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Les Marguerites Françoises, ou
Thresor du bien dire.

Absence.

Vous ne pouvez esloigner vostre presence de mes yeux, sans leur oster l’object qui les esclaire.

Puis que la necessité me force de subir à cest esloignement, j’auray pour le moins liberté franche de faire parler ma plume.

C’est à ceste fois que la rigueur severe de l’absence doit eclipser mes jours du rayon de leur clarté.

Je ne m’estimeray point absent de vous, cependant que j’auray quelque place en vostre cœur et en vostre memoire.

En m’abandonnant, vous me laissez les jours sans Soleil, et les nuicts sans Lune et sans Estoilles.

Tant que je seray separé de vostre veue, les ennuis seront inseparables de ma vie.

Faites que mon esloignement ne change point vos volontez, non plus qu’il esbranle la resolution que j’ay faite de vivre vostre.

Mon cœur desja consommé dans la flamme qui l’anime, forge un supplice de sa gloire, separé de vos beaux yeux.

Mon cœur ne fait preuve d’aucune douleur si amere, que celle que l’esloignement de vos beautez luy fait sentir au plus fort de sa constance.

Mon ame desja demy consommée dans ses propres flammes, vefve de sa puissance, souspire ses peines, qui prennent leur origine de vostre absence.

Je ne me croy jamais si proche de mon infortune, que quand je considere vostre esloignement.

Le souvenir de tous les honneurs du monde, ne me sçauroit servir que d’affliction, estant separé de vostre douce conversation.

Vostre esloignement me laisse en proye à ma souffrance.

Ainsi que vostre bel aspect estoit seul le jour de la clarté de mon ame, la rigueur de ceste absence enferme dans un cachot de tenebres toutes les felicitez de mes gloires, et la gloire de ma servitude.

Ayez pitié de toutes les sanglantes douleurs, que l’apprehension de vostre absence me fait desja si vivement ressentir.

Si le regret de l’absence de ce qu’on aime pouvoit aussi bien tuer, que tourmenter, il y a long temps que la mort eust de moy le tribut que luy sont les creatures.

L’amour gesne mon ame, cependant que vostre absence tyrannise mes pensees.

Je ne vous escriray point, comme je languis en vostre absence : car mes peines sont infinies comme vos beautez, et ne se peuvent representer.

J’espreuve nostre separation avec des rigueurs si violentes, et des passions si extresmes, que si la foy de vos vœux ne s’offroit pour ma defensive, l’esperance de vous revoir seroit tarie à mes outrecuidez desirs.

L’absence r’amolit les courages, et approche la pitié d’où elle sembloit estre esloignée.

Sans vostre chere et gracieuse veue, tout plaisir m’est subject de couleur.

Il faut donc que l’astre de vos perfections s’eclipse de nous, pour faire lever un nouvel Orient, où il tourne ses rayons, et que nous laissant une eternelle nuict, il soit le jour d’une autre province.

Nous portons bien aisement l’absence, de ceux desquels nous sommes absens en presence.

Il me faut prendre les armes de la necessité pour combatre cest infini nombre de regrets qui m’assaillent pour vostre absence.

Puis qu’il faut que je me separe de vos yeux, au moins qu’il me soit permis de croire, que vous n’avez point à desdain que je m’advoue vostre, tel que l’honneur m’a formé, pour vous servir à jamais.

Jamais ame ne quitta par force un bel object avec plus d’angoisse, que je vous ay laissée.

L’absence d’un grand bien, est la presence d’un grand mal.

Ceux qui aiment, pour l’absence, ne perdent le souvenir de leurs amours, ils font comme les fleurs, qui foulées au pied reprennent leur lustre à l’arrivée du Soleil.

Je perds ma lumiere, perdant de veue l’astre de vos beautez.

Mes yeux portent une extresme envie à ma pensée, de ce qu’elle vous void, et vous contemple à toute heure, et qu’eux sont privez d’une si grande felicité.

Le regret de vostre absence affoiblit tellement mes plaisirs, que je ne suis content qu’en apparence.

M’abandonner lors que vostre compagnie m’estoit plus chere, ce ne sont pas des preuves d’une veritable amitié.

Il n’y eut pas un de tous ceux qui la virent partir, qui ne contribuast des larmes pour le regret de son absence.

Comme vostre presence me tenoit lieu de lumiere, et de vie : ainsi vostre absence me couvre de tenebres, et me cause mille morts douloureuses.

Voy Adieux.

Accidents.

Aux accidents impourveuz, il est difficile de promptement se resoudre.

Tous les accidents adviennent moindres à ceux qui les attendent.

Craindre ce qui doit arriver, c’est aller au devant de la douleur.

Il est impossible aux hommes de pourvoir à toutes sortes d’accidents, qui sont infinis.

Se preparer contre les accidents en la felicité, c’est saisir les armes de la fortune.

L’homme sage ne peut pas disposer de l’issue de l’achevement de ses affaires seulement : car les evenemens dependent de la fortune, à laquelle il ne donne point de cognoissance sur luy.

Les grands et importans accidens, qui tiennent tout le monde aux escoutes, ne se cachent long temps, et plustost qu’ils ne se divulguent, les murailles parlent.

Si je n’estoy certain que mon malheur vous sera manifeste, j’eusse laissé baigner dans le torrent de mes pleurs, l’accident cruel qui m’afflige ensemble corps et ame.

En ces accidens, les plus constans eussent bien travaillé à soustenir des efforts si rigoureux, et y opposer une vertu assez puissante.

Mon cœur en si piteux accident, ne pouvoit pas fournir assez de larmes (bien qu’il en eust une mer) pour pleurer sans cesse un mal, qui n’a fin ni remedes.

Les accidens de malheur ne peuvent nuire, ou le ciel veut aider.

Accvser.

Vous m’accusez plus par opinion, que par tesmoignage.

Vous estes desja si esloigné d’honneur et de vertu, que de desormais vous n’aurez nulle honte de chose qu’on vous sçache dire ny reprocher.

C’est honneur d’accuser les meschans, et deffendre les gens de bien.

Il vaut mieux aimer avec severité, que de tromper avec douceur.

Je me garderois de vous escrire de ceste sorte, n’estoit l’affection que je vous porte, qui par force et de son auctorité, m’a tiré toutes ces paroles du cœur, de la bouche, et de la plume.

Puisqu’on ne hait point les mousches à miel, pour leur esguillon, aussi ne devez vous point me hayr pour la pointure de mes remonstrances.

Voyez blasme, et Reproche.

Adievx.

En ceste dure departie les larmes s’escouloient de tous costez, les beautez se disant adieu, se deguisoyent en infinies figures, selon les opinions des regrets qui se formoient en l’ame.

En quelque part que vous alliez, vostre cœur qui est mien, me demeurera pour gage du pouvoir, que vous m’avez donné sur vous.

Avant que signer leur adieu, ils contribuerent une mer de larmes aux malheurs de leur separation.

Puis que la necessité me force de subir à cest esloignement, j’auray pour le moins la liberté franche de faire parler ma plume.

Mon cœur reçoit de si vives attaintes pour ce depart, qu’à peine peut-il respirer sa douleur.

Le premier jour de cest adieu, sera le dernier de ma vie et de ma felicité.

Accordez vostre desir avec la volonté de ce fascheux destin, qui m’emporte d’aupres vous, malgré la resolution que j’avoy faite d’y demeurer eternellement.

Je ne sçay par quel bout commencer à vous dire adieu, ne par quelle fin finir le discours de ma dure departie.

En cest adieu elle faillit de se transformer en douceur, afin que logeant dans les yeux de son amant, elle eust ce bien d’estre eternellement en sa compagnie.

Adieu belle ame, qui possedez la mienne, je vous en laife se toutes les puissances, conservez là pour un temps, plus heureux que celuy de mon depart.

Je partiray d’avec vous, sans que mes volontez se departent de vostre service.

