Lettres à Mademoiselle Jodin/08

Lettres à Mademoiselle Jodin
Lettres à Mademoiselle Jodin, Texte établi par J. Assézat et M. TourneuxGarnierŒuvres complètes de Diderot, XIX (p. 396-397).


VIII

À LA MÊME, À VARSOVIE.
1768.

J’apprends, mademoiselle, tous vos succès avec le plus grand plaisir ; mais en cultivant votre talent tâchez aussi d’avoir des mœurs.

Je n’ai point fait la commission en livres que vous m’aviez donnée, parce que j’ai toujours attendu que M. Dumolard me remît des fonds, ce qu’il ne se presse pas de faire.

Je suis tellement accablé d’affaires, que je suis forcé de vous écrire à Varsovie comme si vous demeuriez à quatre pas de chez moi.

Mon respect à madame votre mère. Encore une fois ce n’est pas assez que d’être grande actrice, il faudrait encore être honnête femme, j’entends comme les femmes le sont dans les autres états de la vie. Cela n’est pas bien rigoureux. Songez quelquefois à l’étrange contraste de la conduite de l’actrice avec les maximes honnêtes dispersées de temps en temps dans son rôle.

Un rôle honnête fait par une actrice qui ne l’est pas me choque presque autant qu’un rôle de fille de quinze ans fait par une femme de cinquante.

Bonjour, mademoiselle, portez-vous bien et comptez toujours sur mon amitié.