Le Sommaire philosophique

Le Sommaire philosophique
De la transformation metalliqueGuillaume Guillard et Amaury Warancore (p. 97-120).

PETIT TRAICTE

D’ALCHIMYE, INTITVLE


LE SOMMAIRE PHILOSOPHIQUE

de Nicolas Flamel.



QVi veult avoir la cognoiſſance
Des metaulx & vraye ſcience
Comment il les fault tranſmuer
Et de l vn à lautre muer,
5Premier il convient qu’il cognoiſſe
Le chemin & entiere addreſſe
De quoy ſe doivent en leur miniere
Terrestre former, & maniere.
Ainſi ne fault il point qu’on erre
10Regarder es veines de terre
Toutes les tranſmutations
D’on ſont forméz en nations.
Par quoy tranſmuer ilz ſe peuuent
Dehors les minieres, ou ſe treuuent
15Eſtans premier en leurs eſpritz :
Aſſavoir, pour n’eſtre repris,
En leur ſoulphre & leur vif argent,
Que nature ha faict par art gent.
car tous metaulx de ſoulphre sont
20Forméz & vif argent qu’ilz ont.
Ce sont deux ſpermes des metaulx
Quelz qu’ilz ſoyent, tant froids que chauldz.

L’vn eſt maſle, lautre femelle :
Et leur complexion eſt telle.
25Mais les deux ſpermes deſſuſdictz,
Sont compoſéz, ceſt sans redictz,
Des quatre elemens, ſeurement
Cela i’afferme vraiement.
Ceſt aſcavoir le premier ſperme
30Maſculin, pour ſcavoir le terme,
Qu’en philosophie, on appelle
Soulphre, par vne facon telle,
N’eſt autre choſe que element
De lair & du feu ſeulement.
35Et est le ſoulphre fix, semblable
Au feu, ſans eſtre variable,
Et de nature metalique :
Non pas ſoulphre vulgal inique :
Car le ſoulphre vulgal, n’a nulle
40Subſtance (qui bien le calcule)
Metalique, à dire le vray.
Et ainsi ie le prouveray.
L’autre ſperme, qu’eſt feminin,
C’eſt celuy, pour ſcavoir la fin,
45Qu’on ha couſtume de nomer
Argent vif, & pour vous ſommer,
Ce n’eſt ſeulement que eaue & terre,
Qui ſ’en veult plus à plain enquerre.
Dont pluſieurs hommes de ſcience
50Ces deux ſpermes la ſans doubtance,
Ont figuréz par deux dragons,
Ou ſerpens pires, ſe dict on.

L’vn ayant des ailes terribles,
L’autre ſans aile, fort horrible.
55Le dragon figuré ſans aile,
Eſt le soulphre, la choſe est telle,
Lequel ne ſen vole iamais
Du feu, voyla le premier metz.
Lautre ſerpent qui ailes porte,
60C’eſt argent vif, que vent emporte,
Qui est ſemence feminime
Faicte deaue & terre pour mine.
Pour tant au feu point ne demeure,
Ains ſen vole quand veoit ſon heure.
65Mais quand ces deux ſpermes diſjointz
Sont aſſembléz & bien conjointctz,
Par vne triumphante nature,
Dedans le ventre du mercure,
Qu’est le premier metal formé,
70Et eſt celuy qui eſt nomé
Mere de tous autres metaulx,
Philoſophes de montz & vaulx
Lont appelle dragon volant :
Pource que vn dragon, en allant,
75Qu’est enflambé avec ſon feu,
Va par lair iectant peu à peu
Feu & fumée venimeuſe
Qu’eſt une chose fort hydeuſe
A regarder telle laydure :
80Ainſi pour vray faict le mercure,
Quand il est ſur le feu commun,
C’eſt à dire, en des lieux aulcun,

En un vaiſſeau mis & posé
Et le feu commun diſposé,
85Pour luy allumer promptement
Son feu de nature aſprement,
Qu’au profond de luy eſt caché,
Alors ſi vous voulez tacher
Veoyr quelque choſe veritable
90Par feu commun dit vegetable,
L’un enflambera par ardure
Du mercure feu de nature.
Alors, ſi eſtes vigilant,
Verrez par l’air iectant, courant,
95Une fumée venimeuſe,
Mal odorante, & maligneuſe,
Trop pire, enflambe & en poyſon
Que n’est la teſte d’un dragon
Sortant à coup de Babylonne
100Qui deux ou troys lieues environne.
     Autres philoſophes ſcavans,
Ont voulu chercher tant avant,
Qu’ilz l’ont figuré en la forme
D’vn lyon volant, ſans difforme.
105Et l’ont auſſi nommé lyon :
Pource qu’en toute region
Le lyon devore les bestes
Tant ſoient gentes & propretes
En les mangeant à ſon plaiſir,
110Quant d’elles il ſe peut ſaiſir,
Sinon celles qui ont puiſſance
Contre luy ſe mettre en deffence,

