Les Bons Enfants/La campagne — Les marrons

Hachette (p. 105-126).
◄  Mina


LA CAMPAGNE ; LES MARRONS.

Segur, les bons enfants,1893 p113a.jpg
Segur, les bons enfants,1893 p113b.jpg


ers le milieu de l’été, Mme de Rouville avait réuni chez elle une grande partie de sa famille ; les enfants étaient nombreux et profitaient des plaisirs innocents qu’offre la campagne en toutes saisons.

« Venez vite, venez tous chercher et ramasser des marrons ! criait Jacques à ses cousins et cousines assis en rond autour d’un tas de fleurs, qu’ils effeuillaient et mettaient dans des paniers pour une procession qui devait avoir lieu le lendemain au village. Dépêchez-vous, tout le monde va partir. »

Henriette.

Qui donc, tout le monde ?

Jacques.

Les gens de la ferme ; on va grimper dans les marronniers, secouer les branches ; les marrons tomberont, nous les ramasserons ; et puis on s’assoira sous les arbres, on mangera du pain et du fromage, on boira du cidre.

— Nous arrivons, nous arrivons ! crièrent les enfants tous ensemble en se levant précipitamment.

— Et les fleurs ? et la procession ? dit Camille d’un air consterné.

— Nous reviendrons plus tard ; nous aurons le temps ! » crièrent les enfants en se sauvant.

Camille resta seule avec les fleurs éparses devant elle.

« Ils sont jeunes, dit-elle en soupirant, plus jeunes que moi. Ils aiment à s’amuser ; c’est bien naturel ! »

Et la bonne petite Camille ramassa les fleurs, les remit dans les paniers renversés sur l’herbe, et continua à les effeuiller et à remplir les paniers.

« Là, plus de fleurs à effeuiller ; les paniers sont pleins jusqu’au bord ; voyons si nous avons chacun le nôtre. »

Et Camille se mit à nommer les enfants et à mettre dans chaque panier les papiers qui portaient leur nom.

Segur, les bons enfants,1893 p115.jpg
« Venez tous ! criait Jacques aux enfants assis autour d’un tas de fleurs. »

« Madeleine,… Élisabeth,… Henriette,… Marie-Thérèse,… Marguerite,… Léonce,… Arthur,… Louis,… Jacques,… Valentine,… Armand,… Sophie,… Paul,… Pierre,… Henri,… Gaston… Ah ! il n’y en pas pour moi. Voici pourtant le papier avec mon nom… Je pourrais bien le mettre à la place de celui de Paul ; il est si petit, qu’il se contentera d’un sac ou d’un mouchoir… Non, ce ne serait pas bien, ce serait égoïste ; ce pauvre petit, il ne peut pas se défendre, lui… Il pleurerait peut-être… Et moi qui suis grande, je peux bien ne pas avoir de panier… Au lieu de marcher avec les enfants de la procession qui jettent des fleurs, je marcherai près de maman… C’est tout de même dommage, ajouta-t-elle en soupirant… J’aurais tant aimé à jeter des fleurs au bon Dieu… Si je changeais le papier ? Allons, allons, pas de faiblesse, pas d’égoïsme. Adieu les fleurs ! adieu les paniers ! je ne veux plus vous voir, vous me tentez trop. »

Et, courant à la maison, elle appela sa bonne :

« Ma bonne, ma bonne, voilà tous les paniers de fleurs pour demain, là-bas, sur l’herbe ; veux-tu les porter dans nos chambres ? Les noms sont dans chaque panier. »

Et Camille courut rejoindre ses cousins et cousines ; elle arriva au milieu de rires et de cris joyeux. Des gamins étaient montés dans les marronniers ; avec leurs sabots ou des bâtons ils faisaient tomber une pluie de marrons ; ceux qui étaient dessous en recevaient sur le dos, sur la tête.

« Arrêtez, arrêtez ! criaient-ils ; ça pique !

— Gare là-dessous ! » criaient les gamins en secouant les branches de plus belle.

Dans les moments d’intervalle, on se précipitait pour ramasser le plus de marrons possible ; chacun avait son tas. Lorsque Camille arriva, il y en avait quelques-uns très gros, d’autres tout petits ; c’étaient ceux des quatre plus jeunes enfants, Paul, Gaston, Armand et Marie-Thérèse. Ils étaient tous quatre près de leurs tas, et les regardaient avec tristesse.

