De la transformation metallique


DE
LA TRANSFORMA-
TION METALLIQUE,
trois anciens tractez en rith-
me Françoise


ASCAVOIR.


avec la response dudict Alchy. par J. de
Meung. Ensemble un tracté de son
cernant ledict art.


Avec
La defence diceluy art et des honestes personages qui y va
quent: Contre les effortz que J. Girard mect à les oultrager.


A PARIS,
Chez Guillaume Guillard, et Amau-
ry Warancore, rue S. Jaques à
l’enseigne S. Barbe.
1561



CES AVTHEVRS,

Aux lecteurs.


Gens de bon cœur, noſtre venue
Doner ne vous doibt deſplaisir.
Si vne fois auéz cognue
La verité, cachée & nue
En noz eſcriptz, auréz plaiſir.






AVX LECTEVRS.



Ces jours paſſéz, amys lecteurs, ſont venuz en mes mains trois petitz liures touchãt la trãſformation des metaulx, ancienement compoſéz en rithme françoiſe par autant de bons autheurs: leſquelz i’eſtime ſi delectables & profitables, qu’ilz merite bien eſtre leuz: principalement par ceulx qui ayment tele ſcience . Et pour ce que parauant les exemplaires d’iceulx estoyent ſi rares, que pluſieurs deſiroyent en vain les veoir, vous pouéz cognoiſtre quele affection ma eſmeu à prendre peine qu’ilz vous fuſſent publiquement préſentéz, ie dy, moyenãt l’aide de variables copies eſcriptes à la main, beaucoup mieulx ageancéz et correctz, que de ma part ne les auois oncques trouuéz ſeparément. Mais ie pence qu’il eſt convenable, de dire icy quelque aultre choſe de chaſcun d iceulx, pour vous doner plus de contentement.

La font. des
Amo. de sciẽ
ce.
    Le premier qui est appelé la fontaine des amoureux de ſcience, fut compoſé L’an 1413. par Iehan de la fontaine, natif de Valenciennes en la comté de Henault : & ha eſté cy devant imprimé à Paris & à Lyon : Mais ſcavéz vous comment? Veritablementça, et la, trop corrompu, et amplifié de plusieurs choses superflues et sottes, tant au regard du sens, que de la rithme : Lesqueles y avoient esté entremeslées, par la liberalité de quelque ignorant, soubz espoir d’avoir part audict livre. Or vous veulx je advertir, que en transcrivant et dreçant ce nostre exemplaire, n’ay suivy une seule copie imprimée ou escripte à la main: à cause des faultes et erreurs estans en la chascune de celles que j’ay peu recouvrer: mais de toutes leurs meilleures pieces assemblés et, à mon jugement , ou besoing estoit , le mieux que j’ay peu corrigées, l’ay rendu tel qu’il est: tousjours fuyant et en cedict livre et es aultres, de faire (par mon labeur) aulcun tort aux autheurs, ou lecteurs d’iceulx. Quant aux diverses images des fours et vaisseaulx, estans es impressions de Lyon, je les ay laissées comme non necessaires : mais, que plus est, adjouxtées contre la sentence mesme de l’autheur d’iceluy livre, qui dict (f. 15. page 2. vers 10.)
Des fours.Un metal en un seul vaissel
Te convient mettre en un fournel: etc.
Joinct qu’il n'est faicte aucune description ou mention desdictz fours et vaisseaulx, es vieulx exemplaires lesquelz nous avons veu escriptz à la main.