Et resister par grande force
A sa fureur, quand il les force:
115Ainsi que le mercure faict.
Et pour mieux entendre l’effect,
Quelque metal que vous mettéz
Avecques luy, ces motz notéz,
Soudain il le difformera,
120Devorera, & mangera.
Le lyon faict en telle sorte.
Mais sur ce point, je vous enhorte
Qu’il y à deux metaulx de priz
Qui sur luy emporte le priz
125En toutale perfection,
L’un on nonme or sans fiction:
L’aultre argent ce ne nye aulcun,
Tant est il notoire à chascun,
Que si mercure est en fureur,
130Et son feu allumé d ardeur,
Il devorera par ses faitz
Ces deux nobles metaulx perfaictz,
Et les mettra dedans son ventre.
Ce nonobstant, lequel qu’y entre,
135Il ne le consumera point.
Car, pour bien entendre ce poinct,
Ilz font plus que luy endurciz
Et perfaictz en nature aussi.
Mercure est metal imperfaict:
140Non pourtant qu’en luy ayt defaict
Substance de perfection.
Pour vraye declaration

L’or commun si vient du mercure,
Qu’est metal perfaict, je lasseure.
145De l'argent je dy tout ainsy
Sans alleguer ne cas ne sy.
Et aussi les aultres metaulx
Imperfectz, croissanz, bas & haultz,
Sont trestous engendrez de luy.
150Et pource il ny à celuy
Des philosophes, qui ne dise
Que c’est la mere sans fainctise
De tous metaulx certainement.
Parquoy convient asseurément
155Que des que mercure est formé,
Qu’en luy soit sans plus informé
Double substance metallique,
Cela clairement je replicque.
C’est tout premierement, pour l’une,
160La substance de basse lune,
Et apres celle du soleil,
Qui est un metal non pareil.
Car le mercure sans doubtance
Est formé de ces deux substances,
165Estantz au ventre en esperit
Du mercure que j’ai descript.
Mais tantost apres que nature
Haforme iceluy mercure,
De ces deux espritz desusdictz,
170Mercure, sans nulz contreditz,
Ne demande qu’a les former
Tous perfaitz, sans rien difformer,

Et corporelement les faire,
Sans soi d’iceulx vouloir deffaire.
175Puys quand ces deux espritz s’esveillent,
Et les deux spermes se reveillent,
Qui veulent prendre propre corps:
Alors il fault estre records,
Qu'il convient que leur mere meure,
180Nomé mercure, sans demeure:
Puis le tout bien, verifié,
Quand mercure est mortifié
Par nature, ne peult jamais
Se vivifier, je prometz,
185Comme il estoit premierement,
Ainsi que dient certainement
Aulcuns triomphans alchymistes,
Affermantz, en paroles mistes,
De mettre les corps imperfaitz,
190Et aussi ceux qui son perfaitz,
Soubdain en mercure ceurant.
Je ne dys pas que aulcun d’eulx ment:
Mais seulement, sauf leurs honneurs,
Pour certain ce sont vrays jengleurs.
195Il est bien vray que le mercure
Mangera par sa grande cure
L’imperfaict metal, comme plomb,
Ou estaing: cela bien scait on:
Et pourra sans difficulté
200Multiplier en quantité:
Mais pour tant sa perfection
Amoindrira sans fiction,
Et mercure ne sera plus

Perfaict: notéz bien le surplus:
205Mais si mortifié estoit
Par art, autre chose seroit,
Comme au cynabre, ou sublimé,
Je ne me veulx pas animé
Que revivifier ne se peusse.
210Telle verité ne se musse:
Car en le congelant par art,
Les deux spermes, soit tost ou tard,
Du mercure, point ne prendront
Corps fix, ny aussi retiendront
215Comme es veines ilz font de la terre.
Ains pour garder que nully n’erre
Si peu congelé ne peult estre
Par nature, à dextre ou senestre,
Dedans quelque terrestre veine,
220Que le grain fix soubdain ny vienne,
Qui produira des deux espermes
Du mercure, entier & vray germe:
Comme es mynes de plomb voyez
Si vous y estes convoyéz.
225Car de plomb il n’est nulle myne
En lieu ou elle se confine,
Que le vray grain du fix ny soit,
Ainsi que chascun l’appercoit,
Cest ascavoir le grain de lor
230Et de largent, qu’est un thesor
En substance & nourriture:
A chascun telle chose est seure.
La prime congelation