« Regarde, Camille, comme nous en avons peu ; c’est parce que nous sommes petits ; les grands sont plus habiles, ils prennent tout. »

Et pourtant les pauvres petits étaient rouges et tout en sueur, tant ils s’étaient donné de peine pour ramasser leurs misérables petits tas.

Camille.

Attendez, mes petits, reposez-vous pendant que je vais en ramasser pour vous ; je vais tâcher de vous faire de gros tas comme les autres.

— Vrai, vrai ? s’écria Gaston.

— Merci, merci, bonne Camille ! » s’écrièrent-ils en chœur.

Camille se mit à l’ouvrage avec un zèle qui fit peur aux autres.

Jacques.

Tu vas trop vite, Camille ; tu ramasses tout.

Louis.

Tu vas avoir un tas plus gros que les nôtres, quoique tu sois arrivée longtemps après nous.

Henriette.

Camille, prends garde, on secoue les arbres.

Camille.

Ça ne fait rien, mon chapeau me garantit la tête. »

Et, pendant que les autres se sauvaient, Camille ramassait toujours. Quand son tablier était plein, elle le vidait sur les marrons des quatre plus jeunes, qui sautaient autour de leurs tas à mesure qu’ils grossissaient.

Mais Camille avait beau se dépêcher, se mettre en nage ; elle ne pouvait pas fournir assez de marrons pour rendre les quatre tas aussi gros que les autres, qui avaient chacun leurs ouvriers. L’exemple de Camille avait donné aux enfants l’envie de faire comme elle ; tous s’étaient mis à ramasser les marrons avec une ardeur admirable  : les tas grossissaient à vue d’œil ; ceux des quatre petits augmentaient aussi, mais pas autant.

« Pauvre Camille, tu es fatiguée, dit Gaston en l’arrêtant, pour l’empêcher de continuer sa besogne.

— Repose-toi, pauvre Camille, dit le petit Armand.

— Oui, oui, repose-toi, dirent Paul et Valentine.

Camille.

Mais vos tas ne sont pas assez gros, mes pauvres petits.

Marie-Thérèse.

Ça ne fait rien ; il y en a bien assez à présent ; je ne veux pas que tu te fatigues davantage.

Armand.

Comme tu es lasse, Camille ! comme tu es rouge !

Paul.

Et comme tu sues !

— Qui est-ce qui veut faire cuire des marrons, s’écria Élisabeth.

— Moi, moi ! répondirent les autres tout d’une voix.

Élisabeth.

Venez alors chercher du bois mort. »

Tous coururent dans le bois, le long des haies, ramasser des branches sèches.

« C’est bon, c’est bon, dit Camille en riant ; nous allons avancer notre ouvrage pendant ce temps. Dites donc, petits garçons, cria-t-elle aux gamins qui étaient montés dans les arbres, voulez-vous m’aider à ramasser des marrons ? vous en aurez chacun douze pour votre peine.

— Certainement, mam’selle, et de grand cœur », répondirent les gamins en dégringolant lestement jusqu’à terre.

Ils étaient huit, et ils étaient tous à l’œuvre. Comme ils étaient très reposés, l’ouvrage marcha vite, et en quelques minutes il y eut tant de marrons que les tas des quatre petits se trouvèrent plus gros que ceux des grands. Les petits étaient enchantés ; ils couraient d’un tas à l’autre pour juger de la grosseur ; ils les mesuraient avec de petits bâtons.

Armand.
Tiens, Marie-Thérèse, vois le mien comme il est gros.

Segur, les bons enfants,1893 p121.jpg
Les tas grossissaient à vue d’œil. (Page 111.)

Marie-Thérèse.

Et le mien, regarde, aussi gros que celui de Léonce.

paul.

Et moi, regarde comme j’en ai ; gros comme moi.

Gaston.

Moi aussi, j’en ai une montagne.

Armand.

Et celui de Camille, où est-il ?

Camille.

Je n’en ai pas, moi ; je suis arrivée trop tard.

Marguerite.

Comment, trop tard ? C’est toi qui as fait les nôtres, qui sont si gros.

Camille.

Mais c’est pour vous aider, parce que vous êtes trop petits pour en ramasser beaucoup.

