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Les Mendiants de Paris/12

< Les Mendiants de Paris
G. Roux (Paris) (p. 68-77).

XII

les séductions de robinette

Herman de Rocheboise est arrivé à l’entrée de la petite chambre. Il s’arrête appuyé contre le cadre de la porte, et contemple attentivement le tableau qui s’offre à ses regards.

Dans la charmante figure qu’il voit agenouillée, se mêlent les souvenirs de la petite mendiante de Saint-Sulpice et de la demoiselle de charité… Et cette voix, c’est le timbre pur, suave, harmonieux de la chanteuse ambulante des Champs-Élysées ; il reconnaît ces accents ; le même charme se fait sentir en lui que lorsqu’il les entendit sous le voile des arbres et de la nuit… Et maintenant, c’est la voix d’une jeune fille delà congrégation de Marie ! La romance populaire est devenue un cantique !…

Toutes ces impressions sont douces, tous ces souvenirs sont gracieux ; mais ils flottent, se mêlent dans l’esprit d’Herman ; ce sont diverses faces de la même beauté, diverses expressions de la même voix !… Il ne sait quel nom il doit donner à la séduisante créature qui est devant ses yeux.

Absorbé par ses émotions, il reste appuyé contre le chambranle de la porte ; il y resterait toujours, si la jeune fille, voulant bien enfin paraître s’apercevoir de sa présence, ne se levait pour venir à lui.

Aux premiers mots prononcés par elle, le trouble d’esprit d’Herman se dissipe, il retrouve mademoiselle Hélène Hubert, la séduisante quêteuse.

Robinette avait l’instinct d’imitation très-développé, comme beaucoup de jeunes filles du peuple, auxquelles il suffit presque de leur inspiration pour faire d’agréables comédiennes. Le reflet des personnes qui rapprochaient venait s’empreindre sur elle, de façon à modifier son ton et ses manières : étourdie, tapageuse, vulgaire avec les siens, elle savait, en face des gens de haut parage, montrer elle-même quelques airs comme il faut. Elle se tira donc assez bien du premier compliment adressé à M. de Rocheboise.

Ensuite elle le remercia avec politesse de la manière généreuse dont il avait répondu quelques jours auparavant à l’appel fait à sa charité, et de ce qu’il voulait bien encore penser à elle.

— Mademoiselle, dit Herman, je suis heureux du prix que vous voulez bien attacher à un acte de bienfaisance très-léger, puisque ce souvenir doit servir à vous faire agréer ma visite. Elle est d’ailleurs amenée, se hâta-t-il d’ajouter, par l’intérêt que m’inspire le devoir que vous vous êtes donné à remplir auprès des enfants abandonnés, et l’espoir de pouvoir vous aider dans cette pieuse mission.

— Comment, monsieur, vous seriez assez bon…

En prononçant cette demi-phrase, Robinette indiqua de la main à M. de Rocheboise le fauteuil d’honneur, et s’assit à quelques pas de lui.

Herman embrassa d’un regard rapide la figure de cette jeune fille et le cadre qui l’entourait, et qui offrait comme elle-même un mélange curieux à observer.

Mademoiselle Hélène, la tête nue, et parée de ses beaux cheveux, portant une robe de toile brune et un petit fichu croisé sur sa poitrine, n’appartenait précisément à aucune classe, si ce n’est à celle des jolies femmes. Elle était dans un logis vulgaire, avec quelque apparence de recherche, assise sur une chaise de paille, entre une harpe anciennement peinte et dorée, et un siège occupé par un gros chat noir. Entre un instrument qu’entourent les émanations de poésie éthérée, et l’animal qui est l’hôte et le génie familier des foyers de bas étage, la jeune fille semblait tenir de l’un et de l’autre ; sa beauté, d’un caractère tantôt idéal, tantôt enfantin et commun, participait des expressions les plus opposées.

