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Gervais Clouzier, 1680 (1 / 2, pp. 472-475).
◄  Des vers qui s’engendrent dans le corps des Chevaux ⅭⅬⅨ : Pilulles purgatives pour tuer les Vers. Pour effort de Reins ou chuttes  ►


IL est tres-bon aux Chevaux qui ont des vers de leur donner la purgation suivante, s’ils ne sont pas extenuez & maigres, comme il arrive souvent quand ils ont des vers : car il le faudra preparer, si cela est, en l’humectant avec du son moüillé au lieu d’avoyne : ou bien pour le preparer à le purger, faites dissoudre dans une pinte de vin, une once policreste, & demie once grains de genévre concassé :1e matin ayant fait tiedir le vin faites avaller au Cheval avec la corne, continuez quelques jours, pourveu qu’il ne dégoûte pas le Cheval : car s’il le dégoûtoit & luy faisoit perdre le manger, il faut cesser la prise du policreste pour quelques jours, ou mesme si cela faisoit herisser le poil, il faut absolument cesser ; car on est assuré que le Cheval n’est pas échauffé dans le corps, & qu’on luy peut donner la purgation, pourveu qu’il soit en bon appetit : que s’il ne se dégoûte pas, il preparera admirablement bien le Cheval à la purgation, peut-estre mesme le purgera-t-il, & tuera les vers : quoy qu’il en soit, apres cela on peut donner ces pilulles, avec assurance d’un fort bon succez.

Faites cuire une livre de miel dans un poilon, quand il commencera à s’épaissir, mélez parmy deux onces d’aloës en poudre selon la grandeur du Cheval, car si c’est un Cheval de carrosse, il en faut mettre deux & demie, & s’il est fort grand, trois onces, & une once & demie de semence contre les vers ; quand le tout sera bien cuit & incorporé, il faut se graisser les mains avec huile d’olive, ou d’amandes ameres si on en a, & en former des pilulles, & les faire avaller au Cheval, qui sera bridé six heures avant, & autant apres.

Le mesme jour que le Cheval aura pris ce remede, il faut luy donner un lavement avec deux pintes de lait, un quarteron de sucre, & six jaunes d’œufs, afin d’appeller les vers par cette douceur dans le fondement ; il faut notter que dans tous les lavemens qu’on donne aux Chevaux, pour attirer les vers dans le gros boyau, il ne faut jamais qu’il y entre ny huile ny graisse, car tous les deux les chassent.

Si vous trouvez trop d’embarras à faire ces pilulles, donnez au Cheval qui a des vers, une des purgations que j’ay cy-devant ordonné, & particulieremct celle où entre le mercure doux ou sublimé doux, & assurement vous reüssirez dans vostre entreprise ; & vous Page:Solleysel - Parfait mareschal - 5è éd., 1680 - tome 1.djvu/487 Page:Solleysel - Parfait mareschal - 5è éd., 1680 - tome 1.djvu/488 CHAP.
ⅽⅼⅸ.
De cette poudre, il en faut donner tous les matins depuis une jusqu’à deux onces dans une pince de bon vin : elle sera bonne aussi, donnée dans du son ou de l’avoine moüillée avec du vin rouge, mais il y a des Chevaux qui ont de la peine à la manger dans le son & dans l’avoine ; c’est pourquoy il est plus assuré de la donner dans le vin & continuer sept ou huit jours : comme pour achever de détruire les vers il est bon de purger le Cheval, je vous propose une purgation dont vous pouvez vous servir si le Cheval est gras ; mais s’il est maigre toute purgation luy portera prejudice. Prenez une once demie bonne theriaque, autant de bon aloës, & demie once de sublimé doux, le tout bien mélé & incorporé ensemble, sera donné au Cheval avec une pinte de vin rouge. Il n’y a point de vers qui puissent resister à ce remede, & de plus le Cheval sera tres-bien évacué, des humeurs impures qu’il pourroit avoir dans le corps. Si vous en voulez sçavoir davantage sur ce sujet, voyez le Livre intitulé, La Gloria del Cavallo del illustre Segnor Paschal Caracciollo, il traitte fort doctement toute la Medecine des Chevaux : Vegetius dans son traité, Artis Veterinariæ, sive Molomedicæ, au premier Livre Chapitre ⅩⅬⅣ. parle tres-bien de la guerison des Chevaux, & plusieurs autres pareillement. Je ne vous ay rien donné dans ce Chapitre que ce que l’experience m’a fait connoistre ; & sans me faire de feste, je croy que vous ne trouverez rien de plus methodique ny de plus asseuré ailleurs : mais comme je n’en suis pas un bon Juge estant suspect dans ma propre cause, j’ay voulu citer les Livres qui ont le mieux traitté de cette matiere, afin que le Lecteur curieux puisse en juger apres la lecture d’iceux : que s’il ne trouve pas icy un si beau stile ny si fleury qu’il le desireroit, je le prie de croire que je me suis attaché aux choses & non pas au paroles, fondé sur ces deux mots, magna pars ignorantium, ut ligno naufragus, verbis hæret.

Le seigle bouilly & donné au Cheval tous les jours environ un piccotin, luy tuera les vers, & n’en souffrira aucun si on continue son usage.