Adieu, beau soleil de ma vie, je departs d’avec vous pour ceste heure, mais soyez tousjours asseuree que mes volontez ne se departiront jamais de vostre service.

Abandonnant ce lieu, je commande à mon cœur de sejourner continuellement pres de vous : retenez le donc, et le cherissez, s’il vous plaist, comme celuy qui est, et sera perpetuellement vostre.

Je puis jurer avec verité, que jamais ressentiment d’aucune passion ou ennuy, ne me toucha le cœur de si pres, que le regret de l’absence, qui me separe maintenant de vostre chere compagnie.

Nostre esloignement me sera d’autant plus insupportable, que le desir que j’ay toujours eu de jouir de vostre agreable presence, a esté grand en mon ame.

Le plus grand desplaisir qui m’afflige maintenant, c’est de vous voir esloignée d’une ame, qui s’est toute donnée à vous, voire de telle sorte qu’elle veut demeurer à jamais vostre, encor que ne le voulussiez point.

Si l’eclipse de vos yeux me ruine, souspirez au moins ma perte, et d’une triste haleine plaignez vostre martyr.

Helas ! faut-il que je voye esloigner toutes mes felicitez ensemble, perdant avec l’heur de vostre veue, le plus parfait object de ma beatitude ?

Un desespoir me saisit à la seule imagination de vostre absence, et tant de regrets m’assaillent que pour vous les representer, il me faudroit avoir autant de langues que j’ay de pointes cuisantes.

Mon ame à demy estouffee, sous le triste fardeau des tourmens que vostre absence me cause ne sçait plus que se plaindre, et tout le sentiment qui me reste n’est que pour ressentir mes douleurs.

Toutes les infortunes qu’elles qui soyent, ne me seront rien au respect de celles qui m’arriveront de vostre part, s’il faut en fin que nous soyons separez.

Adieu madame, vivez tousjours heureuse, et contente, et ce pendant je languiray malheureux et constant.

Affections.

Vous ne ferez jamais tant pour moy, que l’affection dont je vous adore, et la foy que j’ay en vous, ne soyent encor plus grandes.

Puis que le Ciel a mis en vous toutes ses perfections, c’est bien raison que j’assemble toutes mes affections, pour vous servir.

Mon affection sort de mes levres, ainsi qu’elle est conçeue en mon cœur.

Les belles et saintes affections fondées en nostre ame sus une devote intention, ne peuvent estre oubliées ne mourir.

L’homme vrayement vertueux ne se doit jamais perdre dans l’abisme de ses affections.

Celuy est constant en ses affections qui aime avec jugement.

Mes affections sont encor entieres, et ne se peuvent partager, la part que je vous y donne, c’est le tout.

Vous estes la premiere à qui mes affections sont offertes, et serez, s’il vous plaist, la derniere qui en aurez la possession.

Je crains que vous doutiez de mes affections, et que vous ne les estimiez aussi saintes qu’elles sont veritables.

Permettez moy que je vous puisse seulement une fois descouvrir mes affections et mes pensees, et puis me condamnez à un perpetuel silence, si vous le trouvez bon.

Toutes les puissances de mon ame et de ma vie, ne sont guidées que du respect de vostre service.

Je prise tant les belles ames, comme la vostre, que si ma bien-veillance leur estoit utile, je la leur offrirois à discretion.

Vous estes l’œil de mes yeux, la pensee de mes pensees, la perfection de mes deffauts, l’amour de mes amours, le but et la fin de tous mes desirs et esperances.

Une affection bien fondee, ne se laisse jamais emporter à la violence de la fortune.

Mes affections vous seront tousjours aussi entieres, que mes promesses sont inviolables.

Il me semble que la plus muette de toutes mes actions a esté suffisante pour vous faire croire que je vous desirois du bien.

Mes affections demandent du secours plustost que des remises et des esperances.

Ne me priez point de vous vouloir du bien, car je n’ay partie en moy, qui ne m’y contraigne, avec toutes sortes d’aussi cheres que bien fortes persuasions.

Si vous mesurez mes affections à l’egal de la creance que vous devez avoir de vos merites, vous ne serez point en doute que mon amour ne soit saintement veritable.

Souvenez vous de mes affections, et pour estre esloigné de vos beaux yeux, que je ne le sois pas de vos bonnes graces.

Afflictions.

Il est certain que le mesme fubjet qui vous afflige me donne de l’affliction.

Quand un mal doit prendre cours sur nos destinées, il est hors de nostre pouvoir de le rendre evitable.

Je croy que mon ame est un point, ou toutes les lignes de malheurs et d’afflictions se viennent rendre.

Quand l’affliction nous domine, le jugement cede à l’impatience, et quand l’impatience surmonte la raison, la consolation est inutile.

L’affliction est le vray affinage de l’amitié, et les vrays amis se recognoissent en l’adversité.

Les afflictions qui sont portees constamment avec le contrepoix de la raison, nous entretiennent droits et fermes.

J’ay le cœur si debilité d’afflictions, qu’il n’a plus de sentiment, ny de goust, pour savourer le plaisir, quand il m’arriveroit.

En mon affliction extresme, je voulois presque manquer de fidelité à l’honneur.

Le desespoir martire mon contentement d’une si extresme violence, que si vostre douceur ne me tire hors des limites de son Empire, je prevoy ma longueur eternelle, dans la rigueur de sa severité.

Comme le mauvais chemin fait cognoistre le courage du cheval : aussi les calamitez esprouvent le confident.

La calamité se promeine continuellement sur les testes des hommes.

Je viens icy offrir devant vostre beauté un cœur autant affligé que celuy du pauvre Ixion.

Les afflictions conduisent les hommes a la pieté, et à la repentance.

Si j’ay quelque contentement, c’est seulement par les songes qui me solicitent la nuict, car en veillant toute rigueur afflige mon esprit.

Dieu vueille que le desplaisir qui n’est causé par ta seule malice, finisse bien tost avec le commencement de la punition que tu merites.

L’affliction arrive aux gens de bien, pour estre esprouvez et confirmez en grace, et les meschans la reçoivent pour le juste salaire de leur mauvaise vie.

Ambition.

C’est la coustume d’un cœur ambitieux de s’attribuer ce qu’il ne peut acquerir que par sa creance.

Il ne faut battre les orgueilleux que de mespris, c’est le fleau de leur presomption.

L’amour ayant fait voller mon cœur sur le plus haut degré de l’ambition, m’a fait considerer ma condition indigne d’un tel subjet.

L’ambition est l’honorable tourment des grands.

Les ames des mondains empastées de contagion du premier homme, suivent plustost la piste de sa fragilité, qu’elles ne taschent de se prevaloir du benefice de leur creation.

C’est le propre de ceux qui ont de la vanité et ambition d’interpreter toutes choses à leur profit, pour se peu qu’elles leur rient.

Il n’y a vice qui ne donne avec l’aage trefve à ceux qui en sont entachez, fors l’ambition, qui ne vieillit jamais en l’homme.

Mon amour n’a jamais esté composée d’un humeur ambitieuse, je me me contente assez de ma condition, sans que la vanité me face passer outre les termes que je dois esperer.

Chacun persuadé de ses fastes, cerchant un palais pour son corps, treuve une prison pour son ame.

Celuy qui aime la tranquilité, doit hayr l’ambition.

Mon ambition n’a jamais volé si haut, que d’aspirer au bien que la fortune me procure aujourd’huy.

L’ambition enseigne les hommes à devenir desloyaux.

Fuyant appetit et ambition desordonnee, l’on est eslevé de ce bas lieu en gloire perpetuelle.

L’ambitieux et l’avare ont cela, qu’ils se tourmentent plus apres la recerche de ce qu’ils n’ont point, qu’ils ne se contentent en la jouissance de ce qu’ils possedent.

Amovr et Amitié.