Du mercure, est mine de plomb
235Et aussi la plus convenable
A luy la chose est veritable:
Pour en perfection le mettre,
Cela ne se doibt point obmettre,
Et pour tost le faire venir
240Au grain fix, et toujours tenir.
Car, comme paravant est dict,
Mine de plomb sans contredict
N’est point sans grain fix pour tout vray
D’or et d’argent: cela je scay:
245Lesquelz grains nature y a mis
Ainsi comme Dieu l’a permis:
Et est celuy la seurement
Qui multiplier vrayement
Se peult, sans contradiction,
250Pour venir en perfection,
Et en toute entiere puissance,
Comme scay par l’expérience,
Et cela pour tout vray j’asseure.
Luy estant dedens son mercure,
255C’est à dire non separé
De la mine, mais bien paré.
Car tout metal en mine estant
Est mercure, j’en dis autant,
Et multiplier se pourra
260Tant que la substance il aura
De son mercure en verité.
Mais si le grain fix est osté
Et separé de son mercure

Qui est sa mine, bien l’asseure,
265Il sera ainsi que la pomme
Cueillie verde, et voila comme
Dessus l’arbre en verité,
Avant quelle ayt maturité,
Quand vous voyez passez la fleur,
270Le fruict se forme, soyéz sur,
Lequel apres pomme est nommée
De toute gens, et renommée.
Mais qui la pomme arracheroit
Dessus l’arbre, tout gasteroit
275A sa prime formation:
Car homme n'a eu notion
Par art ny aussi par science
Qu’il sceusse donner la substance,
Ne jamais la peusse perfaire
280De meurir, comme pouvoit faire
Basse nature bonnement,
Quand elle estoit premierement
Dessus l’arbre, ou sa nourriture
En substance avoit par nature.
285Pendant doncques que lon atttend
La saison de la pomme estant
Sur son arbre ou elle s’augmente
Et nourrist venant grosse et gente,
Elle prend aggreable saveur,
290Tirant tousjours à soy liqueur,
Jusques à ce quelle soit faicte
De verde bien meure et perfaicte.
Semblablement metal perfaict,

Qu'est or, vient à un mesme effect,
295Car quand nature a procrée
Ce beau grain perfaict et crée
Au mercure, soyéz certain
Que tousjours tant soir que matin
Sans faillir il se nourrira,
300Augmentera, et perfera
En son mercure luy estant:
Et fault attendre jusques à tant
Qu’il y aura quelque substance
De son mercure sans doubstance:
305Comme faict sur l’arbre la pomme.
Car je faiz scavoir à tout homme,
Que le mercure en verité
Est l’arbre, notéz ce dicté,
De tous metaulx, soyent perfaictz,
310Ou aultres qu'on dict imperfaictz:
Pourtant ne peuvent nourriture
Avoir, que leur seul mercure.
Par quoy je dy, pour deviser
Sur ce pas, et vous adviser,
315Que si vouléz cueillir le fruict
Du mercure, qu'est sol qui luist,
Et l’une aussi pareillement,
Si qu’ilz soyent separément
Loingtains en aucune maniere,
320L’un de l’aultre sans tarder guiere,
Ne pencéz pas les reconioindre
Ensemble, n’aussi les y joindre

Ainsi comme avoit faict nature
Au premier: de ce vous asseure:
325Pour iceulx bien multiplier
Augmenter sans point varier.
Car quand metaulx sont separéz
De la mine, à part trouveréz
Chascun comme pommes petites,
330Cueillies trop verdes et subites
De l’arbre, lesqueles jamais
N’auront grosseur je vous promectz.
Le monde à assez cognoissance
Par nature et expérience
335Du fruict des arbres vegetaulx,
Et ne font point ces motz nouveaulx,
Que des que la pomme, ou la poire
Est arrachée, il est notoire,
De dessus l’arbre ce seroit
340Folie qui la remettroit
Sur la branche pour r’engrossi
Et perfaire: folz font ainsi,
Et gens aveuglés sans raison,
Comme on veoit en maint maison.
345Car lon scait bien certainement
Et à parler communément,
Que tant plus elle est maniée
Tant plus tost elle est consommée.
Cest ainsi des metaulx vrayement:
350Car qui vouldroit prendre l’argent
Commun et l’or, puis en mercure
Les remettre, feroit stulture.

