Lettres parisiennes/Année 1837/28

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1837

LETTRE LETTRE VINGT-HUITIÈME.

Mort de la reine Hortense, duchesse de Saint-Leu.
13 octobre 1837.

Oh ! nous sommes triste aujourd’hui, nous n’avons pas le courage d’être méchant : turpitudes et travers, ridicules et prétentions, passez devant nos yeux sans crainte, aujourd’hui nous ne vous verrons pas, nous ne saurions vous reconnaître ; vivez en paix, nous n’aurons pas un sourire pour vous ; ce n’est pas vous que nous cherchons dans la foule : aux jours de regrets on ne va voir que ses amis, on se hâte d’arriver chez eux pour leur confier ses chagrins, et l’on ne fait guère attention aux tournures grotesques, aux figures plaisantes que l’on aperçoit sur sa route.

Être femme et mourir dans l’exil, n’est-ce pas un destin horrible ? Pauvre reine Hortense ! quelle existence malheureuse que la sienne ! Pour quelques jours brillants, que de jours orageux ! pour un peu de gloire, que de larmes ! et cependant, quelle femme avait mieux mérité le bonheur ! Elle avait reçu du ciel tous les dons qui font chérir la vie ; elle était belle, gracieuse, aimée ; elle possédait le charme, le secret de séduire : puissance involontaire que le trône ne donne pas et que l’exil lui avait laissée ; elle était bonne et généreuse, voilà pour les jouissances du cœur ; elle était rêveuse et inspirée, voilà pour les délices de l’imagination ; elle était parée de tous les talents, voilà pour les plaisirs de l’orgueil : que d’éléments heureux, que de trésors, quelle belle part la nature lui avait faite ! Hélas ! une couronne a tout gâté !…

Mourir loin de la France après vingt ans d’exil, c’est cruel : comme elle a dû souffrir ! Eh mon Dieu ! sa mère, dont le sort excite tant de pitié, eut une fin moins douloureuse ; par bonheur, son mari, empereur, l’avait répudiée avant qu’on le détrônât, et sa tombe, à elle, est ici !…