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Gervais Clouzier, 1680 (1 / 2, pp. 257-267).
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LE tracas des grandes Villes, fait qu’il y a beaucoup de vieux clous qui demeurent dans les ruës, & souvent les Chevaux se les enfoncent dans les pieds ; un cocher doit avoir soin, d’abord qu’il voit boitter un Cheval, de mettre pied à terre pour luy arracher le clou, & empécher qu’il ne s’enfonce jusques à la teste, comme il arrive fort souvent.

Les chicots se prennent dans les tailles nouvelles, les Chevaux s’enfoncent dans les pieds des éclats de bois, qui percent la sole, & vont par fois jusqu’au petit pied ; les uns & les autres causent souvent de tres-grand maux & de longue durée.

D’abord que l’on apperçoit qu’un Cheval a pris un clou, ou un chicot : il le faut arracher, & s’il en sort du sang c’est d’autant mieux, & s’il n’en sort point, il ne faut pas laisser de continuer vostre chemin si le Cheval ne boite pas ; mais s’il boite, le plus seur est d’y mettre remede tout à l’heure, si on le peut ; c’est à dire, tirer le clou ou chicot, & fondre de la cire d’Espagne, & la laisser tomber dessus pour boucher le trou, afin qu’il ne penetre ny gravier, ny bouë, & de cette sorte vous pouvez conduire sans peril vostre Cheval, jusqu’à ce que vous soyez en lieu pour y mettre de l’eau vulneraire, ou de l’esprit de vitriol, & l’appliquer tout froid : que si vous n’en avez pas, vous pouvez y mettre du Ponpholix ; souvent il m’est arrivé que la seule application de la cire d’Espagne, a guery le mal : si le Cheval boite encore quand vous serez arrivé au logis, servez-vous des remedes cy-dessus, ou de bonne huile de Merveille, ou autre bon onguent, bouchez le trou avec du coton, une bonne remolade sur la sole, & si le clou est grand un restrainctif autour du sabot à la pince seulement, & continuez à le panser de la sorte jusqu’à guerison, si vous y donnez ordre au commencement du mal : quand il boitteroit beaucoup, le Cheval pourra guerir, si le petit pied ou le nerf ne sont pas piquez.

Si le mal est inveteré, il le faut découvrir avec le boutoir, puis sonder avec une plume modestement pour en trouver le fonds, sans meurtrir le lieu avec la sonde, comme la pluspart, qui avec la sonde font plus de mal qu’il n’y en a déja : ensuite faites chauffer dans une cueiller de l’huile de Merveilles, dont nous donnerons la description, ou de celle de Gabian, ou quelque bon onguent, chaud & les jettez chauds dans le trou, puis bouchez avec Page:Solleysel - Parfait mareschal - 5è éd., 1680 - tome 1.djvu/272 Page:Solleysel - Parfait mareschal - 5è éd., 1680 - tome 1.djvu/273 Page:Solleysel - Parfait mareschal - 5è éd., 1680 - tome 1.djvu/274 Page:Solleysel - Parfait mareschal - 5è éd., 1680 - tome 1.djvu/275 Page:Solleysel - Parfait mareschal - 5è éd., 1680 - tome 1.djvu/276 Page:Solleysel - Parfait mareschal - 5è éd., 1680 - tome 1.djvu/277 Page:Solleysel - Parfait mareschal - 5è éd., 1680 - tome 1.djvu/278 Page:Solleysel - Parfait mareschal - 5è éd., 1680 - tome 1.djvu/279 Page:Solleysel - Parfait mareschal - 5è éd., 1680 - tome 1.djvu/280 Chap.
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J’ay veu des retraites qui ont esté poussées par le clou qu’on mettoit tout contre, qui ont poussé la corne en dedans contre l’os du petit pied, en sorte que cette corne que la nature a formé rabotteuse, & pleine de petits fillons pour qu’elle se puisse lier & s’attacher avec la chair qui entoure l’os du petit pied ; cette corne qui est poussée en dedans du sabot occupe plus de place qu’elle ne devoit occuper, & meurtrit la chair qui estoit en cét espace ; la chair meurtrie se change en matiere, laquelle est longtemps à s’evacuer, & la partie à se consolider, ainsi le Cheval en boitte long-temps, & ces maux sont tres-longs à guerir. J’ay gardé fort long-temps le sabot d’un Cheval où cela se voyoit clairement, il fut trois mois boiteux d’une retraite, & a servy long- temps ensuite. Estant mort je fis garder son sabot pour reconnoistre la chose, où j’en fus finalement éclaircy.

Je ne vous donneray point icy la description de l’onguent de Villemagne, quoy qu’il soit tres-bon pour tous ces maux ; mais il ne penetre point si bien le fonds d’une playe que l’huile ou le baume. Tous les Livres imprimez depuis peu, ont décrit cét onguent : Voyez la grande Mareschallerie du Sieur d’Epinay sur la fin, mais comme dans cét onguent, il y entre du beaume du Perou, je soutiens que ce seul baume fera plus d’effet pour une encloüeure, ou clou de ruë, que tout l’onguent ensemble : je n’ay pas donné non plus la description de l’onguent Ponpholix, elle est dans la Pharmacopée de Bauderon & dans toutes les autres : les baumes ardens sont meilleurs pour ces maux, que tous les onguens.

L’huile suivante est excellente pour les clous de ruë, chicots, &c.