Je vous conjure par vos beaux yeux de m’aymer, sinon autant que je vous ayme pour le moins autant que vous estes capable d’aymer.

Je seray tousjours plustost disposé de consentir à la haine de moy mesme, qu’à l’amour de nul autre objet que le vostre.

L’amour du monde doit estre regardé pour son apparence, et desdaigné pour son vice.

On ne sçauroit aymer que extresmement celles qui sont extresmes en beauté.

Il m’est aussi possible de ne vous aymer point, comme il est possible au Soleil de quiter sa course ordinaire.

Il est hors de nostre pouvoir de couvrir les intentions qui relevent de la puissance d’amour.

Je vous ayme avec beaucoup de passion, vous honorant avec le respect deu à vos merites, lesquels j’ay serieusement mesurez aux plus grandes felicitez que j’espere du monde.

Aussi tost que l’amour s’est rendu maistre de nostre ame, il ferme la porte à la raison, et ne la veut plus ny escouter ny recognoistre.

Le desir de vous aymer n’a jamais esté ruiné en moy, vos merites l’ont tousjours deffendu.

L’amy doit estre appellé à nostre felicité, et de nostre mouvement, nous devons acourir à ses traverses.

Je n’honore pas si mal vostre amitié, que vous m’en vueillez priver.

J’avoue avoir esté desirée de plusieurs, mais jamais je n’ay desiré que vous.

L’amour est un mal si commun, que la nature qui nous y pousse, et la multitude qui nous y suit, semble nous excuser.

Les fruits de la terre se recueillent tous les ans, et ceux de l’amitié tous les jours.

Comme la terre ne sçauroit estre esclairee de deux soleils : de mesme une seule ame ne sçauroit ensemble recevoir deux lumieres d’amour.

Les ames qui ont de la generosité, ne peuvent souffrir de compagnons en l’amour.

L’amour en sa souveraineté exige ses droits seigneuriaux sur toutes sortes d’ames.

L’amour en un clin d’œil dompte les indomptables.

La sainteté du Prophete Royal, ne peut eviter les apas deceveurs de l’amour, la sagesse de Salomon manqua de sagesse en cet endroit, et la force de Sanson se trouva foible contre les charmes violens d’une passion si puissante.

La vitesse des siecles n’est point telle qu’elle puisse devancer le vol de l’amour, il passe encor outre, et sa durée eternelle ne se borne que par l’eternité mesme.

L’amour est ce qui met en servitude ceux qui sont libres, et en liberté ceux qui sont esclaves.

L’amour veut estre arrosé de larmes, et cultivé de peines.

L’amour n’a point egard aux qualitez, mais bien aux volontez.

L’amour est une vivante mort, et une vie mourante.

Je vous ayme tellement qu’il me seroit plus mal aisé de vous oublier, qu’il ne me seroit difficile de me resoudre à la mort.

L’amour naist de la memoire, vit de l’intelligence, et meurt par l’oubliance.

Celuy qui ayme est en perpetuelle langueur, soit en publiant ses transports et joyes, soit en les tenant secrettes, et les enfermant sous la clef du silence.

Mon dessein ferme la porte de mon cœur à tous les noms des autres hommes, si bien qu’autre que vous ne se pourra vanter de l’avoir possedé avec une puissance supresme.

Tout ainsi que j’ay esté prodigue de mon affection envers vous, aussi suis je audacieux de vostre amour, car je m’en nourris, et n’aspire à plus grande gloire que d’estre bien aymé de vous.

L’amour est une courte volupté, accompagnée d’un siecle de douleurs.

Je vous suis un accident tellement inseparable, que vous ne pouvez estre sans moy.

Vostre veue me peut estre interdite, et me pouvez empescher de vous parler, mais de n’avoir emprainte l’effigie de vostre divine beauté, et ne l’aymer et servir, il est hors non seulement de vostre puissance, mais encores de la mienne.

Il n’y a chose si grande et si supresme, à quoy l’amour n’incite les cœurs des mortels.

L’amour est de telle nature, que l’on en aime mieux la maladie que la santé.

À l’amour ne fut jamais voisine aucune mesure.

Les Amants ont en usage de commencer à parler, et au milieu de leur devis s’arrester tout court.

L’amour est un démon, qui subjugue la jeunesse, et luy communiquant ses legeretez, la fait legerement communiquer a sa tyrannie.

L’amour, comme une poison couverte, d’une douceur empruntee, nous semble agreable au premier ressentiment de ses effets, mais à la fin laissant nos cœurs, il les fait mourir, en leur promettant une vie heureuse.

De toutes les passions qui maistrisent nos esprits, il n’y en a point de plus forte, n’y de moins evitable que celle d’amour.

Amants infortvnez.

Ces pauvres infortunez à demy vivans, et à demy logez sous la sepulture, crioyent au Dieu de la compassion de se laisser vaincre à la pitié de leurs miseres.

Les roses de leurs joues n’estoyent plus vermeilles, les lis blancs de leurs belles gorges estoyent tous ternis, les lumieres et les soleils de leurs yeux estoyent eclipsez.

Les accents funebres qu’il semoit à l’entour de la tombe de sa chere amante, faisoient esmouvoir les Cieux pour sa deffensive, apres qu’il eut gravé la pitié dans les cœurs de tout le monde.

Leurs cœurs pressez par la douleur, et par la faim estoient tellement serrez, qu’il n’estoit pas en leur pouvoir d’avoir l’usage et la faveur de la parole.

La mort qui tranche toute misere fut inexorable aux cris des pauvres Amants qui l’appelloyent.

C’estoit la vraye image de la mort : tellement qu’on eust dit, que la mort mesme avoit tiré son portraict sur ce modele.

Les souspirs et les sanglots sont les douces paroles des Amants affligez.

La fortune prestant son inconstance à leur malheur, leur donna un revers duquel ils furent abbatus, avec ce peu de consolation qu’ils avoyent.

Les plaintes de ces pauvres Amants faisoyent entendre une voix assez capable pour r’emplir d’horreur les extremitez du monde.

Las ! pauvre desolee que je suis, il me faut prendre les celestes brisees de mon cher Amant, pour parachever là haut le cours de nos belles amours.

Voyez miseres, larmes et souspirs.

Artifices.

Ceux qui ont deffiance de leur bon droit, ont tousjours recours aux artifices.

Vos artifices ont assez desvoilé vos conceptions, il n’est plus besoin de les feindre.

Mon ame pour n’avoir fait experience des cautelles d’amour, ne peut justement juge les desseins de ses entreprises.

J’aymerois mieux vous procurer du contentement par ma bonne volonté, que de la peine par artifice.

Ce sont des artifices esclos de l’invention de gens qui ne trouvent point la malice trop estrange, pour m’estranger de vos affections.

Tout ce que l’artifice et la dissimulation peuvent avoir de feint et de corrompu, ce desloyal l’a caché dans son cœur.

Je me persuade que vos belles carresses ne sont point reparees des artifices de la dissimulation.

C’est une triste recompense, quand on a reçeu de bons offices de quelqu’un, de luy en faire le payement en paroles recerchees dans l’artifice.

Si j’avois ceste vanité que vous dites, je n’avois pas assez d’artifices pour luy donner quelque couleur.

C’est le fil deslié de vos beaux artifices, qui m’a sçeu tirer de ce Labyrinthe.

Vos discours sont desguisez avec tant d’artifice, qu’à peine puis-je croire qu’il y ait quelque verité soubs tels ombrages.

Voyez tromper.

Assevrance.

Vous ne devez non plus revoquer en doute l’eternité de mon amour, que l’immortalité de mon ame, qui ne peut jamais estre capable d’affection, ni de devotion que pour vous.

On ne peut avoir trop d’asseurance des choses que lon desire beaucoup.

Je ne demande autre preuve de vos affections, que celle que m’en donne ma propre conscience.

N’entrez en ombrage de mes fidelles affections, lesquelles sont autant veritables que les devotieuses volontez de mon cœur les ont saintement vouees.

