Le château de Beaumanoir/03

Mercier & Cie (p. 16-18).

III

QUE L’ON PEUT NE PAS LIRE


Nous avons sous les yeux la minute d’un acte d’inventaire, passé par Mtre. Antoine Crespin, qui se termine par l’attestation suivante d’une écriture un peu plus possible que celle du susdit notaire, lequel, en outre, ne nous semble pas avoir brillé par une connaissance bien approfondie de la langue française :

« Clos et arresté le présent inventaire par nous juge Prévost de la jurisdiction de Beaupré suivant l’acte de ce jour neuf octobre 1751. »

(Signé) Boucault de Godefroy.

Il a donc certainement existé une cour prévôtale dans la Côte de Beaupré qui tenait ses séances à Château-Richer.

Lors de la construction de la belle église de cette paroisse, il y a quelques années, un peu à l’ouest du cimetière actuel, les ouvriers, en pratiquant les fondations, mirent à nu un mur que l’on supposa d’abord avoir appartenu à une chapelle des morts. Le curé, feu le Révd. M. Ed. Richard, voulut en avoir le cœur net et fit continuer les fouilles. On découvrit alors toute la coupe transversale d’une bâtisse formant un parallélogramme de cinquante pieds de l’est à l’ouest sur vingt-cinq pieds du nord au sud.

Au milieu, sur la largeur, on trouva un mur de séparation et le sommet d’une double voûte donnant dans chaque partie de la bâtisse. Cette voûte renfermait une plaque de poêle — trouvaille prosaïque — de l’argent fondu et un sou anglais portant le millésime de 1745. Dans un des coins de l’appartement de l’est, existaient encore les vestiges d’un four, ce qui indique que si les séances de la cour se tenaient probablement là, dans cette salle, le gardien devait y avoir aussi son logement ; La partie ouest de cette même bâtisse était divisée, sur le sens de la longueur, en quatre cellules, comme le prouvent l’existence de trois petits murs peu épais, avec un espace formant corridor près du gros mur de séparation.

Apparemment donc que s’il y avait cour prévôtable à Château-Richer, il y avait aussi prison, par ces cellules évidemment avaient leur raison d’être et cette supposition seule peut la justifier.

Rendons-nous à quelques pas plus loin, au pied du côteau, et nous trouverons les fondations de la résidence d’été du juge prévôt, espèce de chalet, qu’habitait au mois de mai 1759, le sieur Boucault de Godefroy et sa fille.

Veuf depuis plusieurs années, M. de Godefroy avait reporté toute sa tendresse sur son unique enfant, Claire, qui atteignait alors sa vingtième année.

Rien de charmant comme cette jeune fille ! Que d’innocence sur ce front ! Que d’éclat et de naïf étonnement dans ces deux yeux noirs, dans ce regard velouté ! Que de fraîcheur sur ces joues ! Que de grâce dans cette bouche qui semble faite pour sourire ! Qu’elles sont belles, ces jolies petites dents ! Qu’ils sont magnifiques et soyeux, ces beaux cheveux châtains ! Que de trésor dans ce buste ! Que cette main, coquettement soignée, est effilée et gentille ! Que cette taille élancée est bien faite…

Le tout est à ravir…

Claire n’avait pas connu les soins d’une mère. Elevée d’abord par sa vieille nourrice, elle fut confiée plus tard aux religieuses Ursulines de Québec qui en avait fait avant tout une fille vertueuse. M. de Godefroy l’avait rappelée auprès de lui depuis deux années seulement, afin de faire les honneurs de sa maison à la ville, au moment où nous la présentons.