Les remonstr.
faictes par
nat. à lalch.
etc. autheur
J. de Meung
    Au second livre qu’on avoit encore imprimé, est premierement introduicte nature, remonstrant à l’alchymiste la difference de ses effectz et de ceulx de l’art: à fin qu’il puisse trouver ce qu’il cherche, en prenant et suyvant la voye naturele : et apres, ledict alchymiste, luy faisant response prudente. On l’appelloit communément, la complaincte de nature: pour ce que l’autheur luy faict commencer sa harangue en se doulourant. Quant au nom d’iceluy autheur, les exemplaires que j’ai veu ne le porte en tiltre: mais j’estime, avec plusieurs aultres, que c’est Jehan Clopinel, dict Jehan de Meung, d’où il estoit natif : encores que je n’aye oblié le passage de cedict livre, ou il est escript (f. 32. pag. 2. ver. penult.)
Comme tu peux veoir es Romantz
De Jehan de Meung: qui bien m’apprenne,
Et tant les sophistes reprenne.
Car cecy est dict soubz le personage de Nature: et lon peut semblablement veoir entre de ce que ledict de Meung ha composé, suyvant G. de Loris, au Romant de la rose, que Amour, qu’il faict la parler, tient treshonorables propos de luy mesme. C’est apres avoir dict,
Cy se reposera Guillaume,
Dont le tombeau soit plein de baulme,
D’encens, de myrrhe, d’aloes,
Tant m’a servy, tant m’a loes.
On s’ensuyt,
Et puis viendra Jehan Clopinel
Au cœur gentil, au cœur isnel,
Qui naistra dessus Loyre à Meung,
Lequel et à soul et à jeun
Me servira toute sa vie
Sans avarice et sans enuye:
Et sera si sage et si bon,
Qu’il n’aura cure de raison

Qui mes oignemens hait et blasme,
Combien qu’ilz flairent plus que basme. Etc.
J’ay aussi extraict et jouinct au dessusdict livre, un lieu d’iceluy Romant, auquel ledict de Meung tracte manifectement de l’art susdict, et à cause duquel seul, plusieurs achaptent ledict Romant. Apres est suyvant le petit testament attribué à Arnauld de Villneufve.

Sommai.
Philoso. de
N. Flamel.
    Le troisiesme livre (qui n’avoit paravant esté mis en lumiere) est intitulé le Sommaire philosophique de Nicolas Flamel: qui florissoit en l’an 1393. et 1407. comme il appert encores en la ville de Paris à S. Innocent es monumentz de deux arches opposites, le cymitiere entre elles, qu’il feit alors faire. En l’une desqueles sont, oultre autre choses, erigéez les effigies de deux serpentz, ou Dragons, et d’un Lyon, suyvant la description que d’iceulx il ha faict en ce livre, fol. 53. pag. 2. ver. penult. et fol. 54. pag. 2. ver. 21. Or croy-je bien que vous ne depriserez cesdictz autheurs pour leur stile : car encores que leurs vers ne ayent, quant aux motz, la grace de ceulx de Marot, ou de plusieurs aultres poëtes de nostre temps, c'est asses qu’ilz enseignent choses exquises et precieuses, lesqueles sont sovent cachées soubz quelque vil habit. Encores sera ce humainement faict de les excuser tous, ou aulcuns d’iceulx, des faultes qu’on leur pourroit attribuer, et en changer ou le temps, ou la perplexité et difficulté de la matiere subjecte, ou bien les vices des exemplaires corrompus. J’ay adjouxté à la fin desdictz livres, une défense de ceste dicte science: contre l’outrageuse epistre de J. Girard: à fin qu’ilz soyent moins subjectz aux oultrages de quelques langardz estourdis, et plus agreables à plusieurs honestes personnes. Or si en quelque endroit ma peine vous peut proufiter ou plaire, jouisséz en joyeusement.

*   *





Lysez.


Fol.5.b. ver.22. trouvé.
Fol.8.a. ver.dernier. Ançois.
Fol.9.b. ver.14 four.
Fol.24.b. ver.21. sublime.
Fol.35a. ver.8. maintz. Et la mesme
ver.27. mendie.
Fol.37.a. ver.2. guerre. Item ver.3. au.
Fol.38.b. ver.17. povez.
Fol.45.b. ver.19. peut.
Fol.46.b. ver.8. mode.
Fol.47.a. ver.25. scavez.
Fol.48.b. ver.17. est.
Fol.58.a. ver.11. doubtance.
Fol.61.b. ver.1. toute.
Fol.64.a. ver.23. trongne.






LA FONTAINE DES
AMOUREUX DE SCIENCE: COM-
posee par Jean de la Fonteine de Va-
lenciennes, en la Comté
de Henault.