— Je vois souvent dans le monde, reprit M. de Rocheboise, les dames qui sont à la tête des oeuvres de charité les plus importantes ; j’ai pensé qu’elles pourraient venir au secours de vos protégées, les petites orphelines, non dans le premier âge, où elles ont un asile assuré et votre protection bienfaisante, mais au moment où elles entrent dans le monde avec la tâche difficile de pourvoir à leur existence… Je ne comprends pas ce que peuvent devenir de si jeunes filles, sans ressources et sans appui.

— On leur apprend dans la maison à travailler de leurs doigts, dit mademoiselle Hélène ; c’est faire tout le possible… Ensuite, quand elles sont au dehors, elles vont chacune où le vent les envoie.

— Mais encore ?

— Les unes, qui ont bonne chance, trouvent.des maris, les autres de l’ouvrage à faire, les autres, des maîtres à servir ; ainsi toujours en descendant, jusqu’à celles qui ne trouvent rien du tout.

— Et celles-là ?

— Mais je me trompe, reprit vivement Robinette, le Seigneur protège toujours celles qui savent le craindre, et le servir.

— Elles viennent sans doute, mademoiselle Hélène, prendre conseil de votre sagesse pour la route qu’elles doivent suivre.

Robinette détourna la tête pour cacher un sourire.

Quelque bruit venait de se faire entendre dans la seconde pièce, appartenant à madame Jacquart, et séparée de celle où on se trouvait par une mince cloison. Robinette avait pensé que sa mère était rentrée par hasard avant la fin de vêpres. Herman-ne s’en était pas aperçu et se croyait parfaitement seul avec la jeune fille.

— Je voudrais bien savoir quelle est, a votre gré, la condition préférable pour une pauvre jeune fille, reprit M. de Rocheboise, pressé d’en venir à un entretien plus direct et plus intime avec sa jolie interlocutrice, lequel vous semble le meilleur, ou le moins mauvais, du mariage qui donne à Une femme un abri et du pain assuré, en la renfermant pour toujours dans une sainte domesticité, ou d’une existence libre, indépendante, mais bien fragile, et dont il lui faut supporter seule les funestes hasards.

Robinette, tout en riant en elle-même, venait d’avoir une ingénieuse pensée.

— Ah ! ni l’un ni l’autre, dit-elle en levant les yeux au ciel ; il est bien plus sûr dé se fier au Seigneur.

— Comment ?

— En entrant dans l’une dès saintes retraites où on vit sous sa loi.

— Est-il possible ! Ainsi donc, si une des jeunes orphelines qui sont sous votre direction vous demandait le moyen d’obtenir le plus de bonheur possible sur cette terre, Vous iriez la jeter dans Un couvent ?

— Je ne peux conseiller aux autres que ce que je préfère pour moi-même, répondit-elle d’un air tout confit en Dieu.

— Pour vous, bon Dieu ! s’écria Herman avec une espèce d’effroi. À cet âge, âge délicieux de dix-huit ans à peine, dans cet épanouissement radieux dé tous les charmes, vous penseriez à vous ensevelir toute vivante dans un cloître !

— À me consacrer à Dieu. Peut-on rien lui offrir de trop bien ? dit-elle avec Une humilité pleine dé coquetterie, tout à fait dans les airs d’une dévête.

Mais d’où vient cette étrange résolution ? demanda Herman, qui, crédule et bon, sentait en ce moment la tristesse qu’on éprouverait à Voir briser une belle fleur.

— Dieu m’appelle, je m’en plains pas.

— À la bonne heure. Mais comment s’est-il expliqué ?

— Je n’ai même plus à balancer, et c’est un sacrifice auquel je suis en quelque-sorte condamnée.

— Condamnée ! mais comment encore une fois ?

— Je veux bien vous le dire, répondit-elle avec une naïveté enfantine et tendre. Il y a six mois à peu près, je pris envie de me faire dire ma bonne aventure pour connaître au juste ce qu’il devait m’arriver dans cette vie. J’allais un soir dans la rue Saint-Jacques, chez la mère Machut… vous connaissez la mère Machut ?

— Non.

