Les Quarante Médaillons de l’Académie/01



I


M. LE DUC DE BROGLIE


Ab Jove principium. Le duc de Broglie est, en effet, comme le Jupin de l’Olympe académique. C’est une espèce de président moral de la docte corporation, ayant pour assesseurs MM. Guizot, Cousin et Villemain, les seules têtes décidantes de l’Académie, les seules grues (sans calembour) qui enlèvent les opinions et les volontés de leurs confrères. M. le duc de Broglie, ministre et président du conseil sous Louis-Philippe et gendre de madame de Staël, doit ajouter aux haines de sa belle-mère contre l’Empire. Il est l’ami de M. Guizot, et il rend à M. Guizot le service de le faire paraître coloré. Il fut un des fondateurs de cette revue depuis longtemps défunte, la Revue française ainsi nommée parce qu’on n’y parlait qu’anglais et allemand. Il y faisait des compotes de philosophie et de législation, tellement mêlées, qu’on ne savait plus ce que c’était… La plus goûtée, dans le temps, de ces confitures philanthropiques, fut une dissertation sur l’abolition de la peine de mort, demandée avec un faux air Wilberforce. Quaker par la philanthropie, M. de Broglie mêlait alors le quaker au dandy, car il a été dandy, mais comme un doctrinaire peut l’être ! Je l’ai vu en habit pensée (la seule pensée que je lui aie jamais connue), et guêtré presque élégamment de nankin. Il n’avait point à demander pardon pour cela à sa grave coterie. Les doctrinaires aimaient la guêtre, et ils la portaient pour avoir l’air plus Anglais. C’était bien la peine ! Le plus grave d’entre tous, le plus rengorgé, disant les mêmes choses, M. le duc de Broglie a été le perroquet-roi des doctrinaires et du pédantisme solennel. Maintenant, il se tait sur son bâton académique. Si l’on s’informe encore de sa littérature, qu’on sache qu’il n’a guère écrit que des articles… que dis-je, écrit ! il les a cordés plutôt. — Il les a cordés péniblement, longs, secs, gris, filandreux comme chanvre, et en tournant le dos au talent, toute sa vie. — Il ne s’est jamais retourné.