Ouvrir le menu principal


VIII

Une heure du matin


Il est une heure du matin.

Avenue Marie-Louise, les cafés, les cinémas sont éteints. Les marchands de croissants et de graines de tournesol ont fermé boutique. Les deux maigres petites Tziganes et l’autre malheureuse qui, en cheveux et en loques, mettent généralement sur ce trottoir, un peu d’amour à la portée des pauvres, elles-mêmes ont disparu. Tout dort.

Et cette maison que vous voyez en face est l’hôtel Takal.

Trois étages.

— Allons ! dis-je.

Nous traversâmes la rue. Le garçon de café en mal de naturalisation me précédait.

Le couloir. L’escalier. Nous montons. Ils dorment. Quatre, cinq, six lits dans une chambre. C’est le classique hôtel balkanique. Rien que des lits. Au matin chacun va débarbouiller son nez sur le palier. Nous poussons cette porte entr’ouverte. Il paraît que nous cherchons le frère de mon compagnon ! Ce que je voulais, en somme, c’était les voir dormir. Ils dorment. Où sont les revolvers. Les ont-ils laissés dans leur poche ? Glissés sous l’oreiller ? Cela eût été beau de surprendre mes hommes rêvant aux anges le rigolo à la main ! Par la demi-obscurité de ces lieux, une pensée me tient en joie, celle de trouver un étranger égaré dans cet hôtel. Je le réveillerais. Il se mettrait sur son séant. Sais-tu où tu es ? lui demanderais-je. Et mon homme détalerait en chemise.

Huit estafiers de Vantché ont ici leur billet de logement.

Ils ronflent gratuitement sous la protection de l’Orim.

Bon rêve ! mes petite agneaux !