Je conserveray vostre belle et sainte amitié au sein de mon obeissance, avec tout le respect de mon devoir, et le service justement deu à vostre merite.

Il n’est point besoin de donner de nouvelles asseurances à vostre jugement de mes affections.

Je regrette mon malheur, et ne puis assez despiter la rigueur de ma fortune, qui vous rend suspecte la sincerité du service, que je vous ay voué.

Je m’asseure que vous trouverez autant de feux en mon cœur, que vous avez de beautez et de perfections.

Mon desir s’asseurera sur l’asseurance que vous me donnerez de vostre fidelité.

Le feu de ma loyaute fondra toutes les glaces que le doute d’une feinte amitié peut avoir conçeu en vostre courage.

Ce seroit prophaner ma foy, manquer de courage à mes desirs, et de fidelite à mon amour, si me laissant persuader à vos paroles, je rendois vaine la resolution de mes entreprises.

Je vous croy capable de tout ce que je vous pourrois dire sur ce suject, et assez disposé à tout ce que mes prieres vous pourroyent convier.

Ce seroit bastir sur le sable de vouloir fonder une asseurance sur l’estat perissable des affaires du monde.

Vivez asseuree de mes vœux, qui vous sont conservez immuables, sans que jamais je puisse estre blasmé d’avoir beu de l’eau d’oubly dans le vase du changement.

Il n’est point moins raisonnable de se deffier des meschans, que de se fier aux gens de bien.

Je livre librement dans les mains de vostre prudence mon honneur, mon amour, et ma vie, laquelle je veux perdre pour appuyer ma reputation au service de la vertu, que je prens pour ma defensive.

Voyez promettre.

Avarice.

L’avarice a de coustume de violer et rompre tout saint office solennel.

Plusiers choses defaillent à pauvreté, mais à l’avarice tout y defaut.

Un quidam demandant à Socrates ce qu’il pourroit faire pour devenir riche, il respondit, se faisant pauvre de souhaits.

Jamais personne ne s’estime redevable de ce qu’il a plustost arraché que reçeu.

Autant que nous differons de faire une grace, autant diminuons nous de ses perfections.

Les avaricieux sont semblables aux hydropiques : par ce que tant plus ceux-là sont garnis d’argent, et ceux cy, tant plus sont grands leur desir et leur soif, car l’un et l’autre est occasion de sa ruine.

Qui desire se faire riche, ne doit accroistre ses richesses, mais diminuer ses appetits.

La vie de l’avaricieux ressemble à un banquet de funerailles, qui est pourveu de toutes choses, excepté des hommes pour s’en esjouir.

Les jours seront longs de ceux qui ont en haine l’avarice.

Celuy qui est riche et convoiteux d’avoir d’avantage, est comme un mendiant parmi une abondance de richesses.

Qui donne indignement et sans choix, rend comme paillardes les graces qui sont vierges.

L’avarice est la metropolitaine de toutes poltronnies et meschancetez.

Beavté.

Vostre beauté est telle que le discours, ni le pinceau n’y peuvent faire qu’un pourtrait imparfait.

Le feu seulement brusle de pres, mais les beaux visages, bien qu’ils soyent loin, enflamment et bruslent.

Vous avez suject de rendre graces au Ciel du partage glorieux qu’il vous a fait du don de ses beautez.

Elle estoit non moins ornee de beauté que de jugement, si bien qu’elle sembloit gaigner le nom d’unique sur la terre, pour se trouver privee de sa semblable.

Si jamais on a peu voir une parfaite beauté, et une perfection uniquement belle, vous estes l’object seul où ce superbe assemblement s’est peu rencontrer.

Vos beautez sont aussi infinies en leur varieté, que desirables en leur subject.

Les plus desdaigneux appendent leurs desirs, et leurs affections pour offrande à l’autel de vostre beauté.

Si tost que vostre beauté esprouve vos yeux sur quelque suject, il se donne incontinent à vous.

Il n’y a rien de beau icy bas qui ne ternisse aux rais de vos beautez.

Elle paroissoit si belle parmy les autres beautez, qu’elle ravissoit en extase ceux qui vouloyent paistre leux yeux d’un œuvre si naturellement parfait.

Rien ne m’ostera jamais du cœur, sinon la mort, la belle image de vostre visage bien aymé.

La beauté est une eloquence muette.

Elle sembloit Venus, quand un paintre la paint avec toutes les graces qu’on peut imaginer en une beauté parfaite.

Je suis plongé dans les tenebres, depuis que la clarté de vos beaux yeux m’est interdite.

J’eusse pensé par trop manquer à mon devoir, si je ne eusse rendu à tant de beautez, pour la faveur de ses affections, le sacrifice de ma vie.

Lon donnoit tel prix a sa beauté, et tant d’honneur en ses deportemens, qu’un chacun commençoit à recevoir la voix d’une telle merveille, et la merveille d’un si digne suject.

Vaincu de vostre divine beauté, j’ay rendu les armes de ma liberté, et franchise en vostre obeissance.

Sa beauté menaçoit desja d’asservir un jour les plus grands courages, et de foudroyer les moins enclins à ceste passion.

Elle estoit si accomplie, que les yeux des plus experts en la cognoissance de ce qui est beau, n’y eussent rien peu souhaiter d’avantage.

Elle estoit assez belle pour esmouvoir l’esprit du monde le plus curieux, et le plus delicat, et pour faire arrester l’inconstance mesme au milieu de sa course.

Voyez face, ou visage, et yeux.

Bien.

Les biens de la terre sont comme les meubles d’une hostellerie, dont nous ne devons nous soucier, que tant que nous y sommes.

Le souverain bien de l’homme est la vie eternelle, et le souverain mal la mort eternelle.

Celuy qui se force de bien faire, merite quelque chose.

Le bien qu’on achette au pris des tourmens, est d’autant plus doux qu’il est moins perissable.

Il semble que le bien particulier accroist, quand il est cogneu du public.

Celuy jouyra le plus long temps des biens immortels, qui plustost y parviendra.

Voyez felicité.

Blasme.

Je serois blasmable, si autre chose que vostre inclination avoit pouvoir de me faire ces advantages dont vous m’honorez.

On ne le sçauroit louer, qu’en le deshonorant.

Il n’a faute que de richesse et de vertu.

Les choses laides sont tousjours laides, pour cachees et manifestees qu’elles soyent.

Il ne se faut pas louer d’estre meilleur que les pires : mais se blasmer d’estre pire que les meilleurs.

La nature l’a fait par despit, et pour monstrer une vie exemplaire de toutes imperfections.

C’est signe d’un esprit mal né d’estre trop curieux de ce qui est du corps.

La maladie du corps se peut guerir par art, mais une maladie d’esprit comme la sienne, ne se peut guerir que par la mort, qu’il a cent fois merité, pour tant de cruautez, perfidies et trahisons qui sont en luy.

La nature ne consent pas aisément qu’une mauvaise plante produise bon fruit.

Le ciel vous punira de blasmer contre la divinité de vostre ame.

Il est temps de quitter les termes du blasme, et d’emprunter l’usage de ceux de la gloire.

Je n’eusse jamais estimé que vostre inclination voulust recercher de la gloire dans le blasme d’autruy.

Voyez Injures, et Calomnies, et Reproches.

Bonté.

C’est vostre bonté qui supplee à mon peu de merite, lequel ne m’eust osé promettre la faveur dont vous me gratifiez.

Toute autre science est dommageable, à celuy qui n’a la science de bonté.

C’est peu que d’estre homme de bien selon les loix : car les reigles du devoir s’estendent bien plus loin que celles des ordonnances.

La chose la plus digne d’admiration en ce monde (ainsi que disoit le Philosophe Aristippus) est l’homme, pourveu qu’il soit bon, vertueux, et modeste.

La debonnaireté est un moyen pour appaiser l’ire.