— C’est une devineresse qui lit dans les cartes pour le passé, le présent et l’avenir… Moi, c’était l’avenir seulement qui me rendait curieuse. Étant donc montée chez la diseuse de bonne aventure… oh ! c’est affreux chez elle !… il fait si sombre ! et sous la petite flamme d’une lampe de fer, on aperçoit des têtes de mort, des serpents, de grandes cartes semées sur une table, et qui représentent des figures épouvantables… J’ai demandé à la vieille femme de faire venir mon horoscope, et quand il s’est trouvé écrit sur ses cartons… écrit pour elle, moi je ne le voyais pas… la devineresse a pris un air triste… oh ! bien triste !…

— Vous m’effrayez.

— C’était moi qui avais peur en ce moment, je vous assure… Elle m’a dit en me regardant avec compassion : — Pauvre fillette, vous avez un cœur sensible… hélas ! beaucoup trop sensible !… vous aimerez avec une ardeur extraordinaire, telle que fille ni femme n’en a jamais éprouvée… Et cela étant, l’homme que vous aimerez ne pourra jamais répondre à ce grand amour, et fera votre malheur éternel… Voyez ! Alors elle a étendu son long doigt ridé vers une carie où était peint un horrible squelette, en répétant : Malheur éternel ! d’une voix qui m’a fait trembler jusqu’au fond de l’âme !

— Pauvre enfant, dit Herman, dont le regard devenait peu à peu d’une douceur extrême.

— C’est en sortant de cette maison, continua la jeune fille, que j’ai pris la grande résolution de me consacrer a Dieu, d’entrer en religion, pour fuir cet homme abominable que je devais tant aimer, et qui ferait en récompense mon malheur éternel.

Et tandis qu’elle disait ces mots, ses yeux levés, humides de langueur et rayonnants d’éclairs, devaient faire croire, en effet, aux sources vives d’amour qui étaient en elle, et donner, en même temps une envie démesurée de faire son malheur.

— Mais, répondit Herman qui l’enveloppait de son regard, avez-vous bien pensé à tous les sacrifices qu’il faudrait faire à tous ?

— On coupera mes cheveux, dit-elle en déroulant entre ses doigts une boucle épaisse et brillante, de manière à en faire remarquer la beauté.

Puis, relevant son visage dans une pose qui en présentait au jour tout le charme enchanteur.

— On ne me verra plus que sous le voile et derrière la grille du parloir encore ! Mais, qu’importe ! ajouta-t-elle en croisant ses mains sur son cœur, puisque je pourrai du moins aimer Dieu de toute mon âme, sans qu’il m’oublie ou me trompe jamais.

Puis elle se disait tout bas :

— Hein ! c’est gentil, ce que je lui conte là !

Herman sentait en lui un vif élan qui le poussait à prenne la pauvre enfant dans ses bras, pour la rassurer, la consoler. Cependant, demeurant immobile, il balbutiait :

— Mais la liberté perdue pour toujours ! et les plaisirs si doux à votre âge ! ne les regretterez-vous pas ?

— Je regretterai ma mère, dit-elle avec une petite mine de sensibilité, et mes amies… et cette maison où j’ai été élevée.

En disant cela, elle s’était penchée et accoudée sur la chaise occupée par le gros chat, et entremêlait ses réflexions de caresses à Moumout.

Dans cette pose abandonnée, la taille souple et ronde de la jeune fille dessinait ses contours suaves, développait ses formes ravissantes, et, dans de légers mouvements d’attitude, s’imprimait à chaque minute d’une mollesse plus attrayante, d’une grâce plus voluptueuse. Elle prodiguait au chat de petites flatteries qui laissaient voir l’instinct de caresses dont elle était douée, le charme enivrant dont elle devait les embellir ; elle cajolait Moumout avec une grâce qui aurait pu rendre des princes jaloux du sort de l’heureuse bête.

En ce moment, sa mobile beauté se montrait surtout sous un jour tout sensuel et terrestre. Elle avait réellement quelque chose de son compagnon de jeu, de ses manières moelleuses et perfides, de son œil fin et pénétrant qui regarde de côté la place où se pourra poser la griffe.