Ce fut au temps du mois de May,
Qu’on doibt fouir dueil et esmay,
Que j’entray dedans un vergier
Dont Zephirus fut jardinier.
5Quand devant le jardin passoye,
Je n’estois pas vestu de soye:
Mais de povres draps maintenu,
Pour n’apparoir en public nud.
Et m’esbatant avec desir
10De chasser loing mon desplaisir,
Ouy un chant armonieux
De plusieurs oyseaux gracieux.
Adonc je regarday l’entree
Du jardin, qui estoit fermee.
15Mais comme ma veue estima
Zephirus tost la defferma:
Puis se retira, par effect
Monstrant qu’il n’avoit cela faict.
Et quand je veis celle maniere,
20Je me tiray un peu arriere,
Et en apres entray dedens.
Du jour n’avois mengé des dentz,
J’avoye grand soif et grand faim:
Mais pourtois avec moy du pain,
25Qu’vois gardé une sepmaine.
      Lors apperceu une fonteine,
D’eaue tresclere pure et fine,
Qui estoit soubz une aubespine.
Joyeusement empres m’assis,
30Et de mon pain soupes y feis:
Puis m’endormis, apres menger
Dedens ce gracieux verger:
Et selon mon entendement,
Je dormy assez longuement,
35Pour la plasance que prenoye
Estant au songe que songeoye.
Or pourrez scavoir de mon songe,
Et s’après le trouvay mensonge.
      Il est vray qu’il me fut advis
40Que deux belles dames au cler veis,
Semblables à filles de Roy
Au regard de leur noble arroy.
Vers moy s’en vindrent doulcement
Et je les salue humblement,
45En leur disant, Illustres dames
Dieu vous sauf et de corps et d’ames,
Plaise vous à moy voz noms dire,
Ce ne me vueillez esconduire.
L’une respond par grand plaisance
50Amy j’ay à nom Congnoissance:
Voicy Raison que j’acompaigne,
Soit par montz, par vaulx, par campaigne.
Elle te peult faire moult saige.

Alors entendant ce langage,
55Et cuidant estre resveillé,
D’un cas fus fort esmerveillé:
Car yssir veis de la fonteine,
Qui est tant agreable et saine,
Sept ruisseaux que veu je n’avoye
60M’estant couché en celle voye,
Lesquelz m’avoyent si fort mouillé
Que j’en estoye tout souillé.
Là s’espandoit l’eaue à foison.
Adonc priay dame Raison,
65Qui estoit avec Congnoissance,
Me dire la signifiance
De la fonteine et des ruisseaux
Qui sont si plantureux et beaux
Et à qui estoit le pourpris,
70De tous costez bien entrepris
D’arbres et de fleurs odorantes
Arrouséez des eaux courantes,
En sorte que pareilz jamais
Ne me sembloit avoir veu. Mais
75Elle me dict tresdoulcement
Mon amy tu scauras comment
Va de ce que as si grand desir:
Escoute moy tout à loisir.
     En la Fontaine ha une chose,
80Qui est moult noblement enclose.
Celuy qui bien la congnoistroit,
Sur toutes autres laymeroit.
Qui la vouldroit chercher et querre,

Et puis trouvée mettre en terre
85Et secher en menue pouldre,
Puis arriere en son eau resouldre,
Mais que fussent avant parties,
Puis assembleez les parties,
Qui la terre mettroit pourrir
90En l’eaue que la doibt nourrir
Il en naistroit une pucelle
Portant fruict à double mammelle,
Mais qu’on ostast la pourriture,
Dont elle ne son fruit n’ha cure.
95La pucelle dont je devise
Si poingt et ard en mainte guise:
Car en l’air monte, en hault volant
Puis descend bas, à val coulant,
Et en s’en descendant Faonne,
100Faon que nature luy donne.
      C’est un Dragon qui à trois goules:
Familleuses et jamais saoules:
Tout autour de luy chascun rue.
L’environnant ainsi qu’en rue,    Alias
Mais avant par chaleur on chasse
Gresse que luy couvre sa face.
   Alias
Mais dessus luy fault que lon chasse
Etc.

105Et poursuyvant par forte chasse
Tant que gresse couvre sa face
Que le noircist et si l’englue.
Puis le compresse et le mengue.
Elle r’enfante mesmement:
110(Ce se fait amoureusement)
Plus puissant que devant grand somme:
Puis le boit comme jus de pomme.
Ainsi l enfant à sa manière.