Nul ne peut estre bon par la volonté d’autruy, mais bien par la sienne.

C’est chose desconvenable de porter la bonté en la bouche, et non point au cœur.

L’office de bonté et humanité, est subvenir au peril et à la necessité de l’homme.

Bouche.

Prenez ma bouche pour l’image de ma volonté.

Sa petite bouche, oracle d’amour estoit celle là mesme sur laquelle les fleurs de felicité se pouvoyent assembler.

S’il y a du vray semblable en la bouche d’autruy, n’y aura il pas de verité en la vostre ?

Belle bouche, le seul et veritable oracle de toutes mes bonnes ou mauvaises fortunes, dites moy si je puis m’asseurer d’estre un jour aymé de ceste belle ame, qui vous anime.

Captivité et servitvde.

Je treuve ma prison si douce, que mesme j’ay limité sa delivrance au jour que le trespas viendra tirer le droit qu’il pretend sur l’estat de ma triste vie.

Ma liberté a limité son estendue dans les liens d’une chaine parfaite.

Vous captivez non seulement la liberté de ceux à qui vos beaux yeux ont donné des traicts, mais les plus esloignez de vostre presence.

La servitude est le dernier de tous les maux, laquelle nous devons chasser, non seulement en faisant la guerre, mais aussi en recevant la mort.

Nostre ame ne doit point autrement regarder nostre corps, que comme les fers de sa captivité.

Il fut si ravy en ceste premiere contemplation, que desormais il ne contemploit que la douce origine de sa flame.

La condition de ceux là est miserable, qui estans naiz libres taschent de mourir serfs, pour satisfaire à leur avarice et ambition.

Je veux faire voir par mes chastes desirs à la cognoissance de ma belle, la prise de ma franchise.

Je voue ma servitude à vos beaux yeux, pour l’exercer soubs les loix de vos commandemens, avec autant de sincere affection, que mon ambition en recherchera la gloire.

Je si longtemps couvé dans les cendres de ma discretion, la passion violente de mon ame qu’il faut que prenant air, elle vous tesmoigne les vœux de mon obeissance.

J'espere que la foy qui lie ma liberté dans la douceur de vostre servitude, vous fera voir mes supplications autant naifves, que vos vertus me sont manifestement cogneues.

Me mirant dans vos beaux yeux, je vy une troupe d'amours, qui d'un mesme assaut descocherent une trousse de flesches que j'ay reçeue avec un delice extresme, qu'affrontant la porte de ma liberté, leur entrée fut si glorieuse, que mesme je jure ma captivité au triomphe glorieux de ce premier effort.

Vous estes comme le concierge de mes volontez, portant les cles de mes intentions : car elles n’ont loy que de vos commandemens.

Voyez liberté.

Changement.

Ma loyauté ne me peut permettre de courir au changement.

Le changement ne se peut blasmer, quand il est fait avec raison.

Ce qui vient à son changement et à son periode par cours de nature, est inevitable.

Puis que ma cognoissance me refuse l’espoir de vostre faveur, je redonne à vos merites vostre cœur, à vostre ame, vostre foy, comme me jugeant indigne de les posseder.

Je veux changer le but de mes entreprises, et preferer les biens de l’ame à la commodité du corps.

Le changement a tousjours esté medecine souveraine de l’erreur.

Les femmes sont du naturel des girouettes, opposees à tous vents, constantes en leur inconstance seulement, et capables d’autant de volontez, qu’un arbre est de fueilles.

Encores que nous cheminions tousjours à une mesme fin, si ne faut-il pas tousjours suivre une meseme route.

Voyez inconstance.

Chasteté.

Mes affections sont trop saintement unies avec l’honneur, pour avoir impression, qui desirast ternir les clartez de vostre noble chasteté.

La pudicité ne peut estre violee, si la pensee est gardee en son entier.

Leurs amours estoyent chastes et secrettes, et leurs cœurs unis, autant fermes et discrets, que les mortels en sont capables.

Ils faisoyent marcher leurs actions soubs l’estendart de chasteté, et ne combattoyent en la guerre amoureuse, que sous la charge de modestie.

Sa constante pudicité, qui ne luy à jamais permis de fleschir à sa honte, ne luy laissera jamais d’un lasche amour flestrir sa renommée.

La femme qui laisse ravir la fleur de sa chasteté, altere du tout le prix qui la rendoit estimée.

La supresme sagesse d’une Dame, gist à fermer du tout les portes de son cœur à l’amour.

C’est en vain que vous pensez esbranler la pudicité de ceste chaste Dame, en luy osant presenter l’impudique tableau de vos desirs lascifs.

La force de vos orages impudiques, ne pourra jamais esbranler la nef de ma pudicité.

Il vaut mieux souffrir un mal secret, pour n’offencer la pudeur virginalle, que d’apprester par quelque faveur une matiere de vanité aux hommes.

Cholere.

Il ne se faut jamais courroucer contre les imperfections qui ont la nature pour garant.

Ce qui passe pour equitable, la raison le juge, ce que la cholere juge, elle veut qu’il passe pour equitable.

Pour estonner les meschans il faut feindre et non pas recevoir la cholere, comme pour persuader le Juge, il faut que l’Orateur feigne, et non pas reçoive les passions.

Il n’y a rien si mal à propos que de croire en secret, et se courroucer publiquement.

La cholere est le commencement de folie en quelques uns, et en plusieurs la fin de la vie et de la folie.

C’est une grande chose de vaincre l’ire, mais c’est encor une plus grande chose de n’y tomber point.

Au mal du monde le plus precipité (qui est la cholere) il faut le remede du monde le plus tardif qui est le temps.

Il n’y a point de plus court chemin à la folie que la cholere : car il est bien aisé de ne recevoir plus la raison qu l’on a jà chassee.

La cholere ne peut aller du pair avec la raison : il faut qu’elle obeïsse, ou qu’elle commande.

Reprendre un homme en sa cholere, quand on n’a pas l’auctorité pour l’esteindre, c’est l’allumer d’avantage.

C’est un foudre que la cholere, quand elle se rencontre avec la puissance.

Accoustumez vous à vous demander conte de vos passions, et vostre cholere deviendra plus modere, quand elle viendra à comparoistre devant son Juge.

Voyez plaintes.

Clemence.

La Clemence est aussi bien la force que l’ornement des Royaumes.

La plus belle clemence est celle qui convainc, non par la repentance, mais par l’horreur des supplices.

La misericorde ne regarde pas la cause, mais la fortune et la clemence regardent l’un et l’autre.

Ce n’est pas clemence que de cesser les meurdres par la fin des ennemis.

La clemence la plus la plus louable, c’est quand la colere est la plus juste.

Voyez pardon.

Cœvr et covrage.

C’est avoir trop peu de courage que de craindre, là où le danger ne paroist point.

Suivez vostre courage, mais que l’accompagnez de prudence.

L’apprehension bannie du cœur des Amants, est celle qui ne leur laisse ordinairement rien impossible.

Le cœur que le destin a deçeu, ne peut plus estre capable des feux d’amour.

Un cœur genereux est tousjours semblable à soy mesme.

Voyez grandeur de courage.

Cognoistre soy mesme.

J’ay apris à me cognoistre, je ne puis mescognoistre mes imperfections.

La plus belle cognoissance que nous puissions acquerir, c’est de nous cognoistre.

Bien cognoistre soy mesme, est bien cognoistre son ame.

Aux honneurs et triomphes qui eslevent les hommes par dessus les hommes, il n’y a rien si necessaire que de recognoistre, et se resouvenir de ce que l’on a esté.

Il ne nous faut plus de precepteurs de la vertu, quand nous commençons à nous avoir nous mesmes en reverence.

Chilon un jour interrogé, quelle chose estoit la plus difficile de toutes. Il respondit se cognoistre soy mesme.