Gaston.

Non, non, je ne veux pas du mien si tu n’en as pas, il sera pour toi.

Armand.

Et le mien aussi ; prends-le, ma bonne Camille !

Marie-Thérèse.

Et moi aussi, je vais t’en donner des miens.

Paul.

Prends, prends, Camille, mon tas ; attends seulement que j’en mette plein mes poches… et puis dans mon chapeau,… et puis dans mon mouchoir,… et puis… où donc encore ? »

Et, tout en parlant, Paul bourrait ses poches et se dépêchait de remplir chapeau et mouchoir.

Camille, riant.

Garde tout, mon pauvre petit. Tout est pour toi ; je n’en veux pas, je t’assure. Je vous remercie tous, mes chers petits ; vous êtes bien gentils. Quand vous en aurez de cuits, si vous voulez m’en donner chacun deux, je serai bien contente.

Paul.

Je crois bien ; tant que tu en voudras ; tout si tu veux. »

Camille aperçut les huit gamins qui attendaient la récompense promise.

Camille.

Je vous oubliais, mes petits ; tenez, voici votre part à chacun. »

Camille prit de chaque tas de quoi payer deux petits garçons ; et, comme il y en avait huit, elle les paya tous avec les quatre tas. Les gamins partirent enchantés. Camille attendait avec ses petits cousins et cousines le retour des plus grands, qu’on entendait dans le bois rire, se culbuter et pousser des cris de joie. Ils apparurent enfin, l’un sortant d’un fossé, l’autre passant au-dessus d’une haie, le troisième se glissant entre deux arbres, et tous portant une charge de bois sur la tête ou sur le dos.

Ils jetèrent leur bois auprès de leur tas de marrons, et se rassemblèrent autour pour voir s’il y en avait assez.

Madeleine.

N’en faudrait-il pas encore, Léonce ?

Léonce.

Il y en a bien assez, Madeleine ; sois tranquille, nous avons de quoi faire un feu magnifique.

Élisabeth.

Tiens, c’est toi, Camille ? Que fais-tu là ? tu as l’air fatiguée ?

Paul.

Je crois bien qu’elle est fatiguée, cette bonne


Segur, les bons enfants,1893 p125.jpg
Ils apparurent enfin, portant une charge de bois.



Camille ; elle s’est donné tant de mal pour nous faire plaisir ! Elle nous a ramassé à tous les quatre une telle quantité de marrons, qu’elle n’en peut plus.

Arthur.

C’est vrai ! Quels énormes tas !

Louis.

Ils sont plus gros que les nôtres !

Henriette.

Et quels beaux marrons !

Jacques.

Lequel est le tas de Camille ?

Camille.

Je n’en ai pas ; je n’en ai pas besoin.

Jacques.

Tu en as aussi besoin que nous.

Camille.

Les petits m’ont promis de m’en donner quand ils seraient cuits.

Jacques.

Combien ?

les quatre petits, ensemble.

Deux chacun ; cela fait beaucoup.

Jacques, avec indignation.

Mais c’est abominable ! Comment, la pauvre Camille s’est éreintée à vous ramasser vos marrons, et vous ne lui en donnez que deux !

Armand.

Je te conseille de crier, toi qui n’en donnes pas un, non plus que les autres grands.

Jacques.

Je n’en donne pas, parce que je ne savais pas que Camille travaillait pour vous, au lieu de travailler pour elle. À présent que je le sais, je lui donnerai la moitié de mon tas.

— Nous aussi ! s’écrièrent les autres.

Gaston.

Non, Camille prendra les nôtres. Nous te les avons offerts les premiers, et avant que Jacques fût revenu, tu sais bien, Camille.

Camille.

Vous êtes tous bien bons, mes amis, je vous remercie ; savez-vous ce qu’il faut faire ? Mettons tous nos marrons ensemble, et partageons-les également.

Élisabeth.

C’est cela ! voilà une bonne idée !

Henriette.

Quelle montagne cela va faire !

Valentine.

Écoutez ! ce sera long à partager ; avant de commencer, allumons notre feu pour faire cuire les marrons que nous allons manger.

Léonce.

Allumons, allumons ! il nous faut des allumettes !

Louis.

Arrangeons d’abord le bois : tout est jeté au travers de l’herbe ; il faut faire un petit bûcher.

