Les Kitharèdes/Anyté de Tégée

Traduction par Renée Vivien.
Les KitharèdesAlphonse Lemerre, éditeur (p. 127-136).


ANYTÉ DE TÉGÉE



I

Εἰς Λέβητα.

Βουχανδὴς ὁ λέβης · ὁ δὲ θεὶς Ἐριάσπιδα ὑιὸς
Κλεύβοτος · ἁ πάτρα δ’εὐρύχορος Τέγεα ·
τ’Ἀθάνᾳ δὲ τὸ δῶρον · Ἀριστοτέλης δ’ἐποίησεν
Κλειτόριος, γενέτᾳ ταὐτὸ λαχὼν ὄνομα.


SUR UN CHAUDRON

Ce chaudron est d’une grande capacité. Kleubotos, fils d’Eriaspidas, l’a offert. Sa patrie est la vaste Tégée. Il fit (ce) don à Athéna. Et celui qui la fabriqué est Aristote de Kléitor, qui eut le même nom que son père.


II

Εἰς ἀνάθημα τοῦ Ἐχεκρατίδου.

ἕσταθι τῇδε, κρανεία βροτοκτόνε, μηδ’ἔτι λυγρὸν
χάλκεον ἀμφ’ὄνυχα στάζε φόνον δαΐων ·
ἀλλ’ἀνὰ μαρμάρεον δόμον ἡμένα αἰπὺν Ἀθανᾶς,
ἄγγελλ’ἀνορέαν Κρητὸς Ἐχεκρατίδα.


SUR UNE OFFRANDE D’ÉCHÉCRATIDAS

Reste ici, homicide (lance) de bois de cornouiller, et ne répands plus le triste meurtre des ennemis autour de ton ongle d’airain : mais, fixée dans la haute demeure en marbre de l’Athéna, dis la bravoure du Crétois Échécratidas.


III


Ἥβᾳ μέν συ, Πρόαρχε, πεσὼν παίδων τάγε ματρός
στήθεα ἐν δνοφερῷ πένθει ἔθου φθίμενος
ἀλλὰ καλόν τοι ὕπερθεν ἕπος τόδε πέτρος ἀείδει,
ὡς ἔθανες πρὸ φίλας μαρνὰμενος πατρίδος.


Tombé dans la fleur de ta jeunesse, Proarchos, tu as jeté par ta mort le cœur de ta mère dans un deuil ténébreux. Mais la pierre qui te recouvre te chante ce beau chant (disant) que tu es mort en combattant pour ta chère patrie.


IV


Οὐχὶ Θεμιστωκλέους Μάγνης τάφος, ἀλλὰ κέχωσμαι
Ἑλλήνων φθονερῆς σήμα κακοτροπίης.


Je ne suis pas le tombeau magnésien de Thémistocle, mais j’ai été élevé comme un monument de la funeste ingratitude des Hellènes.


V


Εἰς τάφον Μενεδαΐου.

μνᾶμα τόδε φθιμένου Μενεδαΐου εἴσατο Δᾶμις,
ἵππῳ ἐπεὶ στέρνον τοῦδε δαφοινὸς Ἄρης
τύψε · μέλαν δέ οἱ αἷμα ταλαυρίνου διὰ χρωτὸς ·
ζέσσ’, ἐπὶ δ' ἀργαλέαν βῶλον ἔδευσε φόνῳ.


SUR LE TOMBEAU DE MÉNÉDAIOS[1]


Damis éleva ce tombeau en mémoire de Ménédaios, quand l’Arès sanglant frappa sur son cheval la poitrine de celui-ci ; et un sang noir bouillonna à travers sa peau ferme, et il arrosa de son meurtre la terre rude.

VI


Εἰς Ἀμύντορα.

Αὐδιον οὖδας ἔχει τόδ' Ἀμύντορα παῖδα Φιλίππου
πολλὰ σιδηρείης χερσὶ θιγόντα μάχης.
οὐδὲ μιν ἀλγινόεσσα νόσος δόμον ἤγαγε νοκτὸς,
ἀλλ' ὄλετ' ἀμφ' ἑτάρων σχών κυκλόεσσαν ἵτυν


SUR AMYNTOR

Cette terre lydienne garde Amyntor, fils de Philippe, qui, de ses mains, toucha souvent le combat de fer ; et ce n’est pas une maladie douloureuse qui l’a conduit à la demeure de la nuit, mais il est mort en couvrant ses compagnons de son vaste bouclier.


VII


Μάνης οὗτος ἀνὴρ ἧν ζῶν ποτέ. νῦν δὲ τεθνηκὼς
ἶσον Δαρείῳ τῷ μεγάλῳ δύναται.


Cet homme était autrefois, quand il vivait, Manès, et, maintenant qu’il est mort, il égale en pouvoir le grand Darius.


VIII[2]


Ὥλευ δήποτε, Μαῖρα, πολύῤῥιζον παρὰ θάμνον,
Λόκρι, φιλοφθόγγων ὠκυτάτη σκυλάκων,
τοῖον ἐλαφρίζοντι τεῷ ἐγκάτθετο κώλῳ
ἱὸν ἀμείλικτον ποικιλόδειρος ἔχις.


Tu es donc morte, Maira la Locrienne, près de l’arbuste aux nombreuses racines, toi la plus prompte des petites chiennes bruyantes, si inexorable fut le poison que déposa dans ton agile patte le serpent au cou nuancé.


Reste ici, homicide (lance) de bois de cornouiller, et ne répands plus le triste meurtre des ennemis autour de ton ongle d’airain : mais, fixée dans la haute demeure en marbre de l’Athéna, dis la bravoure du Crétois Échécratidas.


Quittant l’air troublé que laboure
Le glaive aux éclairs froids,
Redis au peuple la bravoure
Du valeureux Crétois.
Repose en paix, ô rouge lance !
Évoque, dans la somnolence
De ces murs au grave silence,
Les combats d’autrefois.

Dans l’ombre que l’encens parfume,
Près de l’autel serein,
Tu regrettes le sang qui fume,
Et le choc souverain ;
Sur la plaine où le jour s’efface,
Mélancoliquement tenace,
Tu ne dresses plus la menace
De ton ongle d’airain.


Ici, le soir fumeux attriste
De son rire fané
Le sanctuaire d’améthyste
Et de jaspe veiné.
Repose dans la ténèbre ample
Et pacifique de ce temple,
Où la vierge aux bras blancs contemple
L’image d’Athéné.


  1. D’après une autre interprétation, cette épigramme serait consacrée au cheval de guerre de Damis.
  2. « Anyté de Tégée couvrit de gloire une (petite chienne) locrienne sur laquelle elle écrivit, dit-on, cette épitaphe. »
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