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Gervais Clouzier, 1680 (1 / 2, pp. 283-285).
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LE Bleyme est une inflammation causée par un sang meurtri dans le dedans du sabot, entre la sole & le petit pied vers le talon, où la matiere se forme & fait les desordres que nous expliquerons. Il y a de trois sortes de Bleymes.

Les premieres viennent aux pieds alterez & cerclez, & aux talons encastelez, & viennent plûtost au quartier de dedans comme estant le plus foible. Les Chevaux d’école sont plus sujets à ce mal que les autres, à cause qu’ils n’ont jamais le pied humecté par aucune humidité que la poudre le leur desséche extremément, si on n’a le soin de leur curer le pied toutes les fois qu’ils sont de retour du manége.

Ce mal fait extrémement boiter un Cheval, & souvent pour les guerir il leur faut ou faire une tres-grande ouverture, ou desso1er, si on a negligé d’y donner remede à temps ; d’abord qu’on s’apperçoit du mal, il faut fort parer le pied, ouvrir la Bleyme jusqu’au vif, faire sortir la matiere qu’elle contient qui est presque toûjours brune, mettre dedans ou du baume ardent, de l’huile de Gabian ou de Merveilles, enveloper le sabot avec une remolade faite avec la suye & therebentine , & par cette precaution la matiere ne souflera pas au poil, comme il arrive si on ne donne jour à la Bleyme, & continuer de la sorte. Que si la matiere avoit souflé au poil, il le faut traitter comme je l’ay enseigné au Chapitre precedent, & se servir au haut de l’onguent de la Comtesse, au deffaut on peut demêler de la litarge en poudre avec de l’esprit de vin, & l’appliquer sur de la filasse, pour mettre sur l’endroit où la matiere a souflé au poil.

Il y des Bleymes si dangereuses qu’elles font faire quartier neuf, parce que la matiere a croupy trop long-temps, il s’est formé un ou plusieurs os de graisse, ou filandres, qui mangent & pourrissent la racine du quartier, lequel il faut couper jusqu’à la couronne ; & si pour cela la Bleyme n’en est pas guerie ; pour y proceder avec methode, il faut ayant bien découvert & coupé la sole sur le mal, sonder au coin des quartiers quel fonds ou quel creux il Page:Solleysel - Parfait mareschal - 5è éd., 1680 - tome 1.djvu/298 Chap.
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pouvez avoir recours au Chapitre qui enseigne la maniere de panser les javars encornez & atteintes encornées, où vous trouverez des remedes propres à ce mal.

Les Bleymes de la troisiéme especes viennent de ce qu’il s’enferme de petites pierres ou du gravier, entre la sole & le fer, qui la foulent & la meurtrissent ; elles ne sont pas beaucoup à craindre, & sont aisées à guerir.

Le fer mal posé, ou lors que les clous ne le retiennent pas en sa place, causera une Solbature ou des Bleymes : les pieds plats y sont sujets, car facilement le sable ou le gravier s’enferme entre le fer & la sole.

Le remede à ces dernieres, sera de parer le pied pour découvrir la Bleyme, & d’ôter toute la sole meurtrie, si la matiere n’y est pas encore formée : si elle y est formée, il faut l’évacuer, puis panser le trou ou playe comme une encloüeure : le mal dans son commencement sera bien-tost guery ; s’il est grand les remedes que nous avons proposez, en viendront à bout avec l’eau vulneraire, le Baume ardent, ou l’huile de Merveilles, ou de Gabian ; quand on a donné jour à la Bleyme par dessous le mal guerira bien-tost, lequel estant negligé peut produire de facheuses suittes.