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Gervais Clouzier, 1680 (1 / 2, pp. 101-111).
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PRenez sauge, rhuë, romarin, galega, de chacun une manipulle, chardon benit, dictame de Crete, racines d’imperatoire, d’Angelique de Boheme, bistorte, aristoloche ronde & longue, fraxinelle, galanga, gentiane, costus amer, calamus aromatique, semences de persil, de chacune une once, bayes de laurier & de genevre, de chacune demie once, canelle, giroffle, noix muscade, de chacun trois dragmes, terre figillée préparée en vinaigre, & theriaque vieille, de chacun une once, poudre de viperes quatre onces, noix séches & mondées, mie de pain de froment desséchée, de chacun huit onces, miel écumé sept livres, soit fait électuaire selon l’art.

Il faut hacher les noix mondées, & les piler avec la mie de pain desséchée, puis les faire passer par le tamis renversé, à la façon des pulpes, & adjoûter les poudres & autres matieres : finallement le miel & la theriaque, qui sera le levain pour faire plus promptement fermenter le tout.

Vous avez la veritable description de l’Orvietan, je puis l’assurer de la sorte, puisque j’ay veu que c’estoit le mesme goût, l’odeur, la couleur, les effets, & la consistance aussi, de mesme que le bon Orvietan ; vous pouvez donc la faire dispenser avec toute confiance, & vous en servir comme il suit, non seulement pour les Chevaux, mais utilement pour les Hommes, ce qui est assez connu à Paris & ailleurs, où il se trouve tout composé.

Comme le galega, qui est la quatrième drogue de cette composition, n’est pas extremement connuë hors de Paris, je vous donne avis qu’on la nomme autrement, ruta capraria & lors qu’on n’en trouve pas, on subftituë le pentaphilon, mais le galega est meilleur.

Ceux qui le voudroient avoir excellentissime, pourroient avec les quatre onces de poudre de viperes, y mettre quatre onces de cœurs & foyes de viperes, mais ce seroit pour des Hommes seulement, ou pour des Chevaux de prix.

L’Orvietan se conserve long temps, il est admirable en cent occasions, & partout où l’on ne craint pas d’échauffer, & que la chaleur est bonne : il profite beaucoup aux Chevaux qui ont l’estomac debile, & qui mangent peu ; à ceux qui sont dégoûtez & ont mangé herbe, ou beste veneneuse, ou qu’on soupçonne d’estre empoisonnez, par breuvages ou autrement. Il restablira Chap.
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les Chevaux maigres, deffaits, & extenuez ; il détruira & fera mourir les vers qui s’engendrent dans le corps des Chevaux, & les amaigrissent ; mais il ne doit estre employé que trois mois apres qu’il est fait, parce qu’il luy faut ce temps, afin qu’il fermente & qu’il soit en estat de perfection.

On le peut donner par precaution pour empécher qu’ils ne soient attaquez de maladies contagieuses, ayant esté parmy ceux qui sont infectez de pareilles infirmitez.

On s’en peut servir utilement aux bœufs qui ont des tranchées, il les fait vuider & fianter abondamment, ils seront d’abord soulagez, & bien-tost gueris ; comme aussi quand ils ont avallé quelque araignée ou autre beste veneneuse.

On donne l’Orvietan dans du vin, & l’ayant donné il faut couvrir le Cheval & le promener, il suëra peut-estre, & guérira ensuitte. L’Orvietan est bon pour la pluspart des tranchées, dont nous parlerons, & l’on ne peut gueres manquer en le donnant.

La seule poudre de viperes auroit plus d’efficace que l’Orvietan, mais elle est chere, on n’en trouve qu’en certains temps, qu’on l’apporte d’Italie, & aux lieux où les viperes abondent, & il en faudroit demie once pour un Cheval.

Ceux qui ne veulent ou ne peuvent faire la dépense de faire dispenfer l’Orvietan, peuvent faire composer la theriaque diatessaron, j’en ay veu de tres-bons effets, & je m’en sers fort souvent, vous trouverez sa description au Chapitre Ⅼ.

Ceux qui sçavent préparer la veritable Essence de viperes se passeront de l’Orvietan, elle a toutes ses vertus, & si elle ne laisse aucune impression de chaleur, purifie le sang, resiste à la corruption, & consomme tout ce qu’il y a d’impur dans un estomac, qui est couper la racine des maladies ; son usage continué guerira le farcin : mais peu de gens la sçavent préparer, c’est à dire, que peu de gens veulent prendre le soin de la préparer : car ce n’est pas un si grand secret que ceux qui font mystere de tout nous veulent persuader, & pour faire connoistre la verité de ce que je dis, en voicy la description.