Une ame qui se cognoist, et recognoist d’où vient le bien qu’elle a, se monstre tousjours ennemie de l’orgueil.

Ne se cognoistre pas, ce sont reprochables tenebres qui estouffent la lumiere en l’homme.

Veu que tu es né homme, tu dois avoir souvenance de la fortune commune.

C’est une tresgrande ignorance que l’homme ne se cognoisse pas soy mesme.

Conscience.

Nos consciences parlent ordinairement à nous, et nous representent, malgré que nous en ayons, le registre de nos fautes.

Il n’y a rien plus delectable, que les plaisirs qui viennent de la satisfaction de la conscience.

Il vaut mieux se fier à sa conscience, qu'à toutes les seuretez que l'offence peut imaginer, pour s'asseurer de la peur qui le suit, comme l'ombre le corps.

Plusieurs hommes ont plus besoin de conscience, que de science.

La conscience est l'accusateur, le tesmoin et le juge des crimes plus secrets, et de laquelle on ne peut eviter les poursuites, les gesnes, ni les tourmens.

Conseillez vous à vostre conscience, plustost qu'à vostre courage.

Ne cherchons autre conscience de nostre labeur, que la conscience d’avoir bien fait.

Celuy qui est hors du chemin de verité, n’aura non plus de conscience de jurer ce qui est faut, que ce qui est vray.

Nous ne devons pas beaucoup nous soucier des langues des hommes, mais de nostre conscience.

Les peuples ne sont jamais induis à bien obeir, que par la loy souveraine de la conscience.

Science sans conscience est vanité.

Nous ne devons pas avoir envie sur celuy qui abonde en richesses, mais trop bien sur celuy qui sans peché se peut vanter d’avoir une conscience pure et nette.

Quiconque croit à bon escient que son ame est immortelle, se laisse conduire à la raison, pour se comporter modestement en la commune societé, avec paix, concorde, et rondeur.

Plusieurs craignent la renommée, mais peu d’hommes craignent la conscience.

Conseil et consoler.

Jamais les conseils impourveus ne succedent heureusement.

C’est le soustien de la vie humaine, d’avoir quelqu’un à qui on ouvre son cœur, ou descouvre ses desseins, et qui on refie ses secrets qui complice d’une mutuelle charité, felicite nostre contentement, et plaigne nostre affliction.

C’est une douleur publiquement souspiree entre les mortels, de ressentir les incommoditez qui suivent la naissance.

Vous absoudrez beaucoup de gens, si vous commencez à juger avant vous courroucer.

Les plus dangereux conseils aux estats populaires, sont ceux qui suspendent le jugement.

Les republiques s’accablent de leur pesanteur, mesmes s’ils ne sont soustenues par conseil.

Celuy qui vit sans conseil, ressemble à celuy qui flotte sur les rivieres, il ne va pas, mais il est porté.

Ce n’est moindre trahison et crime de leze Majesté, de dissimuler le bon conseil envers son Prince, que de l’offencer en sa propre personne.

Il faut cherir et respecter les conseils et les remedes de ceux qui ayment le malade.

C’est parmy les affligez que Dieu prend ses esleuz, et non parmy les contens, et les heureux de ce monde.

Il est aisé à celuy qui est en joye de reconforter la personne comblée de desplaisir.

Il n’y a point de mauvais conseil, que celuy qui ne peut estre changé.

Comment le vent qui rompt l’arbre du navire, empesche que la tempeste ne le renverse, ainsi les petites infortunes en sauvent de plus grande, pource qu’elle leur oste la prise.

Il n’y a jamais rien de si asseuré, qu’il n’y faille craindre, ny rien de si esbranlé qu’il n’y faille esperer.

Je n’ay point de plus douce consolation en mon adversité, que de n’estre consolé de personne.

Le plus grand coup qu’on rende à la fortune, c’est de souffrir patiemment ses outrages.

L’esprit troublé se rasserene lors qu’on jette la veue sur quelque intime amy.

Nous devons imiter les exemples dont nous louons la patience.

La vertu languist et se flaitrist lors que nous n’avons point d’adversitez.

C’est un acte de femme de se laisser abbatre à ses adversitez.

Conseiller la joye à une ame desolee, c’est luy commander les pleurs.

Esperons et desirons ce qu’il nous plaist, mais supportons avec patience tout ce qui nous arrivera.

Les mortels ne peuvent rien sur ce que le Ciel a mis en sa protection.

Comme l’ombre suit le Soleil, les adversitez suyvent la gloire.

En la distinction des conseils, et aux choix des advis, il faut preferer ceux qui conservent l’honneur et l’equité.

Pren pour signe de ton bien les maux que tu endures.

Ce que nous appellons miseres et calamitez, ce sont dons de Dieu tresprecieux et profitables.

Les hommes n’ont point de plus cruels ennemis, que la trop grande adversité.

Si nous avons d’autres amis, c’est leur faire tort qu’ils ne soyent pas suffisans pour consoler la perte d’un seul : si nous n’en avons point, ç’a esté nous faire plus de tort, que la fortune ne nous en a fait : car elle ne nous en oste qu’un seul, et nous nous sommes ostez ceux que nous pouvions faire.

Si vostre vertu n’est recompensee, comme elle merite, pour le moins elle est recogneue et confessee d’un chacun.

Il n’est homme plus miserable, que celuy qui n’a jamais eu d’adversitez.

Faites jour au milieu du nuage de ceste affliction, et pour vous en resoudre parfaitement consolez de vostre veue, ce qui vous ayme uniquement.

Bravez vostre malheur qui ne cerche qu’a faire un cabal de vostre ruine, et dresser ses trophées sur vostre adverfité.

La nature a rendu les tristesses commune, afin qu’en ceste egalité nous nous peussions consoler.

Nous n’avons rien qui nous tesmoigne tant l’immortalité de nos ames, et qui face resplendir plus cherement l’espoir de la vie eternelle, que le courage que nous donne la constance.

C’est mettre des biens faits au Ciel à rente, de visiter et consoler les affligez, et de leur aider de nostre pouvoir.

Les accidens qui abaissent la condition des hommes, sont des maux necessaires à la revolution des choses humaines, et que nul ne se peut dire privilegié en ce changement fatal.

Il ne peut rien avoir de si grand aux malheurs, qu’il n’y ait encor quelque chose de plus grand en l’ame pour les surmonter.

Une ame forte et genereuse prend plustost les traverses de fortune, pour exercer sa generosité, que pour se plaindre.

Voyez resister.

Constance.

Je feray paroistre, en vous aymant, une si affectionnée fermeté, que la fidelité se sentira obligée à mon amour.

Si la mort mesme outre laquelle ne s’estendent ni les menaces des loix, ni l’Empire de la fortune ne vous estonnent point, rien ne vous peuvent les envies de ceux qui ne sont que les organes des loix, ou que les malins de la fortune.

Je feray voir, en vous affectionnant, une amitié si devotieuse, que la constance sera redevable aux passionnez effets de ma perseverance.

Ma constance vous pourra monstrer aisément qu’elle a autant de courage à mourir pour vous, qu’elle a eu de cœur et d’envie de vivre en vous aymant.

Quelque refroidissement que je voye survenir en vostre affection, je suis resolu que la mienne n’y participera aucunement, ni en effet, ni en volonté.

Je ne peux esperer de prosperité, que sous les favorables signes de vostre constance.

La terre prendra plustost la place du ciel, que quelqu’un se puisse veritablement vanter d’aymer plus constamment que moy.

Jamais mon cœur ne s’allumera aux feux d’un second amour.

Je feray paroistre aux siecles advenir, que je suis celuy qui pour vous s’est rendu le roc invincible de fermeté.

J’entretiendray ma constance, et jamais ne la verray partir de moy, qu’avec les derniers respirs de mon ame.

Celuy est constant en ses affections, qui ayme avec jugement.

Le plus bel artifice d’avoir, c’est d’aymer constamment.

