Lexique étymologique du breton moderne/J

Texte établi par Faculté des lettres de Rennes, J. Plihon et L. Hervé (p. 176-177).
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J

Jakudi, jagudi (C), vb., monter en graine (comme la ciguë, le persil, etc.) : pour *chagudi, dér. de chagud, autre nom d’emprunt de la ciguë (lat. cicûta), mais venu de l’ancien fr. Cf. kêgit empr. lat.

Jalod, jalord, s. m., chaudronnier : pour *chalord, qui serait métathèse de *chaldro. Empr. fr. ancien chaldron « chaudron » ?

Jaô, s. m. f., monture. Empr. fr. ancien jou « attelage », du lat. Jugum. Cf. iéo qui est le mot celt. authentique.

Jaodel, s. f., soupe à l’oignon ou au gruau : confusion de l’empr. fr. chaudel « chaudeau » > br. chaodel, et d’un mot *chavoled qui équivaudrait comme formation à l’italien cipollata « chipolata, ragoût d’oignon ».

Jaodré (C), s. m., rêverie, radotage : dér. de *jaod pour *chaod, qui serait empr. fr. [fièvre] chaude « délire ». — Conj.

Jaritel, s. f., jarret : dér. d’empr. fr. Cf. gàr.

Javed, s. f., mâchoire, joue : la graphie mbr. gacet doit se prononcer jaoet. Empr. fr. ancien joeite <C lat. gàbata, « écuelle, jatte > mâchoire > (argot) et cf. ag. j’aie « mâchoire » et br.jôd. — Loth.

Jéd, s. m., calcul : abstrait de jéder « calculateur », exactement < jeteur » [de sorts][1]. Empr. fr., et cf. fr. jeton [à calculer].

Jelken, s. f., rouelle, tranche mince. Empr. germanique probable, cf. ag. sleek et stick « poli », hollandais slecht et al. nchlicht « plane », etc.

Joa, s. f., plaisir, mbr. yoajf, etc. Empr. îr.joie.

Jobélinen, s. f., voile, fichu ; cf. mouchour jubile « fichu de jour de fête » : dér. d’empr. fr. jubilé. V. aussi moucha.

Jôd, s. f., joue (aussi jôt)> mbr. chot. Empr. fr. ancien jode et jolie, du lat. gâbala. V. sous jaced.

Jodouin, s. m., feu nocturne, lutin. Empr. biblique Gedeon > *jedoen (à cause de l’histoire des lampes cachées dans les cruches en vue d’une surprise nocturne, Juges, vii, 15 sq.). — Conj.

Jolori, s. m., joie, clameur de joie : aussi cholori et chalcari (T.), qui marquent les étapes de la transformation de l’empr. fr. charivari.

Joser, s. m., sébile à écrémer : comme qui dirait « un chausseur », dér. de l’empr. fr. chausse (à filtrer les liquides).

Jôt, s. f. (et dérivés), variante usuelle de jôd.

Jôtôrel, s. f., goitre : pourrait signifier par dérivation « ventrée de mâchoire » ou « gorge en ventre ». V. sons jôt et tôrad.

Jualen, s. f., judelle (oiseau) : parait une contamination d’empr. fr. et de br. duanen id. (oiseau noir). V. sous .

Juben, s. m., entremetteur de mariage, interprète : peut-être empr. fr. ancien *droujemen « truchement », dont la 1re syllabe a été supprimée comme impolie, en tant qu’elle paraissait contenir le mot drouk « mauvais »[2]; puis l’m a pu devenir b par dissimilation.

  1. Aux illettrés les deux opérations paraissent également magiques et compliquées de procédés analogues.
  2. Il va de soi que cette conjecture est très hasardée et fort peu vraisemblable. M. Lotta a appelé mon attention sur fr. juper « appeler en criant » (cf. br. oujen) et jupin « tuteur » (???). Mais qu’est-ce au juste que le premier de ces mots, et surtout le second ? De toute façon l’étymologie est désespérée.