Souvent boit et r’enfante arriere,
115Tant que plus cler est que Christal.
Pour vray le fait en est ytal.
Et quant il est ainsi luysant,
En eaue moult fort et puissant,
Il pense devorer sa mere,
120Qui ha mangé son frere et pere.
Ainsi comme l’alaitte et couve
Le Dragon le fiert de sa cove.
Sa mere en deux parties part,
Que luy aide apres ce depart,
125Et puis la delivre à trois goules,
Qui l’ont plus tost prins que gargoules:
      Alors est le plus fort du monde.
Jamais n’est rien qui le confonde.
Merveilleux il est et puissant.
130Une once en vault cent d’or pesant.
C’est un feu de telle nature,
Qu’il passe toute pourriture,
Et transmue en aultre substance,
Quant qu’il attaint à sa semblance.
135Et guerist maladie toute,
Apostume, lepre, et goutte:
Et es vieux corps donne jeunesse,
Et es jeunes, sens et liesse.
C’est ainsi que de Dieu miracle.
140Ce ne peult faire le triacle,
Ne rien qu’y soit soubz ciel trouvé,
Fors cecy, qui est esprouvé
Par les Prophetes anciens,

Et par docteurs Physiciens.
145      Mais on ne l’ose plus enquerre,
Pour peur des Seigneurs de la terre.
Onques mais n’advint tel meschié:
Car ce faire on peult sans pechié:
Moult de Sages si l’ont aymé.
150Maudit soit qui l ha diffamé,
Lon ne le doibt onc reveler,
Qu’a ceux qui veulent Dieu aymer:
Et qui bien ayment, ont victoire
Pour servir Dieu, aymer, ou croire:
155Car cil à qui Dieu donne espace,
De vivre tant que en quelque place
Il ayt celle œuvre labourée,
A de Dieu la grace impetrée
En soy, saches certainement.
160Dont prier doit devotement
Pour les sainctz hommes qui l’ont mise
En escrit selon leur devise,
Philosophes et Sainctz preud hommes:
Dont je ne scay dire les sommes,
165Mais Dieu leur face à tous mercy,
Qui ont ouvré jusques icy:
Et ceux qui ayment la science,
Dieu leur doint bien et patience.
      Scavoir dois que celuy Serpent,
170Que je t’ay dit premierement,
Est gouverné de sept Ruisseaux,
Qui tant sont amoureux et beaux,
Ainsi l’ay voulu figurer,

Mais autrement le vueil nommer:
175C’est une pierre noble et digne,
Faicte par science divine,
En laquelle vertu abonde,
Plus qu’en nulle qui soit au monde:
Trouvée est par Astronomie,
180Et par vraye Philosophie.    Alias
On trouve quelle croist en hault,
Avecques tout ce quil luy fault.

Elle provient en la montaigne
Ou ne croist nulle chose estraigne.
Sachez de verité prouvée,
Plusieurs Sages l’y ont trouvée.
185Encores la peult on trouver
Par peine de bien labourer,
Des philosophes est la pierriere
Que tant est amoureuse et chére.
Aisément on la peult avoir:
190Et si vault mieux que nul avoir.
Mais peine auras moult endurée,
Avant que tu l’ayes trouvée.
L’ayant, n’auras faulte de rien
Qu’on trouve en ce monde terrien.
195Or revenons à la fontaine
Pour en scavoir chose certaine.
     Celle Fontaine de valeur,
Est à une Dame d honneur,
Laquelle est Nature appellée,
200Qui doit estre moult honnorée:
Car par elle toute chose est faicte,
Et s’elle y fault, tost est deffaicte.
Long temps ha que fut establie.

Celle Dame je vous affie:
205Car aussi tost que Dieu eut faitz
Les Elemens qui sont perfaictz,
L’Eaue, l’Air, la Terre, et le Feu,
Nature en tout parfaicte fu.
Sans Nature ne peult plus croistre,
210Dedens la Mer la petite oistre.
Nature est mere à la ronde
De toutes les choses du monde.
Noble chose est que de Nature.
Moult bien y pert à la figure
215De l’homme, que Nature ha faites,
En quoy de rien ne s’est meffaite:
Aussi fait il en plusieurs choses,
Qui par Nature sont descloses:
Oyseaux, arbres, bestes, fleurettes,
220Du tout par Nature sont faites:
Et ainsi est il des metaulx,
Qui ne sont pareilz ny esgaulx.
Car par elle mesme se font,
Dedens la terre bien profond:
225Desquelz plus à plein conteray
Quand Nature te monstreray,
Laquelle je veulx que tu veoye,
Affin que mieux suyve sa voye
Et son sentier en la tienne œuvre:
230Car il fault que la te descoeuvre.
     Ainsi que telz propos tenoit,
Je veis Nature qui venoit.
Et alors, sans faire delay,