Je croy que c’est pour sonder ma constance, que vous me donnez tant d’afflictions.

Le jeu de constance se joue principallement à porter de pied ferme les inconveniens, où il n’y a point de remede.

Comme le matelot ne devient pilote qu’entre les orages et tempestes, ainsi l’homme ne devient vrayement homme (c’est à dire courageux) qu’entre les adversitez.

Comme la vertu nous commande de souhaiter les choses bonnes : aussi elle nous conseille de supporter les autres, qui arrivent malgré nous.

Contentement.

Le contentement ne vient que de la jouissance de ce que l’on desire.

En ceste occasion repose le salut de mes jours, ou le peril de ma joye.

Qui ne peut recevoir de contentement, ne doit point cercher de la fortune.

Vostre contentement sera le fatal de mes pensees, où mes affections viseront toute ma vie.

Là où il n’y a point de contentement, il n’y peut avoir d’heur.

Si vous aymez vostre contentement, donnez en à celuy qui vous ayme.

Il sembloit que le contentement mendiast la faveur de vostre amour, pour se voir en sa veritable perfection.

Elle faisoit dire à ses yeux avec une muette eloquence, plus de joye et de contentement, que la langue la plus diserte du monde n’eust sçeu exprimer en paroles.

Correction.

Jamais il ne faut employer les supplices, sinon quand on a consommé les remedes.

Il ne faut point user de la mort, si ce que l’on craint n’est pire que ce que l’on condamne.

Le chastiment moderé fait les obeissans, l’immoderé les retifs.

La fortune et les Roys pardonnent souvent, pour punir plus severement ceux qui ont abusé de pardon.

Comme les medecins ne cherchent pas seulement de guerir les playes, mais aussi d’empescher que les cicatrices n’en demeurent difformes : Ainsi les princes ne doivent pas seulement essayer de sauver la vie des leurs, mais aussi la reputation.

Nous ne tuerions pas les aspics et les viperes, si nous les pouvions adoucir, aussi ne faut-il pas perdre les hommes que nous pouvons amender.

L’homme de bien punist les meschans, non pas pour se venger, mais pour les amender.

La multitude des supplices apporte aussi mauvaise reputation aux Princes, comme la multitude des morts aux medecins.

La punition differee se peut executer, mais l’executée ne se peut r’apeller.

Voyez pardon.

Covrtoisie.

C’est vostre courtoisie qui me preste la faveur, que le ciel et la nature m’avoyent deniées.

Si ma capacité alloit au pair avec vostre courtoisie, je penserois en cela joindre mon devoir à la satisfaction de mon desir.

La courtoisie et la charité qui sont les parties familieres à une belle ame, ne peuvent demeurer oisives en la vostre.

La gloire naissant de la courtoisie exercee en un subjet louable, est marque d’une double couronne.

Contentez vous de m’obliger de courtoisie, sans vous offrir encor aux effets.

Vous voulez triompher sur moy de courtoisie, autant que d’obligation.

C’est par courtoisie que vous me voulez du bien, comme par devoir je vous honore.

Je trouve ceste courtoisie, par trop courtoise, qui desaccommode le maistre, pour accomoder l’estranger.

Craindre.

Ceux qui ne sont retenus que par la crainte, ne sont bons que pour l’apparence.

Si jamais ame fut travaillee de crainte, de soupçon, et de repentance, c’est la mienne, qui à ce discours est muette et confuse.

De tous les maux, la crainte est le plus grand, et le plus fascheux.

Il faut craindre les choses douteuses, et attendre les certaines.

La peur ferme les yeux aux perils, et la temerité les ouvre.

Aux rencontres soudains et non deliberez, la crainte fait par desespoir les mesmes effects, que la temerité par prudence.

Je suis deçeu en mes esperances, mais je ne le puis estre en ma crainte.

Les Amants vivent tousjours avec plus de crainte, que d’esperance, et adjoustent plustost foy aux mauvaises nouvelles, qu’aux bonnes.

Il faut tousjours que la crainte laisse quelque asseurance, et monstre plus d’experience que le danger.

C’est chose qui arrive volontiers, que l’on croit plustost à ce que l’on craint, que l’on n’espere ce que l’on desire.

La crainte est louable au mal, et reprochable au bien.

Une ame asservie à la douleur, donne ordinairement plus de pitié que de crainte.

C’est avoir le courage bas de craindre ce qu’on ne peut éviter.

C’est le fait d’une ame timide, que de tourner les soupçons en crainte.

N’ayez point l’ame traversee de crainte, car je ruineray pour vostre subjet tout ce qui vous en pourroit donner de l’ombrage.

Il n’y a tourment au monde tant à craindre que la crainte.

Il n’importe combien à de pouvoir celuy que vous craignes, si tout le mode peut ce pourquoy vous le craignez.

Il se faut craindre soy-mesme, pour ne rougir point à l’endroit d’autruy.

La crainte que j’ay que mon peu de merite vous oste l’envie de me vouloir du bien, rend aucunement imparfaites toutes les joyes, que ceste douce imagination me faisoit juger si entieres et si accomplies.

Cependant que les craintes ou les esperances suspendent nostre ame, nous ne jouissons pas du present, et l’advenir nous tourmente.

Creance.

Je reçoy tant de tesmoignages de vostre bon naturel, outre les protestations de vos belles paroles, que si j’en estois en doute, je croirois prophaner la verité.

J’ouvre ma creance à tout ce que vous luy envoyez, et vous asseure qu’elle ne sera jamais rebelle à vos paroles, que je tiens pour filles legitimes de la verité.

Les hommes forment volontiers leurs creances, à ce qu’ils desirent et asseurent, come choses faites, ce qu’ils voudroyent estre fait.

Mes desirs ont prins tel fondement en ma presomptive, que j’ose flater ma croyance de l’honneur de vostre amitié.

Nous voulons ordinairement croire tard ce qui blesse nostre ame en le croyant.

Je crains qu’en croyant à vos belles paroles, ma croyance ne soit ulceree d’une erreur.

Il ne faut point esperer de creance où l’on n’a jamais esprouvé que du mensonge.

Vous ne pouvez errer en ceste creance, mais vous pouvez bien faillir au doute de mon dire.

Vostre bonne volonté me donne une vie plus heureuse, que je n’eusse presque osé demander, et croire de ma fortune.

Je vous croy capable de tout ce que je vous pourrois dire sur ce subjet, et assez disposé à tout ce que mes prieres vous pourroyent convier.

Si je croy que vous m’ayez aimé, je ne sçay pas quel sera le fondement de ma creance.

Mon amour est desja si divin, qu’il ne vit plus que de la creance, que j’ay que vous me voulez du bien, et n’a besoin de chose quelconque, pour conserver la vie, qu’un peu de manne de vos graces, plus desirees qu’esperees.

Nous sommes plus tenus de croire à nos yeux, qu’à nos oreilles.

Crvavté.

Vous ne sçauriez avoir autant de cruauté, que mon amour ne soit encor plus grande.

Il n’est pas en mon choix, de me delivrer d’une captivité, qui ne fut jamais en ma puissance d’eviter.

La cruauté n’est digne d’un esprit humain, et qui veut estre cruel et inhumain, il est besoin qu’il se despouille de la nature humaine et raisonnable.

Si mes larmes vous importunent, il est en vous de les faire cesser donnant fin de vos cruautez.

Vostre cruauté veut que je n’espere rien, et mon affection, fait que je me promette tout.

C’est cruauté de me causer la mort, pour la recompense de mon service.

Ceux qui ont l’ame cruelle, deviennent pires quand ils sont priez.

Ta cruauté a estouffé les feux de mon cœur, ne luy laissant seulement que des cendres mortes pour toute vie.

Je cesseray de vous aimer, quand vous aurez rendu mon ame aussi dure, et aussi cruelle que la vostre.

Vivez heureuse, si vous desirez ma mort, car vostre souhait sera bien tost accomply.

