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Gervais Clouzier, 1680 (1 / 2, pp. 140-143).
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CEt accident estant tres-commun à tous les Chevaux, il est à propos d’en examiner les circonstances, parce que faute d’avoir bien reconnu le mal, & de l’avoir traité methodiquement, on laisse des Chevaux estropiez, qui demeurent inutiles le reste de leurs jours ; pour comprendre ce mal, il faut sçavoir que l’épaule du Cheval, comme des autres animaux à quatre pieds, n’est attachée à son corps par aucun gros os, mais seulement appliquée sur l’extremité des costes, & retenuë en sa juste situation par des ligaments qui l’attachent en cét endroit ; c’est ce qui fait que par un mediocre effort, dans une extraordinaire situation de la jambe à terre, un Cheval peut s’entr’ouvrir, c’est à dire se déjoindre quelque partie de l’épaule d’avec le corps, ce qui ne se peut faire que par une extension des ligaments de l’épaule : Dans toutes les parties qui se mouvent en tous les endroits du corps, il y a certaines eaux glantes ou pituites, qui facilitent le mouvement des jointures. Ces eaux sortent du lieu où elles sont établies par la nature pour faire leurs fonctions, elles se répandent dans les endroits dilatez & ouverts par l’effort de l’épaule, ainsi elles sont hors de leur lieu naturel, & d’abord elles s’y époississent & s’endurcissent, & bien loin de faciliter le mouvement comme auparavant, elles l’empéchent & y causent de la douleur qui fait boitter le Cheval, plus ou moins selon que l’effort est plus ou moins grand ; la douleur peut provenir de l’extension des nerfs, & de ces glaires qui sont augmentées par les humeurs voisines qui se jettent sur la partie malade, & augmentent la douleur ; il faudra tâcher d’attenuer ces humeurs, & ensuitte les évacuër par insensible transpiration, & fortifier la partie pour la remettre en son premier état.

Ce mal est difficile à connoistre, particulièrement quand on n’a point veu faire l’effort au Cheval, & qu’il ne fauche point ; c’est à dire, qu’en cheminant il ne porte point la jambe en tournant, faisant un demy rond avec le pied, au lieu de le porter droit en avant ; car s’il fauche, c’est une marque presque infaillible qu’il a fait effort à l’épaule, ou qu’il est entr’ouvert : les Marechaux disent qu’il a fait un écart.

Lors que le Cheval ne fauche point, & que neantmoins il boitte, on le fait tourner & trotter en rond sur le costé malade assez court, & on observe soigneusement comme il pose son pied à Page:Solleysel - Parfait mareschal - 5è éd., 1680 - tome 1.djvu/155 Page:Solleysel - Parfait mareschal - 5è éd., 1680 - tome 1.djvu/156 Chap.
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continuez l’onguent de Montpelier tous les matins, & les soirs sans rien ôter de l’onguent frottez l’épaule malade avec esprit de vin, & continuez jusqu’à ce qu’il ne boitte que peu, qu’on appelle feindre, lors faites un bain avec bonnes herbes, de la lie de vin, & du miel, & en bassinez & frottez tous les jours l’épaule, & quand il ne boittera plus laissez-le de séjour assez long-temps pour se fortifier à l’écurie, sans le faire marcher ny promener, car autre chose que le repos ne le peut restablir ; à tous les maux d’épaule il faut du sejour, afin que la nature repare à loisir, le desordre que l’effort a fait.

Onguent de Montpelier.

Prenez véritable onguent rosat, & non de la graisse blanche rougie avec orcanette, & lavée en eau rose pour luy donner l’odeur, comme plusieurs Apoticaires vendent pour onguent rosat, & qui ne l’est pas, mais l’onguent rosat est fait avec les roses, d’où il prend son odeur, & sa couleur est une chanson puisqu’elle ne luy donne pas la vertu ; la description est dans toutes les pharmacopes, ainsi je ne la mettray point icy : prenez donc le veritable onguent rosat, le populeux, aussi sans addition de vert de gris comme les fripons en usent pour luy donner une couleur plus verte & le mieux vendre prenez de bon populeum, l’althea & le miel, de chacun une livre, mêlez le tout à froid & le gardez dans un pot bien couvert, voila la véritable description de cet onguent si renommé parmy les amateurs de Chevaux pour ses bons effets, car il fortifie sans chaleur, & sert par tous les endroits où il faudroit se servir des charges ou emmielures.

Comme l’effort d’épaule peut estre si grand que ce remede ne le pourroit guerir, on peut se servir de celuy qui suit, qui a plus d’efficace, mais qui est plus difficile à faire.