Le trésor de Bigot/XIX

Édouard Garand (p. 54).

XVIX

RENDEZ À CÉSAR…


Les agents de police transportaient la dépouille de Jean Labranche à la résidence de son père, quand le notaire Morin arriva.

On le mit au courant des derniers événements.

— Que Madeleine décide, dit-il, ce que nous devons faire du trésor. Je crois qu’elle a la même idée que moi.

Le détective dit alors :

— Oui, Madeleine, décidez ! Votre ancêtre Marcel Morin l’a enfoui. Vous l’avez retrouvé. Que voulez-vous en faire ?

Madeleine répliqua :

— Nous allons prendre la boîte qui contient le trésor de Bigot et nous rendre à Québec immédiatement.

Le notaire Morin sourit à sa fille :

— Mais où irons-nous ensuite ? questionna-t-il.

— Ça, c’est mon secret.

Quand ils furent rendus dans la vieille cité de Champlain, le détective demanda à la jeune fille quelle direction ils allaient prendre.

— Grande-Allée. Nous allons au Parlement, répondit-elle.

Le détective la regarda curieusement.

Comprenait-il ?

Quand ils entrèrent dans l’édifice du Gouvernement, la jeune fille dit à Jules :

— Conduisez-moi au cabinet du premier ministre.

Ce dernier était là. Ils furent introduits immédiatement, grâce à la magie de la carte du détective.

Le notaire s’avança vers le chef du gouvernement qui était son vieil ami de collège ; il lui serra la main. Puis, se tournant vers Madeleine, il dit :

— Parle, ma petite.

Madeleine se recueillit :

— Monsieur le premier ministre, dit-elle, cette boîte contient un trésor. Ce trésor, l’intendant Bigot l’avait confié à mon aïeul. Nous venons de le découvrir. L’argent, l’or et les pierres précieuses que renferme cette boîte apartenaient au peuple à qui Bigot les avait volés. Je le remets au peuple dont vous êtes le représentant. C’est ce que mon aïeul avait l’intention de faire. Il doit être heureux, s’il m’entend du ciel, où il est sans doute.

Les yeux du premier ministre roulaient dans l’eau :

— Mademoiselle, dit-il, au nom du peuple, je vous remercie.

Puis, spontanément, il prit la tête de la jeune fille dans ses mains et la baisa au front.

Madeleine éclata en sanglots. Elle alla se blottir dans les bras de son père. Le détective s’approcha. Celle qu’il aimait déjà auparavant avait en cette minute sublime grandi dans son amour :

— Madeleine, dit-il, laissez-moi vous donner mon baiser de fiançailles.

La jeune fille lui passa ses deux bras autour du cou et l’embrassa longuement.

Des ouvriers entraient, qui, après bien des efforts, réussirent à ouvrir la boîte.

Elle contenait beaucoup de pièces d’or, peu de pièces d’argent et beaucoup de pierres précieuses.

Le premier ministre dit au notaire :

— Je crois qu’il y en a pour plus d’un million.

Puis il s’adressa à Madeleine, s’écriant :

— Ce ne sera pas Jules Laroche, mais le peuple de Québec reconnaissant qui vous donnera votre anneau de fiançailles. Et, croyez-moi, il sera superbe !

FIN