Madeleine.

Mais comment les marrons cuiront-ils dans la flamme ? Ils brûleront.

Élisabeth.

Et ils éclateront et nous sauteront à la figure.

Sophie.

J’ai une idée ! Creusons un trou dans la terre ; mettons du bois au fond, puis un peu de terre, puis les marrons, puis encore du bois en grande quantité. Comme ça, les marrons cuiront tout doucement, comme s’ils étaient sous la cendre. »

Les enfants, enchantés de l’idée de Sophie, se mirent à creuser avec des bâtons, avec leurs couteaux, avec leurs doigts même ; et bientôt le trou fut fait. Ils y mirent de petits morceaux de bois, puis ils placèrent les marrons.

« Arrêtez ! leur cria Camille ; avez-vous fendu les marrons avant de les mettre dans le trou ?

Arthur.

À quoi bon les fendre ?

Camille.

Si vous ne les fendez pas, ils sauteront et vous brûleront.

Léonce.

C’est impossible, puisque nous mettons par-dessus de la terre et une montagne de bois. Est-ce qu’une montagne peut sauter ?

Camille.

Elle sautera très bien, et plus haut que toi.

Sophie.

Non, non, ce sont des sottises ; rien ne sautera ; laissez-moi faire et n’ayez pas peur.

Jacques.

Tout de même, je ne resterai pas à côté ; je crois que Camille a raison.

Valentine.

Je m’en irai avec toi. C’est plus sûr.

Marguerite.

Je me mettrai près de Camille. J’ai peur.

— Et moi aussi, dirent les autres, qui commençaient à craindre que l’invention de Sophie ne fût pas excellente.

Paul.

Où irons-nous ? À la maison ?

— Non, pas si loin, répondit Camille en riant ; seulement un peu en arrière. »

Léonce avait été chercher des allumettes ; tout était prêt ; il fit partir l’allumette, alluma les feuilles sèches qui tenaient aux branches mortes ; en deux minutes le bois fut en feu. Camille avait emmené les enfants à vingt pas plus loin ; tous l’avaient suivie ; Sophie même s’était éloignée tout en riant de leurs terreurs.

Le feu brûlait, le bois se consumait, rien ne sautait. Sophie commençait à triompher.

« Je t’avais bien dit qu’il n’y avait pas de danger.

Camille.

Attends encore ; les marrons ne sauteront que lorsqu’ils seront assez échauffés pour que la peau éclate en se fendant.

Sophie.

Mais tu vois bien que le feu va bientôt s’éteindre.

Jacques.

Je crois vraiment que nous pouvons… »

Jacques n’eut pas le temps de finir sa phrase ; une forte explosion se fit entendre, et l’on vit les marrons, les cendres, les petits restes de bois enflammés sauter et se répandre dans toutes les directions et à une distance assez grande du foyer pour faire fuir les enfants plus loin encore.

« Camille avait raison, dit Jacques quand l’émotion fut un peu calmée.

Sophie.

C’est incroyable que des marrons puissent lancer si loin le feu et les cendres ! Je ne l’aurais pas cru si je ne l’avais pas vu.

Henriette.

C’est bien heureux que Camille nous ait prévenus. Nous aurions tous été brûlés vifs, grâce à l’heureuse idée de Sophie.

Sophie.

Quelle bêtise ! brûlés vifs ! Nous aurions eu de la cendre dans la figure, voilà tout !

Élisabeth.

De la cendre dans la figure, dans les yeux, des charbons brûlants sur nos robes, qui auraient pris feu.

Sophie.

Eh bien, nous nous serions roulées sur l’herbe ! Ce n’est pas difficile !

Camille, gaiement.

Mais il vaut encore mieux que nous n’ayons eu ni cendres, ni charbons enflammés. Le bon Dieu nous a préservés aujourd’hui comme toujours. Je l’en remercie de tout mon cœur.

Armand.

Et nos marrons ! Nous n’en avons pas, tout de même.

Paul.

Je voudrais bien en manger, moi.

Louis.

Comment donc faire ?

Camille.

Savez-vous ce qu’il faut faire ? Allons chercher nos brouettes et notre charrette, mettons nos marrons dedans, et ramenons tout à la maison ; le cuisinier nous en fera cuire tant que nous en voudrons.

