Les Quarante Médaillons de l’Académie/30

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XXX


M. ÉMILE AUGIER


Très-inférieur à l’auteur de M. Botte, son grand-père. Il n’en a ni l’observation ni la gaieté. Esprit morose qui ne demanderait pas mieux que de rire, car la vive bulle du sang de Pigault-Lebrun doit de temps en temps polissonner dans ses veines ; il n’attrape jamais que le rire acide ou le rire plat. Fruit le plus sec de la poésie contemporaine, il s’est toujours cru du poëte quelque part, et c’est même ce qui l’a perdu. Il a fait le recueil de rigueur. Les Pariétaires, je crois. Pourquoi les Pariétaires ? On n’a jamais pu le savoir, L’auteur y veut être le plus Henri Mürger qu’il peut. Or, Henri Mürger n’était que le groom d’Alfred de Musset. C’est donc un groom de groom. Quelle splendeur !! Dans ce premier mouvement de poésie impuissante, qui continue toujours, dit-on, dans sa tête, M. Émile Augier fit la Ciguë pour l’Odéon : pièce de dix-huit ans, comme on en jouait chez les Jésuites, à la récréation des prix. Ceci le retourna de sa poésie de muraille ; il se crut poëte comique, et il aborda la comédie de Molière avec des facultés qui n’égalaient pas celles de Scribe. Il parlait la même langue française : le parisien, ce parisien que l’on parle dans les salons meublés en acajou. On ne sait pas le plus bourgeois en lui, du prosateur ou du poëte. Avant le Fils de Giboyer, qui avait une prétention politique, qu’on s’est fait suffisamment escompter par les applaudissements antilittéraires des partis, il n’avait guère fait que des pièces à filles entretenues. Sans la fille, il manquerait de sujets… Cependant toute la société française n’est pas uniquement sous le réverbère.

Il est devenu académicien, mais un peu plus de gaieté, — la chose impossible, — en aurait fait un vaudevilliste. Seulement, il aurait dû, l’homme des Pariétaires, s’adjoindre quelqu’un pour tourner le couplet. Parmi les comiques les plus oubliés du premier Empire, il n’en est pas qui n’ait plus de talent que lui. Picard a du moins fait la Petite Ville. Mais où est la Petite Ville dans les œuvres de M. Augier ?…

Comme M. Feuillet, il appartient par la nature de son esprit, de son âme et même par les traits de son visage, aux hommes du règne de Louis-Philippe. Est-ce pour cela qu’à l’Académie il n’a pas été discuté ? Si ses opinions sont napoléoniennes, la nature de son esprit pourrait un jour trahir ses opinions. Il est aussi, comme M. Feuillet, de la section des jeunes à l’Académie ; car il y a maintenant à l’Académie le banc, le petit banc des Jeunes, — des Jeunes… vieux !