Droict encontre elle m’en allay
235Pour la saluer humblement.
Mais certes tout premierement
Vers moy feit inclination
Me donnant salutation.
Lors Raison dict, voicy Nature:
240A l’aymer mectz toute ta cure:
C’est elle que te fera estre
De son ouvrage prudent maistre.
     Je l’escoutay diligemment:
Et elle se prit sagement
245A me demander d’où j’estoye
Et qu’en ce lieu la je queroye:
Car il estoit beaucoup saulvage
Et pour les non clercs plein D’ombrage.
Dame, dy je, par Dieu de cieux,
250Je suys venu cy, comme cieux,
Qui ne scait en quel’part aller,
Pour bonne adventure trouner.
Mais je vous diray sans attente,
Et en brief propos mon entente.
255     Un moult grand Prelat vey jadis,
Scavant, clerc, prudent et subtilz,
Qui parloit en commun Langage,
Ainsi que faict maint homme sage
Du scavoir de la medicine
260Quil faisoit tres haulte et tresdigne,
En demonstrant ses excellences
Par moult grandes expériences.
Des philosophes et leur science

Devisoit en grand reverence.
265Bien avoit este à l’escolle.
Alors fus mis en une colle
Ardente, dapprendre et scavoir
Chose meilleur que tout avoir:
Et de luy demander m’advint,
270Dou premier la science vint:
S en escript on la rencontra
Et qui fut cil qui la monstra.
Il me respondit sans delay
Par ces propoz que vous diray.
275     Science si est de Dieu don,
Qui vient par inspiration.
Ainsi est science donnée
De Dieu, et en l’homme inspirée:
Mais avec ce apprend on bien
280A l’escole par son engien.
Mais avant qu’onc lettre fust veue
Si estoit la science sceue,
Par gens non clers, mais inspirez,
Qui doibvent bien estre honorez:
285Car plusieurs ont truvé science,
Par la divine sapience:
Et encor est Dieu tout puissant,
Pour donner à son vray servant
Science telle qu’il luy plaist:
290Dequoy à plusieurs clercs desplaist:
Disans qu’aulcun nest suffisant,
S’il n’a esté estudiant.
Qui n’est maistre es ars, ou docteur,

Entre clers Recoipt peu d honneur.
295Et de ce les doit on blasmer,
Quand autruy ne scauent louer:
Mais qui bien punir les voudroit,
Les livres oster leur fauldroit.
Là seroit science faillie
300En plusieurs clers, n’en doutez mie:
Et pas ne le seroit es laiz
Qui font rondeaux et virelais,
Et qui scavent metrifier,
Et plusieurs choses que mestier
305Font à mainte gens à delivre,
Qu’ils ne trouvent pas en leur livre.
Le Charpentier, et le Masson
N’estudient que bien peu, non,
Et si font aussi belle usine
310Qu’estudians en Medicine,
En Loix, et en Theologie,
Pour avoir pratiqué leur vie.
    Des lors fus grandement epris
D emploier du tout mes espris,
315Tant que par vraye experience,
Avoir peusses la congnoissance,
De ce que maint homme desyre,
Par grace du souverain syre.
Mon conte raison et nature,
320Bien escoutoient, je vous asseure.
Puys à nature dy, Madame,
Helas tousjours de corps et d’ame,
Suis en travail voulant apprendre,

Science, ou ne puisse mesprendre,
325Pour avoir honneur en ma vie,
Sans ce que nul y ayt enuie:
Car tout mon bien je vueil acquerre,
Comme les Laboureurs de terre:
La terre fouyr et houer,
330Et puis la semence semer,
Comme font les vrays Laboureurs,
Qui font leurs biens et leurs honneurs.
Et pour cela prier vous vueil,
Que vous me dites de voz vueil,
335Comme on nomme celle Fontaine,
Qui tant est amoureuse et saine.
     Elle respond, amy, de voir,
Puis que desires le scavoir,
Elle sappelle, pour le mieulx,
340La fontaine des amoureux.
Or te doibt il estre notoire
Que depuis Eve, nostre mere
J’ay gouverné tretout le Monde,
Si grand comme il est à la ronde:
345Sans moy ne peult chose regner,
Si Dieu ne la veult inspirer.
Moy qui suis Nature appellee,
J’ay la terre environnée,
Dehors, dedens, et au mylieu:
350En toute chose ay pris mon lieu,
Par mandement de Dieu le Pere,
De toutes choses je suis mere,
A toutes je donne vertu,