Je veux supporter vos cruautez d’une telle constance, qu’un jour vous serez contrainte de me recognoistre aussi fidelle, que je vous adore belle et parfaite.

Voyez rigueur, deffiance, voyez artifices et tromperie.

Devoir.

Il n’y a point de devoir, ou la seule curiosité gouverne les affections.

On ne peut acquerir de honte, au pourchas de son devoir.

Le devoir se mesure pour la pluspart, par la qualité des personnes.

Comme il n’y a point de faute à suivre son devoir, il n’y faut point d’excuse, pour se justifier.

Je ne veux vivre sans me conformer eternellement aux termes du devoir.

Vous prenez mon devoir pour courtoisie.

Il n’y a rien qui contienne tant les meschans dans les bornes de leur devoir, que la crainte de la peine.

C’est le devoir d’un qui veut imiter Jesus Christ en ses œuvres, que d’oublier les injures, et aider ses ennemis.

Au dernier jour, Dieu fera jugement des hommes, non pas par leur sçavoir, mais par les preuves effectuelles de leur devoir.

Deliberation.

Les choses qui sont debatues par meure deliberation, viennent ordinairement à bonne fin.

Il n’y a rien tant indeterminé, que les deliberations des Amans, qui de moment en moment changent de resolutions.

Je ne suis pas aisé de persuader au contraire de ce que j’ay deliberé en mes resolutions.

Ne soyez trop hastif en vos deliberations, mais quand vous aurez arresté quelque entreprise, executez là promptement.

Desespoir, voy fortune, affliction, mal, et malheur.

Desdain et mespris.

Je me retire de ceste passion et amitié, avec autant de glace, comme elle m’avoit donné de feu.

Le trop frequent usage de quelque chose que ce soit, en apporte le mespris.

L’amour mesprisé, souvent se change en rage.

Les prieres enorgueillissent les desdaigneux, et la mort les bourrelle de repentance.

Ne desdaignez point la souffrance d’un cœur, dont la generosité esleve ses belles pensées jusques au Ciel de vos divinitez.

Le resentiment du mespris, est le sepulchre des amours.

Vos desdains, qui me sont autant de faveurs, ne me sçauroyent divertir de l’amour que vos doux regards ont fait naistre en moy.

Elle est accomplie, mais elle ne vous desire pas, elle est parfaite, mais elle vous desdaigne, elle est le parangon de merite, mais son cœur n’est point pour vous.

N’attendez pas des regrets de moy, Belle legere, vostre conqueste et vostre perte m’ont esté tout un, car celle cy m’est aussi peu déplorable, que l’autre me fut peu avantageuse.

Si je n’ay point merité vos bonnes graces par mes services, aussi n’ay-je point merité vos courroux, par mes desobeissances.

Si vous estes mesprifée, croyez que c’est pour vos mespris, car le Ciel paye tout de semblable monnoye.

Desseins.

Si mon ame pouvoit juger le dessein de vos conceptions, les effets de mon obeissance auroyent prevenu l’honneur de vos commandemens.

Jamais je n’ay eu dans l’ame autre dessein de vous servir, que selon les loix de l’honneur.

Les mauvais desseins sont ordinairement conçeuz avec honte, et enfantez avec douleur.

Ceux qui vivent sans dessein, sont comme les choses qui nagent sur les rivieres, elles ne vont pas, mais elles sont portees.

Nos desseins ne volent pas tousjours en l’air, ils ont quelque but, qui est l’apparence du bien.

Mon dessein ne tend qu’à vous rendre tout contentement.

Si vostre courage est equitable, vous n’aurez point d’autre dessein que nostre legitime contentement.

Mon meilleur dessein est victorieux de toutes mes autres affections.

Les destinées se preparent autrement que nos desseins ne les pensent suivre.

Le dessein de mon entreprise est jetté, il ne tient plus qu’à vostre volonté, que l’execution ne s’en ensuive.

L’ignorance qui m’est aussi commune, que l’honnesteté vous est familiere, m’arreste tout court au milieu de mon dessein.

Mon infortuné malheur m’a conduit à ceste miserable entreprise, et m’a poussé à ce dessein.

Deshonneur, voyez fautes et Reproches.

Desirs.

Soyez aussi desireuse de mon contentement, que je le suis de vostre service.

Je voudrois que le ciel, qui m’a donné l’audace du desir, m’eust donné la grace du merite.

Les voiles de nos desirs nous esgarent souvent loin de nostre propre nature.

Les Amants mesurent le temps par le desir.

Il est mal-aisé d’attendre patiemment ce qu’on desire avec beaucoup d’esperance.

Tous desirs tendent à la fin de leur contentement.

L’envie que j’avois de trouver repos à mes mortels desirs, a esté cause de me les augmenter.

Vous m’aurez seule, où ne m’aurez point du tout, c’est raison que vous desirant seul, vostre desir reciproque ne souhaite autre que moy.

Il n’y a rien impossible à ce que deux Amants desirent ardemment.

Vous ne sçauriez rien desirer de possible, que vous n’y parveniez, si vostre parole ou vos yeux le demandent.

Je vis en vos desirs, et meurs en vostre esperance.

Ses desirs s’estançonnent d’amour, son amour d’esperance, et son esperance de quelque fatalité.

Je me suis laissé miserablement emporter au vol de mes desirs.

Hausse toy mon desir, il faut qu’un brave cœur vive comme Adonis, et meure comme Icare.

Celuy qui n’obtient pas ce qu’il desire, est infortuné, et celuy qui tombe en ce qu’il fuit, malheureux.

Mes desirs me rendent aussi soigneux de vous complaire, comme je suis obligé par devoir, et poussé par mon inclination à vous faire service.

Voyez souhaits.

Destin.

Ce sont des plus fortunez que la fortune afflige, et les plus avanturiers que le destin traverse.

On ne peut miex braver le destin, que de vouloir ce qu’il veut.

Le fuseau de la destinée retort tout aussi bien la fin des villes, que celle des hommes.

Le destin cruel a changé mes mirthes en Cyprez, mon espoir en desespoir, et mes douceurs en amertume.

Le cœur que le destin à deçeu, ne peut plus estre capable des feux d’amour.

Les destinées se preparent autrement que nos desseins ne les pensent suivre.

Le destin nous a tous attachez à une mesme chaine, et nous entraine tous comme des forçats au monument.

Voyez fortune.

De Dieu.

Demander quelque chose contre la providence de Dieu, c’est vouloir corrompre le Juge et Gouverneur de tout le monde.

Dieu ne demande point nos biens, mais que nous nous rendions dignes des siens.

Dieu fait les hommes, mais les hommes font leurs armes.

Il n’y a si petite offrande qu n’agrée à Dieu, presentée par des mains pures et innocentes.

Il nous faut parler à Dieu, comme les hommes nous voyans, et vivre avec les hommes, comme Dieu nous parlant et nous voyant.

Dieu n’est point cogneu de nous (dit Lactance) sinon aux choses adverses et en nos calamitez.

Le principal effet de la pieté, est de nous apprendre à cognoistre Dieu.

Discovrs et propos.

Les paroles sont les trompettes des desirs, et les desirs herauts de l’affection.

Comme le miroir represente la forme du visage, la parole represente celle de l’ame.

Les effets sont gages de la prudence, et les paroles instrumens des volontez.

Les paroles ne sont que les idées de nos desirs, et les effets sont les corps de nos volontez.

Si mes discours sont communs avec ceux des autres hommes, mes affections n’en seront pas de mesme.

Les paroles obligent aux effets, et les effets sont les debteurs des promesses.

Je ne sçay quel vent de perfidie à emporté ces beaux discours, qui m’annonçoient une foy inviolable.

Les paroles que je me croyois les plus vives, me fussent mortes en la bouche.

Ne faites parade de paroles à l’endroit du vulgaire : mais bien de belles actions, qui en procedent.


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