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Gervais Clouzier, 1680 (1 / 2, pp. 443-446).


LEs Mareschaux & tout le monde apres eux, disent que cette maladie est causée par un travail violent qui a si fort échauffé le Cheval, que se trouvant trop gras, la graisse se fond dans le corps & l’étouffe, mais quoy qu’ils disent que la graisse se fonde dans le corps d’un Cheval, il n’en est rien, ce sont des humeurs visqueuses comme des glaires, qui estant agitées & fermentées par une bille acre & subtile, boüillent, s’élevent & se rarefient, en sorte qu’au moyen de cette agitation, elles ne peuvent contenir dans le lieu qui leur est destiné par la nature, se répandent par tout, & font ( comme le levain dans le pain ) fermenter le reste des humeurs, qui estant agitées & mises en mouvement, troublent l’économie naturelle, envoyent des vapeurs qui offusquent le cerveau, agitent les esprits, qui excitent la fiévre, & finalement se débondent jusques dans le gros boyau où la nature les pousse pour s’en décharger d’une partie ; là elles se trouvent mélées avec la fiante, & nous font connoistre que le Cheval a la maladie qu’on appelle Gras-fondure ; les causes ordinaires de cette maladie sont la plenitude, les Chevaux fort gras y sont plus sujets que les autres, parce qu’ils ont plus d’humeurs, le travail violent & inconsideré agitte la bile, qui fait les desordres que j’ay expliqué, rencontrant un corps plein d’humeurs, comme sont les Chevaux tres-gras qui ne font aucun exercice, ou tres peu.

Cette maladie est tres-difficile à connoistre, & plus difficile à guerir, si on n’y donne remede tout à l’heure ; j’ay veu un Cheval qui a travaillé deux jours estant gras-fondu, & sans donner aucun signe de son mal il mourut. Il est vray que si apres estre gras-fondu il demeure en repos, il donnera plûtost des marques de sa maladie.

Ordinairement il perd le manger, il se couche & se leve, & Page:Solleysel - Parfait mareschal - 5è éd., 1680 - tome 1.djvu/458 Page:Solleysel - Parfait mareschal - 5è éd., 1680 - tome 1.djvu/459 Chap.
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en ce mal il faut donner des lavemens de 2. en 2. heures pour faire sortir l’humeur, & obliger le Cheval à la vuider ; & mesme lors que le mal presse, on doit encore donner trois prises de pilulles deux ou trois heures apres la derniere prise, & par là on échappera peut-estre le Cheval : ne craignez pas la chaleur que les pilulles peuvent causer, car l’antimoine qui entre en leur composition tempere cette chaleur, & fait produire les bons effets que vous verrez par l’usage, puis qu’estant plein de sel fixe, il arreste & fixe ce bouillonnement & fermentation qui fait tout le mal.

J’ay veu des Chevaux devenir gras, fondus dans l’écurie, d’autres par un si mediocre travail qu’on ne le pourroit croire, à moins de l’avoir veu. J’en ay veu quelques-uns qui ayant des tranchées se font si fort débattus & tourmentez qu’ils se sont gras-fondus ; tous ces maux-là, de quelque cause qu’ils viennent, se traittent de mesme : mais les plus dangereuses, & les plus mal-aisées à guerir, sont les gras-fondures qui viennent d’un travail excessif, qui a causé une extreme chaleur dans le corps du Cheval, qui si est alteré qu’il est bien mal-aisé de le rétablir.

On guerit presque tous les Chevaux gras-fondus, quand on s’apperçoit de leur mal dans le commencement, & qu’on les traite comme nous venons d’enseigner ; mais pour l’ordinaire, comme on ne s’apperçoit pas si-tost du mal, il fait un si grand progrez en peu de temps, qu’on a peine à y donner remede.