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Gervais Clouzier, 1680 (1 / 2, pp. 389-392).
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L’Avant-Cœur ou anti-Cœur est une tumeur contre nature, causée d’une humeur sanguine & bilieuse, qui se forme en la poitrine vis-à-vis du Cœur.

Cette tumeur se forme aussi parfois en la membrane qui enveloppe le Cœur, qui est spongieuse, & à laquelle par consequent les humeurs s’attachent facilement, quand elles sont trop abondantes.

On connoist ce mal par la tumeur qui paroist au dehors, on le connoist aussi par la tristesse du Cheval qui tient la teste basse, avec battement de cœur, & fort souvent grande fiévre. Le Cheval attaqué de ce mal par fois se laisse cheoir à terre, ayant des deffaillances de cœur.

Cette infirmité est tres-dangereuse, elle fait perdre le manger, & lors que le mal rentre dans le corps peu en rechappent, mesme lors que les humeurs sont en grande abondance ou malignes, quoy que le mal ne rentre pas dans le corps, les Chevaux en meurent.

Les remedes ordinaires qui font suppurer & venir en maturité, servent de peu icy, car le venin contenu en cette humeur infecteroit le cœur par ses vapeurs malignes avant que les remedes eussent agy.

Il faut commencer par un lavement, fait avec deux pintes d’eau, dans laquelle vous mettrez deux poignées d’orge en hyver, & deux onces sel policreste en poudre fine : faites boüillir un quart d’heure, puis coulez, & adjoûtez une chopine d’urine de vache, ou au deffaut de petit garçon sain & robuste, avec un quarteron de beurre frais & autant d’huile de rhuë décrite cy-apres, & en donnez une couple tous les jours & plus souvent : puis il faut bien razer le poil sur le plus bas de la tumeur, frotter l’endroit razé avec un des retoires décrits cy-devant, deux ou trois tout de suitte, pour faire penetrer le retoire, il en sortira des eaux rousses & cela soulagera le Cheval, ou bien le retoire fera venir l’avant-cœur à suppuration, & la matiere sortira d’elle-mesme, ou dénottera l’endroit où il le faut percer ; lorsque l’Avant-cœur vient à suppuration & que la matiere y est formée, c’est presque toujours un tres-bon signe pour la guerison du mal.

Si vous voulez suivre la methode des Mareschaux qui n’est pas Page:Solleysel - Parfait mareschal - 5è éd., 1680 - tome 1.djvu/404 Page:Solleysel - Parfait mareschal - 5è éd., 1680 - tome 1.djvu/405 Chap.
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mange pas, il faudra luy donner un Armand, ou un bon orge mondé, ou le traitter comme il est décrit aux Chapitres Ⅵ. & suivans.

Comme l’huile de rhuë est bonne, & a peu de frais j’ay jugé à propos de vous en donner la description.

Huile de l’herbe nommée Rhuë.

Mettez une livre d’huile d’olive dans un poilon, ajoûtez-y deux poignées de Rhuë coupez menu, faites-les cuire lentement, coulez & exprimez l’huile, jettez le marc, adjoûtez-y encor deux autres poignées de la mesme herbe encor coupée, faites cuire comme dessus, & exprimez, reïterez encor une troisiéme fois, passez, jettez le marc, & conservez cette huile qui a la vertu d’inciser, & digerer les humeurs crasses & visqueuses : Elle est bonne pour la colique, & pour les douleurs des reins, de la vessie, & du ventre, mise dans les lavemens ; appliquée exterieurement elle sert à beaucoup de maladies froides, & est capable de resoudre les grosseurs dures & froides, qui ont peine à ceder aux remedes communs : comme elle est chaude, il n’en faut user qu’avec connoissance de cause, & dans les maladies où il n’y a pas à craindre d’inflammation.