Sans moy n’est rien, ne oncques fu,
355Chose qui soit soubz Ciel trouvee,
Qui par moy ne soit gouvernée.
Mais puis que tu entendz raison,
Je te vueil donner un bel don,
Par le quel, si tu veulx bien faire,
360Tu pourras Paradis acquerre,
Et en ce monde grand’richesse,
D’on te pourra venir Noblesse,
Honneur, et grande Seigneurie,
Et toute plaisance, en ta vie:
365Car en joye tu l’useras,
Et moult de nobles faictz verras,
Par celle Fontaine et caverne,
Qui tous les sept metaux gouverne.
Ilz en viennent, c’est chose clere,
370Mais de la Fontaine suis mere,
Laquelle est doulce comme miel,
Et aux sept Planetes du ciel,
Comparee est: scavoir, saturne,
Jupiter, et Mars et la Lune,
375Le Soleil, Mercure et Venus:
Entendz bien, tu y es tenus.
Les 7. planetes que jay dict
Accomparons sans contredict,
Aux sept metaulx venans de terre,
380Qui tous sont faictz dune matiere.
L’or entendons par le Soleil,
Qui est un metal sans pareil.
Et puis entendons pour l’argent,

Luna le metal noble et gent.
385Venus pour le cuyvre entendons,
Et aussi c’est moult bien son noms.
Mars pour le fer, et pour l’estain
Entendons Jupiter le sain.
Et le plomb pour Saturne en bel,
390Que nous appellons or mesel.
Mercurius, est vif argent,
Qui ha tout le gouvernement
Des sept metaulx: car c’est leur mere,
Toutainsi que cy les compere:
400Que les imperfaits peut perfaire.
Apres le te voudray retraire.
     Or entends bien que je diray,
Et comme je declareray
La Fontaine à dame Nature,
405Que tu vois cy pres en figure.
Se tu scez bien Mercure mettre
En œuvre, comme dit la lettre,
Medecine tu en feras,
Dont paradis puis acquerras,
410Avecques l honneur de ce Monde,
Ou grand planté de bien abonde.
     Scavoir dois par Astronomie,
Et par vraye Philosophie,
Que Mercure est des sept metaulx
415La matiere, et le principaux:
Car par sa pesanteur plombasse,
Se tient soubz terre en une masse,
Nonobstant qu’elle est volative,

Et es autres moult conversive,
420Et est soubz la terre trouvée,
Tout ainsi comme est la rousée,
Et puis en l’air du Ciel s’en monte,
Moy Nature le te raconte,
Et si apres peut concevoir
425Qui en veult Medicine avoir
Mercuriale, en son vessel
Le mettra dedens le fournel
Pour faire sublimation,
Qui est de Dieu un noble don,
430Laquelle je te veux monstrer
A mon pouvoir, et figurer.
Car si ne fais purs corps et ame,
Ja ne feras bonne amalgame,
N’aussi bon parachevement.
435Mectz y donc ton entendement.
     Or entends si tu veulx sçavoir,
(Mieux vault bon sens que nul avoir)
Pren ton corps et en fais essay,
Comme autres ont faict bien le scay,
440Ton esprit te fault bien monder,
Ains que puisses incorporer.
Se faire veulx bonne bataille    Alias
vingt encon
tre convient.
etc.

Vingt contre sept convient sans faille.
Et se ton corps ne peult destruire
Vingt, à ce pas il fault qu’il muire.
445Si est la bataille premiere
De Mercure trèsforte et fiere,
Après rendre luy convient faire,
Ançois qu’on en puist rien attraire.