Car quelque grand subtilité
Qu’on aye, aussi habilité
355Ou regime qu’on penseroit,
Abusé on si trouveroit:
Tant soit par eau ou par ciment
Ou aultre sorte infiniment
Que lon ne scauroit racompter
360Tousjours se seroit mescompter
Et de jour en jour à refaire
Comme auscuns folz sur cest affaire
Qui veullent la pomme cueillie
Sur la branche estre rebaillée
365Et retourner pour la perfaire:
Dont s’abusent à cela faire.
    Nonobstant que aucuns gens se avans
Philosophes et bien parlans
Ont tres bien parlé par leurs dictz,
370Disantz sans aucuns contredictz
Que le soleil, avec la Lune,
Et mercure, qu’est oportune,
Conjoinctz, tout metaulx imperfaictz
Rendront en œuvre bien perfaictz:
375Ou la plus grand part des gens erre
N’ayant aultre chose sur terre
Soyent vegetaulx, animaulx,
Ou pareillement mineraulx,
Que ces trois estans en un corps.
380Mais les lisantz ne font records
Que iceulx philosophes entenduz
N’ont pas telz motz dictz ny renduz

Pour donner entendre à chascun
Que ce soit or n’argent commun,
385Ny le vulgal mercure aussi:
Ilz ne l’entendent pas ainsi.
Car ilz scavent que telz metaulx
Sont tous mortz, pour vray, sans defaulx,
Et que jamais plus ne prendront
390Substance: ainsi demoureront
Et l’un à l’autre n’aydera
Pour le perfaire, ains demeurera.
Car il est vray certainement
Que ce sont les fruictz vrayement
395Cueilliz des arbres avant saison
Les laissant la pour tel raison:
Car dessus iceulx en cherchant
Ne trouvent ce qu’ilz vont querant.
Ilz scavent assez bien, que iceulx
400N’ont aultre chose que pour eulx:
Parquoy sen vont chercher le fruict
Sur l’arbre qui à eulx bien duict,
Lequel s’engrosse et multiplie
Dejour en jour, tant qu’arbre en plie.
405Joye ont de veoir tele besongne.
Par ce moyen l’arbre on empoigne,
Sans cueillir le fruict nullement,
Pour le replanter noblement
En autre terre, plus fertile,
410Plus triumphante, et plus gentille,
Et que donner a nourriture
En un seul jour par adventure

Au fruict, qu’en cent ans il n’auroit
Si au premier terrover estoit.
415Par ce moyen donc fault entendre,
Que le mercure il convient prendre,
Qui est l’arbre tant estimé,
Veneré, clamé, et aimé,
Ayant avec luy le soleil
420Et la lune d’un appareil,
Lesquelz separéz point ne font
L’un de l’autre, mais ensemble ont
La vraye association:
Apres sans prolongation
425Le replanter an autre terre
Plus pres du Soleil, pour acquerre
D’iceluy merveilleux prouffit,
Ou la rosée luy suffist.
Car la ou planté il estoit,
430Le vent incessamment battoit
Et la froidure, en telle sorte
Que peu de fruict fault qu’il rapporte:
Et la demeure longuement,
Pourtant petitz fruictz seuleument.
435     Les philosophes ont un jardin
Ou le Soleil soir et matin
Et jour et nuict est à toute heure
Et incessament y demeure
Avec une doulce rosée,
440Par laquelle est bien arrosée
La terre pourtant arbres et fruictz
Qui la font plantéz et conduictz

Et prennent deue nourriture
Par une plaisante pasture.
445Ainsi de jour en jour s’amendent
Recepvuantz fort doulce prebende,
Et la demeurent plus puissantz
Et fortz, sans estre languissantz
En moins d’un an, ou environ,
450Qu’en dix mil, cela nous diron,
N’eussent faict la ou ilz estoyent
Plantez ou les froictz les battoyent.
Et pour mieux la matiere entendre,
C’est à dire qu’il les fault prendre,
455Et puis les mettre dens un four
Sur le feu ou soyent nuict et jour.
Mais le feu de bois ne doibt estre
Ny de charbon: mais pour cognoistre
Quel feu te sera bien duisant,
460Fault que soit feu clair et luisant,
Ny plus ny moins que le Soleil.
De tel feu feras appareil:
Lequel ne doibt estre plus chauld
Ny plus ardent, sans nul default,
465Mais tousjours une chaleur mesme
Fault que soit, notez bien ce théme:
Car la vapeur est la rosée,
Qui gardera d’estre alterée
La semence de tous metaulx.
470Tu vois que les fruictz vegetaulx
S’ilz ont chaleur trop fort ardente
Sans rosée en petite attente