Madeleine.

Oui, oui, allons ! Que chacun prenne sa brouette ; Camille, Pierre et Léonce amèneront la charrette. »

Ils partirent tous, à qui courrait le plus vite ; les quatre petits restaient en arrière, malgré leurs efforts. Camille, toujours bonne et attentive, les voyant se dépêcher, se presser sans pouvoir arriver, retourna sur ses pas.

« N’allons pas plus loin, mes chers petits ; attendons-les ; il faudra bien qu’ils repassent par ici.

— C’est vrai ! Ah ! que je suis fatigué ! » dit Gaston en se laissant tomber à terre.

Paul, Armand et Marie-Thérèse s’assirent près de lui et de Camille. Ils attendirent, attendirent longtemps : personne ne revenait. Camille commença à trouver le temps un peu long ; les petits s’ennuyaient, ils demandaient à rentrer.

« Rentrons », dit Camille.

Ils se levèrent et se dirigèrent à pas lents vers la maison. Tout était tranquille quand ils arrivèrent ; on n’entendait, on ne voyait personne. Camille demanda au cuisinier s’il n’avait pas vu ses cousins et cousines.

« Oui, mademoiselle, ils sont revenus il y a déjà quelque temps ; ils ont mangé des marrons que j’avais pour eux et que je venais de faire cuire, et…

— Et nous ? et nous ? » s’écrièrent les quatre petits.

Tranchant.

En voulez-vous, messieurs et mesdemoiselles ? En voici tant que vous en voudrez. »

Et il leur présenta une grande jatte pleine de marrons tout chauds, ce qui les consola de leur longue attente et de leur ennui. Camille en mangea avec eux ; ils en mirent dans leurs poches.

Camille.

Où sont-ils allés ? Savez-vous, Tranchant ?

Tranchant.

Dans le potager, mademoiselle, pour cueillir le raisin.

les petits.

Allons-y aussi ; Camille, viens au potager, je t’en prie. Ce sera bon, du raisin après des marrons. »

Camille les mena au potager, où ils trouvèrent les cousins et cousines montés aux échelles et cueillant les grappes de raisin, qu’ils mettaient dans des paniers.

Camille.

C’est joli de nous abandonner comme vous l’avez fait ! Nous vous attendions là-bas, pensant que vous deviez revenir.

— Comment, vous étiez restés en arrière à nous attendre ! dit Élisabeth. Pauvres malheureux ! nous ne le savions pas.

Jacques.

Et vous n’avez pas eu de marrons ?

Camille.

Si fait, le cuisinier vient de nous en donner.

Segur, les bons enfants,1893 p133a.jpg
Segur, les bons enfants,1893 p133b.jpg
Jacques.

Prends ma place pour cueillir du raisin, c’est très amusant. »

Et Jacques descendit de l’échelle, tenant son panier de raisin, qu’il offrit à Camille ; elle en prit une grappe ; ensuite les petits se jetèrent dessus et en prirent tant que leurs petites mains pouvaient en tenir.

Camille.

Mon petit Jacques, veux-tu me rendre le service d’appeler les bonnes ? Je suis fatiguée de garder les enfants. »

Segur, les bons enfants,1893 p133c.jpg

Jacques posa son panier à terre, et courut chercher les bonnes, qui délivrèrent Camille de sa charge. Chacun des enfants vint offrir du raisin à Camille, qui prit un grappillon à chacun.

« Et nos marrons, dit-elle, que vont-ils devenir ?

Léonce.

On les a envoyé chercher avec une charrette, et on nous les mettra dans les coins du hangar.

Marguerite.

Ce sera très commode ; nous en prendrons quand nous voudrons.

Henriette.

Et nos fleurs, où sont-elles ? Tout a disparu ! fleurs, paniers, tout.

Camille.

C’est moi qui les ai rangées après avoir effeuillé les fleurs et rempli chaque panier.

Élisabeth.

Merci, Camille ; que tu es bonne ! C’est pour cela que tu es venue si tard nous rejoindre aux marronniers ?

Camille.

Oui, je voulais que ce fût fini pour demain. »

Les enfants la remercièrent tous, et demandèrent à voir leurs paniers.

« Ils sont dans vos chambres, dit Camille, chacun a le sien avec son nom écrit sur un papier attaché à l’anse du panier. »