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Le glacier (Mendès)

PhilomélaJ. Hetzel, libraire-éditeur (p. 179-180).
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LE GLACIER


Les lacs où, le matin, passent des brouillards bleus,
Se couvrent en hiver d’étincelantes glaces ;
Les hardis patineurs, aux jambes jamais lasses,
S’élancent en troupeau vers les monts nébuleux.


Mais les lacs n’aiment point que leurs belles surfaces
S’écaillent sous les pas de ces rustres frileux ;
Souvent le clair miroir se dérobe sous eux,
Puis les glaçons disjoints reviennent à leurs places.

Tel est mon cœur, glacier sur des volcans éteints !
Le doute, les remords, les espoirs incertains,
Le déchirent sans cesse avec de durs patins.

Parfois il bâille, alors tout s’abîme en un gouffre
Qu’emplit l’exhalaison d’une mare de soufre ;
Et toi seul, cœur profond, tu sais ce que je souffre !