J. Rothschild, éditeur (p. 160-162).




IXION, DIEU GREC ET LATIN.
(Grec ; Ixiôn.)





Ixion, que quelques-uns disent fils de Phlégyas (l’enflammé), épousa Dia, fille d’Hésionée, à qui il promit de riches présents ; mais il refusa de les lui envoyer après son mariage. Hésionée prit mal ce refus ; il vola les chevaux immortels qui emportaient le char brillant d’Ixion. L’époux dit donc de venir chercher les dons, s’il les voulait avoir, à ce père, qui vint en conséquence : or, tandis qu’il accentuait sa revendication devant le logis renfermant l’amas des présents, Ixion ouvrit la porte, et Hésionée tomba dans une fosse pleine de feu. Ce meurtre fut suivi d’un temps de sécheresse et de misère, jusqu’à la purification du coupable, décrétée par Zeus, Ixion reconnut cette bonté, devinez comment ? par l’offre de son amour à Héré, la reine du ciel, Zeus fit face à ce nouveau danger en faisant prendre à un nuage l’apparence d’Héré, décevant ainsi Ixion, qui devint le père des centaures. Pour le punir davantage enfin, il le lia à une roue à quatre jantes qui roule avec lui à tout jamais (fig. 124). Ce conte, comme celui de Tantale, illustre quelque phase de l’action du soleil dans sa course à travers le ciel. Voir en Dia un être qui représente la belle Aurore, et qui répond à Dahanâ, Daphné, Iole, Jocaste et Eurydice. Comme Héraclès abandonne Iole, et Sigurd Fig. 124. — Sisyphe, Ixion et Tantale.
quitte Brunehilde ; comme Œdipe et Orphée sont séparés de Jocaste et d’Eurydice, et comme Thésée délaisse Ariane : ainsi Ixion quitte Dia, et est épris des charmes d’Héré. Le père, Hésionée, c’est l’obscurité d’où jaillit Dia, l’aurore. Quant au logis et au trésor d’Ixion, j’y reconnais, et vous aussi, le palais d’Hélios et de Tantale, l’abîme de splendeur où la nuit se consume. La seconde partie du conte n’est pas moins explicable : par exemple ce fait qu’Ixion aime, entre toutes, l’illustre Héré. Tout vient, n’est-ce pas ? de ce que le soleil, quand il s’élève dans le ciel, semble courtiser le ciel bleu, ou la demeure spéciale d’Héré et de Zeus. Le séjour d’Ixion dans la maison de Zeus représente alors la longue pause que semble faire l’astre au haut des cieux, à midi. Fantôme qui se joue d’Ixion, un beau nuage repose sur l’azur bleu et profond : et, les Centaures (fig. 125), Gandharvas hindous, ce sont ses enfants, vapeurs que répand ce nuage, en temps de pluie, sur les terres de l’Est. Reste la roue à quatre jantes d’Ixion. C’est la croix de feu, Fig. 125. — Centaures.
les rayons transversaux et vibrants que voient, dans le ciel, ceux qui regardent le soleil, à midi. Le nom d’Ixion peut enfin s’expliquer, quoique dans ce cas nous finissions (au lieu de commencer) par demander aide à la science étymologique ; mais rien de très-frappant ne s’impose à notre recherche. Voici : certains ont identifié ce nom avec le mot sanscrit Akshanah, lequel désigne quelqu’un qui est attaché à une roue ; le vocable Ixion étant de la sorte regardé comme apparenté au grec axôn et au latin axis. Les vieux poèmes contiennent le germe de l’histoire d’Ixion, si on sait l’y retrouver. Dyaus (le ciel) lutta pour arracher la roue du soleil à l’étreinte de la nuit. De phrases semblables vint aussi la notion des obscures Gorgones, poursuivant Persée qui se hâte vers les jardins hyperboréens.