Quand à ton vouloir entrepris
450Rendu sera, lors estant pris,
Si tu en veux avoir raison,
Lenfermeras dens la prison,
Dou il ne se puisse bouger.
Mais dun don le doibz solager:
455Ou pour toy rien ne voudra faire,
Tant que luy feras le contraire,
Et si faire luy veulx plaisir,
Il le te convient eslargir,
Et remettre en son premier estre.
460Et pource seras tu son maistre:
Autrement scavoir bien ne peux
Ce que tu quiers, et que tu veux.
Mais par ce point tu le scauras,
Et à tout ton plaisir viendras,
465Mais que tu faces de ton corps
Ce, dont te fais cy le recors.
     Faire dois donc, sans contredit,
Premier de ton corps esperit,
Et l’esprit reincorporer
470En son corps sans point separer.
Et si tout ce tu ne scez faire,
Si ne commence point l’affaire.
Apres ceste conjunction,
Se commence operation,
475De laquelle, si tu poursieux,
Tu auras la gloire des cieux.
Mais tu dois scavoir par ce livre,
Que moy Nature te delivre,
AMOUREUX DE SCIENCE:

Que le mercure du soleil,

N'est pas à la Lune pareil:

Car toujours doit demeurer blanche,

Pour faire chose à la semblance.

Et celui qui au Soleil sert,

Le doit ressembler en appert:

Car on le doit rubifier:

Et ce est le labour premier.

Et puis assembler les peut on

Comme ai dit, en ma raison

Ci devant que tu as ouïe

Qui te doit entrer en l'ouïe.

Et si ce ne se auois entendre,

En ton labour pourrais méprendre:

