Les Cantilènes/La comtesse Esmérée

Premières Poésies : 1883-1886Société du Mercure de FranceLes Syrtes. Les Cantilènes (p. 173-176).


LA COMTESSE ESMÉRÉE


Sur un cheval tout noir à la crinière rousse,
Il galope sur la mousse.

En toque de velours avec des plumes blanches
Il passe sous les branches.

Au galop ! Au galop ! Il passe sous les branches
Avec ses plumes blanches.


Au trot ! Au trot ! Au trot ! Et son grand lévrier
Saute près de l’étrier.

Il va pour épouser la fille de la reine,
La reine sa marraine.

Sur son cheval tout noir à la crinière rousse,
Il galope sur la mousse.

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Assise à son balcon, sans page et sans duègne.
La comtesse se peigne.

Et, quand elle sourit, des lys et des jasmins
Lui tombent dans les mains.


Avec un peigne d’or, sans page et sans duègne,
La comtesse se peigne.

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— « Beau capitaine qui passez, la mine fière,
allez-vous à la guerre ?

— Je vais pour épouser la fille de la reine,
La reine ma marraine.

— Comme un diamant bleu reluit ta barbe brune,
Mes cheveux sont clair de lune.

— Je vais pour épouser la fille de la reine,
La reine ma marraine.


— Et lorsque je souris, des lys et des jasmins
me tombent dans les mains… »

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La belle dans ses bras, il passe sous les branches
Avec ses plumes blanches.

Sur son cheval tout noir à la crinière rousse,
Il galope sur la mousse.

Il n’épousera pas la fille de la reine,
La reine sa marraine.