Le Talisman du pharaon/17

Librairie Beauchemin, Limitée (p. 88-93).


XVII

LE SECRET D’UNE NUIT D’ÉGYPTE


Quelques jours après, la troupe de l’égyptologue se mit en route et gagna la vallée du Nil.

Le camp fut établi dans un endroit charmant de cette belle campagne égyptienne, une des plus riches de la terre, fécondée annuellement par le débordement du fleuve.

On y trouvait réunis presque tous les échantillons de la flore régionale et à petite distance, une palmeraie superbe barrait l’horizon.

M. de Kervaleck décida de commencer tout de suite les recherches. Il se mit à la tête de ses ouvriers et dirigea lui-même les fouilles, avec une telle ardeur qu’il ne ressentait jamais de fatigue, vif et alerte comme à vingt ans.

Yvaine et Sélim, il faut l’avouer, consacraient bien plus de temps à leurs promenades et à leurs longues causeries qu’aux recherches, et le temps passait si vite qu’il leur semblait trop court.

Ils ne s’étaient jamais fait d’aveu, mais ils devinaient qu’ils s’aimaient. Sélim l’avait compris en voyant parfois, quand son regard caressant se posait sur elle, une lueur rosée monter au visage d’Yvaine, et la jeune fille avait lu l’amour dans les yeux splendides de Sélim, ses yeux troublants, tour à tour veloutés, rêveurs ou flamboyants, attirants et mystérieux comme une belle légende orientale.

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La lune, dans son plein inondait de sa douce lumière la fertile vallée et faisait scintiller le large ruban moiré du Nil.

Les palmiers, doucement caressés par la brise, agitaient lentement, avec un bruit très doux, leurs longues pennes vert sombre. Dans la nuit montaient, comme d’une immense cassolette, tous les violents parfums de la luxuriante végétation.

Le bruit léger des pas de Sélim et d’Yvaine se mariait aux mille bruits de la palmeraie, au froissement des feuilles, aux bruissements d’ailes des insectes.

Le jeune fille jouissait de la belle nuit ; elle leva les yeux vers le ciel piqué de milliers d’étoiles, et son regard rencontra celui de Sélim, ardemment baissé sur elle.

Depuis un moment, ils marchaient sans parler, se sentant tous deux émus, comme s’il y avait eu quelque chose entre eux… Mais les yeux d’Yvaine rencontrèrent ceux de Sélim et leurs âmes furent sous le charme.

Un rayon de lune argentait les cheveux légers de la jeune fille et faisait briller comme deux diamants ses douces prunelles bleues.

Enivré par cette beauté si vraie, Sélim prit la petite main qui ne se dégagea pas et murmura doucement, si doucement qu’il lui sembla que la brise seule avait dû entendre ses paroles et les emporter au loin.

— Oh ! Yvaine… Yvaine chérie…

Le cœur de la jeune fille battit bien fort et une larme de joie perla au bord de ses longs cils…

Mettant dans son accent toute sa passion d’Oriental et toute l’ardeur de sa jeunesse, Sélim laissa échapper le secret de son cœur :

— Yvaine ! si vous saviez comme je vous aime !… Depuis si longtemps je ne vis que pour vous, je ne pense qu’à vous… Vous revoir, gagner votre amour a été mon espoir… Accepterez-vous l’amour sincère que je vous offre et me confierez-vous votre vie ?

Ses yeux charmeurs, rayonnants de passion fixés sur l’adorée, Sélim attendait un mot qu’Yvaine, trop émue ne pouvait prononcer.

Les longs cils baissés se soulevèrent enfin et il lut la réponse dans les yeux brillants de bonheur qui rencontrèrent les siens.

Il porta à ses lèvres la petite main tremblante, passa son bras autour de la taille souple d’Yvaine et l’attira tout contre lui.

Pour la première fois, leurs lèvres se joignirent dans un long baiser dont la lune, qui brillait là-haut, fut le seul témoin…

Trop heureux pour pouvoir parler ils restaient là, dans ce silence, l’âme inondée de joie, le cœur tout plein de leur amour.

Sélim enfin murmura ardemment à l’oreille de l’aimée, blottie sur son cœur :

— Yvaine chérie, je mériterai votre confiance, je saurai vous semer de roses la route de la vie, ma belle fleur de Bretagne…

— Sélim, répondit-elle, la vie sera trop courte pour vous aimer.

L’heure passait, et tout à leur bonheur, ils ne s’en apercevaient pas. Les minutes, les heures sont si brèves, quand on s’aime et qu’on se le dit !… Un vent plus frais caressa soudain Yvaine qui frissonna… Le charme fut rompu…

Ils rentrèrent lentement, le cœur plein d’une douce joie. Yvaine voulait, tout de suite, confier son bonheur à son père, mais Sélim la pria de garder encore ce délicieux secret… Elle sourit, et comprenant la pensée du jeune Égyptien, elle consentit.

Dans sa tente, l’égyptologue travaillait encore, penché sur des plans et une carte de la région.

— Bonsoir, père chéri, s’écria Yvaine, embrassez-moi, je suis heureuse, la vie est belle, je l’aime…

Pierre de Kervaleck comprit-il que l’amour venait de fleurir dans le cœur de sa fille, qui lui offrait son front pour le baiser du soir ?…

Il sourit et dit doucement :

— Bonsoir, mignonne, dors bien !

Quand elle fut couchée, dans l’ombre, seule avec son amour, Yvaine repassa en son esprit tous les évènements de la soirée… Il lui semblait entendre encore à son oreille les paroles ardentes, elle croyait revoir les beaux yeux sombres et sentir sur ses lèvres la douceur du baiser de Sélim…

Toute la nuit elle fit de beaux rêves et son esprit charmé s’envola bien haut, sur l’aile d’or de la chimère…