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Gervais Clouzier, 1680 (1 / 2, pp. 183-186).
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QUelques gens peu entendus appellent ce mal, des eaux, & tous les connoisseurs l’appellent Molette, c’est une tumeur tendre & molle, grosse comme une noisette, plus ou moins, sans douleur toutesfois, causée par des humeurs subtiles & sereuses, ce mal est situé entre le nerf & l’os, au costé du boulet sur le cuir, c’est une enflure en forme de bouteille située au dedans & au dehors dudit boulet.

A costé du boulet au dedans de la jambe, quelquesfois en dehors, peu éloigné de l’endroit où vient la Molette, mais plus bas & à costé, il y a souvent un petit os qui paroist estre une Molette, & ne l’est pas, car c’est un osselet qui choque la veuë ; il arrive rarement que ces osselets fassent boitter le Cheval ; pourtant j’en ay veu de boitteux après de longues courses : il n’y a point d’autre remede que le feu, dont il faut rayer toute la partie, & deux doigts tout autour, appliquant ensuitte un bon cerolienne sur le feu : le feu dissipe les glaires & humeurs qui se sont jointes à l’osselet, & qui font boiter, car l’osselet seul rarement fera-t’il boitter.

On guérira une Molette avec de la lessive chaude faite de cendre de ferment deux parts, & une de cendre gravelée ; Si on en lave fort le boulet, & qu’on applique dessus les cendres, & qu’on les lie, ce remede resserre la Molette, & desenfle les jambes gorgées ; on dissipera une Molette si on la frotte souvent avec de l’esprit de vin, on la guerira radicalement avec de l’onguent de scarabeus, comme je l’ay enseigné cy-devant, & avec un retoire que j’enseigneray cy aprés. Ce mal quoy que leger fait boitter un Cheval dans le temps des gelées, & est une marque assurée qu’il a beaucoup travaillé, ou qu’il a le paturon trop long, ou la Page:Solleysel - Parfait mareschal - 5è éd., 1680 - tome 1.djvu/198 Page:Solleysel - Parfait mareschal - 5è éd., 1680 - tome 1.djvu/199 Chap.
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Le dernier & le meilleur remede pour les Molettes est le feu, comme c’est un puissant resolutif il dissipe la Molette, & elle ne revient plus ; il empesche que l’on ne vende le Cheval, mais pour le service le feu est excellent, & je puis dire que c’est moy qui l’ay aprivoisé à Paris, & qui l’ay rendu aussi commun qu’il est à present : Et cela est si veritable, que j’ay veu souvent le Roy monter à la chasse des Chevaux qui avoient eu le feu aux quatre jambes.

Pour les Molettes nerveuses qui sont situées sur le nerf aux boulets de derriere, le plus assuré remede est de leur donner le feu bien vivement sans percer le cuir, elles gueriront si on les prend dans Ies commencements ; mais comme souvent on tarde trop à faire cette operation, la Molette s’endurcit de telle maniere, qu’elle ne cede plus sous le doigt, quand on la presse ; elle grossit & durcit, & souvent se rend incurable, les Chevaux en boittent tout bas, & quoy qu’on leur donne le feu, il ne fait son effet que fix ou huit mois après, & mesme souvent au bout de ce temps le Cheval n’est pas droit ; car comme la tumeur estoit trop endurcie, le feu ne peut si-tost la dissiper, & souvent ne la dissipe point ; c’est pourquoy quand on voit des Molettes nerveuses qui font boitter, il ne faut pas attendre qu’elles durcissent & grossissent, mais aussi-tost on doit donner le feu ; c’est aux jambes de derriere dont je parle, car aux jambes de devant rarement on voit que pareils accidens arrivent, mais fort souvent à celles de derriere.