

Orged, s. f., amourette, mbr. or guet. — Étym. inc.

Ormel, s. m., ormeau (coquillage) : empr. fr. ormel dissimilé pour *ormer = lat. auris maris « oreille de mer » (à cause de sa forme).

Orsel, s. m., burette, fiole. Empr. fr. ancien orçuel > orseul[5].

Ouf (V.), s. m., coin, détour, golfe. Empr. fr. golfe > *gwolf > *wolf > *wouf> ouf (le dernier sens serait le primitif ). — Conj.

Ouc’h, prép., variante de ouz. V. ce mot.

Oujen (V.), s. m., entremetteur : abstrait d’empr. fr. ancien vochier > vougier, « appeler, sommer, dénoncer, assigner ». Cf. juben.

Ounézer, s. m., crasse de la peau : semble altéré pour annézer (Le Pell.) ; ce dernier serait dér. d’un type privatif de même sens et de même formation que gr. ἄνιππος (anippos) « non lavé ». Cf. 2 am- et niza.

Ounn, s. m., frêne (sg. ounnen), corn. onnen, cymr. onn, on et onen, ir. uin-seann, etc. : d’un celt. *onno-, pour. *o«-/io-, identique aulat. or-na-s et (à la longue radicale près) au russe j as-enï id. ; pour la syllabe radicale, cf. ag. ash, al. esche, lit. ùs-i-s.

Ounner, s. f., génisse (aussi annewer V.), nibr. annoer, cymr. anner, vbr. ender-ic « jeune taureau », vir. ainder « jeune fille »[6] : d’un celt. *andëra et *and-erà, cf. gr. ἀνθ-ηρό-ς (anth-êro-s) ; « florissant » ou àô-opic « lascif ».

Ouz, prép., vers, contre, corn. orth, vbr. gurt, cymr. gwrtk, vir./riïA-, fri et ri, ir. re, gael. ri, « vers, contre » : d’un celt. *u>r-ti, cf. lat. versus (pour *0or*-fo-s), ag. -war-d-s (towards, etc.) et al. -wâr-t-s « dans la direction de » (vorwârts « en avant », etc.). V. larac. sous gwerzid.

Ozac’h, s. m., mari (aussi oac’h T., oec’h V.), mbr. ozech, vir. aitkech « maître de maison » : soit un celt. *otiko-[7], pour *poti-ko-, celui-ci dér. de l’i.-e. *poti-, « chef, maître, époux », sk. pâti, gr. πόσις (posis)[8], lat. potis « qui est à la tête de » (d’où pot-io-r « je dispose »), com-pos, im-pos, possum « je puis » < potis sum, etc.

  1. « Foyer », d’où « appartement, temple, maison ».
  2. Chute de l’initiale comme dans 1 aer.
  3. Ainsi oc’h éva signifie « vers boire, à boire », et par conséquent et en buvant », comme en lat. bibendô.
  4. La forme a fait prendre le mot pour on pluriel.
  5. Venu de lat. urceolus. Le Bas-Maine a encore orsoel Dn.
  6. Pour le rapport de sens, cf. lat. juvencus = br. iaouank.
  7. Le br. est inexplicablement altéré : on attendrait *odec’h.
  8. Et cf. gr. δεσ-πότης (des-potês) « maître de maison ».