Sec & transy demourera
Le fructit sur la branche, et mourra,
475Ou en nulle perfection
Ne viendra, pour conclusion.
Mais sil est nourry en chaleur
Avec une humide moisteur,
Il sera beau et triumphant
480Sur larbre ou ou prent nourrissement.
Car chaleur et humidité
Est nourriture en verité
De toutes choses de ce monde
Ayant vie, sur ce me fonde,
485Comme animaulx et vegetaux
Et pareillement mineraux.
Chaleur de boys et de charbon,
Cela ne leur est pas trop bon.
Ce sont chaleurs fort violentes
490Et ne sont pas si nourrissantes
Que celle qui du Soleil vient:
Laquelle chaleur entretient
Chascune chose corporelle,
Pour autant quelle est naturelle.
495Parquoy philosophes scavans
Et de nature cognoissans,
Nont autre feu voulu eslire
Pour eulx, à la verité dire,
Que de nature aulcunement
500Laquelle ilz suivent mesmement.
Non pas que philosophe face
Ce que nature fait et trace

Car nature ha toupte chose
Crée, comme ici je lexpose,
505Tant vegetaulx que mineraulx,
Semblablement les animaulx,
Chascun selon son vray degré
Generante ou elle à priz gré
Comme s’estend sa dominance.
510Non pas que je donne sentence
Que les homes par leurs artz font
Choses natureles et perfont.
Mais il est bien vray quand nature
A formé par sa grande facture
515Les choses devant dictes, l’home
Luy peut ayder, et entendz comme,
Apres par art, à les perfaire
Plus que nature ne peut faire.
Par ce moyen les philosophes
520Scavans et gens de grosse estoffe,
Pour du vray tous vous informer,
Autrement n’ont voulu œuvrer,
Qu’en nature avec la lune
Au mercure mere opportune,
525Duquel apres en general
Font mercure philosophal,
Lequel est plus puyssant et fort,
Quand vient à faire son effort.
Que n’est pas celluy de nature.
530Cela scavent les creatures
Car le mercure devant dit
De nature sans nul desdit,

N’est bon que pour simples metaulx
Perfaictz imperfaictz froids ou chaulds.
535Mais le mercure du scavant
Philosophe, est si triumphant,
Que pour metaulx plus que perfaictz
Est bon, et pour les imperfaictz
A la fin pour les tous perfaire
540Et soubdainement les refaire,
Sans y rien diminuer
Adjouster mettre ny muer.
Comme nature les à mis
Les laisse sans rien estre obmitz.
545Non que je dye toutefoys
Que les Philosophes tous troys
Les conjoignent ensemble pour faire
Leur mercure, et le perfaire
Comme font un taz d’alchymistes
550Qui en scavoir ne sont trop mistes,
Ny aussi beaucoup sage gent
Qui prenent lor commun, largent,
Avec le mercure vulgal,
Puis apres leur font tant de mal
555Les tourmentant de tele sorte,
Qu’il semble que fouldre les porte:
Et par leur folle fantasie
Abusion et resverye,
Le mercure en cuydent faire
560Des philosophes et perfaire:
Mais jamais pervenir ny peuvent,
Ainsi abusez ilz se trouvent,

Qui est la premiere matiere
De la pierre, et vraye miniere.
565Mais jamais ilz ny parviendront
Ne aulcun bien y trouveront
S’ilz ne vont dessus la montaigne
Des sept, ou n’y a nulle plaine
Et par dessus regarderont
570Les six que de loing ilz verront:
Et au dessus de la plus haulte
Montaigne, cognoistront sans faulte
L’Herbe triomphante royale
Laquelle est nommé minerale
575Aulcuns philosophes et herbale.
Appellée est saturniale:
Alias.lecter.Mais laisser le marc il convient
Et prendre le jus qui en vient
Pur et nect: de cecy t’advise
580Pour mieux entendre ceste guyse:
Car d elle tu pourras bien faire
La plus grand part de ton affaire.
C’est le vray mercure gentil
Des philosophes tressubtil,
585Lequel tu mettras en ta manche.
En premier toute l’œuvre blanche,
Et la rouge semblablement,
Si mes ditz entends bonnement.
Esliz celle que tu vouldras
590Et soyez seur que tu lauras.
Car des deux n’est qu’une pratique
Qu’est souveraine et authentique.