— Mademoiselle Hélène, dit Herman, qui promenait son gant glacé sur la fourrure noire du chat et y rencontrait avec un doux frémissement la main de là jeune fille, ne parlez plus, je vous en supplie, de votre sinistre projet.

— En effet, monsieur, je n’aurais pas dû…

— N’y pensez même plus devant moi, car je verrais passer ces idées funestes à travers la blancheur transparente de votre front, à travers la limpidité éclatante de vos yeux, et j’en serais péniblement affecté.

— Vous, monsieur !… que peut vous faire l’existence d’une pauvre fille ?

— Mais puisque ces pensées sont tristes et coupables, mon intérêt pour vous doit .en souffrir autant que ma raison.

— Coupables ?

— Sans doute. La nature, qui s’est plu à vous douer de tant d’attraits, ne vous les pas donnés pour vous-même, mais pour parer le inonde où vous alliez entrer, et en faire jouir les regards… Tenez, ajouta M. de Rocheboise en souriant, vous trouveriez bien coupable et impie le voleur qui déroberait les ornements magnifiques de l’église pour les enfouir dans son trésor. Comment ne seriez-vous pas criminelle aussi de dérober et d’enfermer dans la nuit d’un cloître les beautés qui servent à parer cette terre dont la nature a fait son temple.

La jeune fille accueillit cette comparaison par un frais éclat de rire qui montrait sa vanité satisfaite et le peu de consistance de sa résolution.

— Voyons, reprit Herman, vous avez Une voix ravissante… dont j’ai surpris le secret en entrant ici lorsque vous chantiez… et même en vous écoutant quelques minutes…

— Vraiment !…

Vous êtes musicienne, si j’en crois cet instrument…

… chantez-moi, en vous accompagnant de la harpe, quelque morceau d’une harmonie bien douce et bien légère, pour chasser les sombres pensées.

Robinette se -hâta de satisfaire à cette demande et de prendre sa harpe, car elle se sentait là dans son jour le plus séduisant. Elle était trop faible musicienne pour avoir même une idée du talent, ainsi la timidité ne venait point diminuer ses moyens.

Et elle répétait en elle-même :

— Courage ! ça va joliment bien !

L’instrument ne rendait que des notes incertaines et peu sonores ; mais qui s’en serait aperçu ! la voix de la jeune fille remplissait l’air d’enivrantes mélodies.

Le désir de plaire, une ambition nouvelle et brûlante qui s’éveillait en elle, la fierté du succès qu’elle se sentait commencer à atteindre, donnait à la petite musicienne des rues une inspiration élevée, des accents expressifs et vibrants qu’elle n’avait jamais eus en jetant au bon peuple ses refrains pour un sou.

Sa figure était éclairée de cette lumière intérieure qui vivifie la beauté, qui arrête le regard et attire l’âme. Elle était debout ; sa tête charmante s’inclinait sur les cordes de la harpe, qu’allaient frôler ses cheveux. Ses yeux, fixés sur ceux du jeune homme, tandis qu’elle chantait de naïfs amours, épanchait un fluide pénétrant et le portaient au sein d’Herman. La pause de ses mains sur les cordes argentées faisait remonter ses larges manches et montrait son bras rond et velouté. Son humble costume même lui était favorable. Ce n’était plus l’enfant du peuple, ce n’était pas la femme du monde, elle paraissait plutôt une de ces vierges du Nord, qui, dans les temps antiques, tiraient des sons de la harpe consacrée pour inspirer le courage de leurs frères.

La jeune fille paraissait alors dans toute la puissance idéale de sa beauté.

Herman ne la quittait pas du regard. Le sang bouillonnait dans ses veines ; ses tempes étaient frappées de vifs battements, son sein soulevé d’un souffle brûlant. Il serrait avec force ses bras croisés sur sa poitrine pour ne pas saisir la jeune fille et la presser sur son cœur.

Enfin, quand la chanteuse eut jeté sa finale harmonieuse, vibrante, douce comme une caresse, brillante comme un éclair, Herman se leva, saisit sa main et y imprima un baiser.

— Tant de charmes ! tant de perfections ! s’écria-t-il avec transport. Et penser à aller mourir si jeune dans un couvent, où ce cœur ardent tomberait bien vite en cendre !.

. La jeune fille triomphait, elle le sentait bien ; elle pouvait aller plus vite maintenant, et presque demander hautement ce qu’on brûlait de lui donner.

Plus hardie alors, mais toujours naïve, elle s’écria avec une mutinerie charmante :

— Mais, puisqu’il le faut ! puisqu’on doit payer tout l’amour que je donnerai par la froideur et l’ingratitude ! puisqu’on ne veut pas absolument m’aimer !

Elle jeta ses deux mains de-côté dans le plus joli petit geste de négation et de désespoir, puis elle reprit :

— Voyons, puisqu’il est dit dans ma bonne aventure qu’un homme insensible fera mon malheur éternel !

— Et si la bonne aventuré avait menti ! dit avec feu Herman ; si vous deviez trouver, au contraire, l’homme qui saurait puiser dans les trésors suprêmes de votre beauté un amour suprême aussi et inconnu jusque-là… qui serait digne de votre tendresse, et vous offrirait en retour une passion aussi durable qu’elle serait ardente.

— C’est impossible.

— Ne le croyez pas.

— Cet homme ne peut exister.

Herman fit un mouvement pour se jeter à genoux en s’écriant :

— Et si c’était…

L’insensé n’eut pas le temps d’ajouter moi. Un bruit se fit de nouveau entendre dans la chambre voisine, et, cette fois, fut remarqué par M. de Rocheboise. Il lui sembla y reconnaître le mouvement que faisait une personne en sortant, et la parole expira sur ses lèvres.

Robinette était toujours fort tranquille, assurée de l’indulgence de sa mère, si c’était elle qui assistait à cet entretien, et, du reste, ne s’inquiétant de la présence ni du jugement de personne…

Mais une pudeur d’aristocratie se faisait sentir à M. de Rocheboise. Il était craintif, lui, car il aurait éprouvé un vif mécontentement à ce qu’on vînt surprendre sa visite à mademoiselle Hélène, et deviner le vif intérêt qu’il y apportait.

Il se leva balancé entré la nécessité de s’éloigner avant l’entrée de quelque importun et le regret de se séparer de la jeune fille. Une heureuse idée vint tout concilier.

— Mademoiselle, dit-il d’un accent troublé, le plaisir que j’éprouvé à m’occuper de vous ne doit pas me faire oublier le but important de ma visite. J’aurai l’avantage de voir aujourd’hui les dames de charité auxquelles je pense recommander les orphelines de la maison d’asile, et je pourrais demain vous rendre compte de mes démarches près d’elles… si vous aviez la bonté…

— D’aller prendre la réponse !… oui, monsieur.

Herman pria mademoiselle Hélène de se présenter à l’entrée de l’hôtel qui donnait dans la rue de Las-Cases, désirant, dit-il, la recevoir dans le pavillon du jardin, où leur entretien, qui pouvait être la source d’une œuvre de bienfaisance, ne serait pas troublé.

Puis il s’éloigna.

Robinette demeura immobile et comme étourdie de ce qui venait de se passer, tant qu’elle entendit les pas de M. de Rocheboise sur l’escalier, et le roulement de sa voiture dans la rue.

Mais ensuite, fatiguée d’émotions qui n’allaient pas à sa nature, elle les jeta de côté subitement.

Elle s’était un moment élevée au-dessus d’elle-même ; par une vive réaction, elle redevint plus enfant et plus évaporée que jamais. Elle battit des mains avec joie, et poussa de grands éclats de rire d’avoir fait la conquête du beau monsieur.

Puis avec un geste de crânerie :

— Ah bah ! c’est égal, dit-elle, j’aime mieux Pasqual.