Toutes deux se font par voye vue,
C’est ascavoir soleil et lune.
595Ainsi leur practique raporte
Du blanc et rouge, en telle sorte.
Laquelle est tant simple et aysée,
Qu’une femme fillant fuzée
En rien ne s’en destourbera
600Quand telle besogne fera,
Non plus qua mettre elle feroit
Couvez des œufz quand il fait froit
Soubs une poulle sans laver
Ce que jamais ne fut trouvé.
605Car on ne lave point les œufz
Pour mettre couver vielz, ou neufz
Mais ainsi comme ilz sont faict
Soubs la poulle on les met de faict.
Et ne fait on que les tourner
610Tous les jours et les contourner
Soubs la mere sans plus de plait
Pour soubdain avoir le poullet.
Le tout je l ay declaré ample.
Puis apres se met un exemple
615Premierement ne laveras
Ton mercure mais le prendras
Et le mettras avec son pere,
Qui est le feu ce mot t appere,
Sur les cendres, qui est la paile
620C est enseignement je te baille,
En un voyrre seul qu’est le nid
Sans confiture ny avyz

En seul vaysseau, comme dit est:
De l habitacle, entens que cest
625En un fournel faict par raison,
Lequel est nommé la maison,
Et de luy poullet sourtira
Qui de son sang te guerira
Premier de toute maladie,
630Et de sa chair, quoy que lon dye
Te repaistra, pour ta viande:
De ses plumes, affin que entende,
Il te vestira noblement
Te gardant de froid seurement:
635Dont prieray l’hault createur
Qu’il doint la grace à tout bon cœur
Dalchymistes qui sont sur terre,
Briefvement le poullet conquerre,
Pour en estre alimenté,
640Nourry et tresbien substanté.
Comme ce peu que Icy declare
Me vient du hault Dieu nostre pere,
Qui pour sa benigne bonté
Le m’a donné en charité:
645Dont vous faiz ce present petit,
Affin que meilleur appetit
Ayez cherchantz et fuyuantz train
Qu’il vous monstre soir et matin:
Lequel j’ay mis soubs un sommaire,
650Affin qu’entendiez mieulx l’affaire
Selon des philosophes sages
Les dictz, qu'entendez d avantage.

Je parle un peu ruralement:
Parquoy ie vous prie humblement
655De m’excuser & en gré prendre,
Et à fort chercher tousjours tendre.

F I N.




Aultres vers touchant le mesme art

l’auteur desquelz ne s’est nomé.


En mercure est ceque querons:
De luy eſprit & corps tyrons
Et ame auſsi, d’ou ſort teincture
Sur toutes aultres nette & pure.
C'eſt une humeur treſprecieuſe,
Rendant la personne Ioyeuſe.
Faicte est de terre, eau, air, & feu:
Le corps purgé, leſprit conceu
Apres vient la fontaine claire,
Que ne tient en ſoy choſe amere.
Au fond del’giſt le verd ſerpent,
Ou lyon verd, qui la s’ſspand.
Si on l’eſueille, il monte en hault:
Apres chet quand le cœur luy fault.
Tant il ſe laue & tant ſe baigne,
Que comme rouge appert ſa trongue:
Tant est laué d’eaue de vie,
Qu’apres on ne le cognoist mye.
Puis ſe tourne en pierre treſdigne,
Blanche premier, & puis citrine.
Tant amoreuſe eſt à la veoir,
Qu'on peut priſer ſon auoir.

Metz donc ta cuve En un fournel,
Au vray mercure Qui se faict bel
Qu’a faict nature. De jour en jour
Avec son pere Par vray amour
Faict son repaire, Sans nul secour,
Ou il prospere: Et se fixe
C’est pour perfaire Tout propice
Les imperfaictz Sans espice,
Ordz et infectz. Pour guerir
Mais fault que face Ton esprit
Que le deface Sans peril
De prime face: S’ainsi le fais
Pour le refaire Tous les infectz
Et satisfaire Seront perfectz.
A ton affaire. Dieu te doint grace
C’est le subject Et peu d'espace
Mys au vaissel Que le tout face.


FIN.