Et à l'aduentare perdrais@Alias 5; en fai- hub .Ál.S¢iem'e. LA FGNTAINE DE s Et lvs mmprf‍ir en ¢}›rcs. C e tc clitg ci [mr motzh exprfs. La tff‍iä' -ff' l'<=;mc rl 'ztf‍lfït jmrr, Sfr/:ent moult Éicrz en cela) mt, Et mf‍iif‍izšr bz químc ÿënce: C a' cqf‍l de mgf‍lrefšzit ln (mrc. i .Q£f.1rzzl.mf¢s Ifs ga f‍itre Îïûf‍lfífä, Et lf‍im de l'.41xfref‍i›p.-zrcq , ./íinf‍ique hay zlirpar dff‍lšu, Tonf›1it]2*r.¢ rlengy cnnclzu. Orpcuxprocez!c*r mqycnmt, Qu: mf‍izccs ce que damn: Ie tïgy en cc ch4pirre zlit. Tu lc mcttms au f‍ifwμtit, Cela sÿppcllc m4ri¢ge, .Qqmul il ef‍lfmpfzr laammejlzge: Et auf‍ii c'ç/i mault Éien/Im mm. Or enmggíçgåšm l4 mgf‍in: Car nmf‍iulin dff‍iwt lùalzle \/Îf‍lfff‍if‍lif‍l 4mi¢åle. Er qzmndpurs Cv* nezgjãnt trouueá; E; l'vn .mec lúum ¢¢]/îvnåleg, Genm¢xionf‍i.›nt certane, Signe äçf‍l vm* œuurc /multaine; .Et gui ÿí de _g›*.4ndcjí¢åf‍i¢nce. .Únf‍i il,d'¢zdref‍i›môl4›zcc, De m4int kammgzÿ de mf‍iintcfemmc; .Qfí ont áon lo*¿_ G" Éomzcf‍izme, îöfr leurs enf‍ims qu'il:§_[Eauentf›¢irc', Dm: cåaf‍ixm doiåtprÿr l'¢f‍l`,¢¿y¢; v “ D'¿)]ê.¢uIx,A M o D'gf‍iaulx,rle L¢es,@" ,/íutremfnt prouzm* ie lepuu Mfttfä dävn Mère lf‍if‍ifmencc En terre pm* åennef‍iiencf: _/ip;-cs l,¢ pz¢rrg€¢5'icn, En 1›icna'›';z¿mer.›¢tion. ÿar lcf‍ifvmmr lcpmx_/E¢¢uoi›*, išîäz Qd wmlz mieux que nul autre Meir.) Scmfmt 'vn ¿min,en mfm: mille. VREVX DE SCIENCE. IC* Lv neffzult ÿîrc moult/mózlle: “L commh Ne oncques nef‍i¢tcrmtf‍l›*¢', ,Qzfi flirepezg/Z À mqy N,zture, N¢ÿ]"»zncc ¢gf prinsjlzns te c/ner:/avr, Tu nepmx rim me reprofbcr. Et zzinf‍i des mcmulx il, Dant Mercure 42 leplusf‍iåtíl. Dm: lc Pour ef‍l migouf‍im co›j›.r, ,Qc zz* th) dit en mes I'£'(0}'d§_ Et fle cef‍izirc il gï moult prcf‍l, ./íinf‍i que 'vfrms g« f‍ifrcs. L4 lu; conuimr emmzourcr, Sonμ›*cil,€? puis hzåof‍ircr. Más ,dm quëzjf‍in pnÿf‍i wnb; D'en]Emålc lesfault dr;/imïtír. Yvhzis :apres celle dcp 4rtic, Se rïzf‍iïwzlzlcnt ie vous ¢¿f‍iÎe. L¢f‍i›is1›remiere ejíf‍izznff‍lllr, ft 1.4 f‍icamlc l,f.\?0lí/;l;;u(', .fílf‍i fiercef‍iis μr zlroi£?1›:rr, ›/[_/]`6'774b¿ãt"2§_ en we mzturr, 1; al.__Q¿5n(l il ej? mis zledïs 'Ibn cmÿs. Il le umuíël m4mom~er. De f‍im fm- reil puis 14- lmm'cr,ç3>c. Ldlias Vom af‍iåc.LA TONTAINÎE DES C le nz.f‍i*i.¢ge pcrff‍iziff, .Ãzzqurlšÿí trzf‍iout nzf‍lref‍izit. Or mtms Éim comme i`.1)› dir: (ler pour vm_y Un rien n'¢_;v mg/Hit. .Qfmul tu hs 4ur4sf‍i*}›.m*:î, . E t peu fipcu åien rqmrq, En f‍lpres les r'¢z]"/ÈI1zåZfr.~z§, Et l'vn aun l'.›¢ut›'e,mettr×w. 21.413 tcf‍izzu/iennc cn M leçon, Du proueróc que ditüztzm: L'/:vamme qui lÿí G* rim rfentmrï, Seînåle au chaf‍lïrur qui rim nclfzrcmå Si 4prcn: dans à Lien entendre, .Af‍lïn que ne puf‍lu* reprfnzlrc Les liuregm les åonsf‍izãeurs, L¢jèu1*l{jöntpc›f4it{ mrmdeurs: C41 tous ceulx qui mÿírc œu ur: .él.{mfr1f*, Ne L: congnaw Em ne lkntendent: Celffy qui åim nous mtmrfroit, Mvult tq/2 2: mjíre œumfe viendrait. íf‍iluf‍ieursfbzk Im JH ouuríe, F I 1747 _?hi1qf‍i›p/ves ff‍iïûllf‍léfi Øfrtlèî pluf‍icz/rs gff‍ií tenus pourjkges L4 ôl¢f‍l1zmt,dam ilf‍iíf‍intf‍ilagesz .Et c/M/Em les en doit èlaf‍iner, Qd Îmf‍lns fnf‍iyyjšms èzmer. M¢i.< louer doiln on bien 69' åei, Tom rculx qui .aiment tel ziqycl, Zït qui lCP(')7_f‍i'1lî À truuucr, mrμqovnnvx DE W)./,fine riz* /E871 l¿ló0f‍iï('ï. Ez doiót on :liN,r`ç/Z åimf‍ifif, l lrlqf‍izff‍i. F 0731/¢an.¢ 710115 zfzrí vm” C50/r, ,Qffil f‍lzulx que ó›'iq¢}1¢en¿,fóíf Jerlgfê, ff‍i qf‍lff‍i [›im[›;~om'frr wmlx ' ' J ff /\' 7 },]{y(f_r z'w:,'a;f cf Wes.. _ - - r* Lay' mrritc [mr ée T.mr §.*:s_;§1¢fzw§ šlffšlÿflíf gîïf Ôíl înfff‍lål qzfi cf‍lf‍if‍lít Áiffz l'¢';*f. Fr/:::¿_c,9am* fan f‍iziã* [åjmffr fe rc C9725/Îfñf [dm off/onnrï. £ff›0:f't`c.:1 ríšff fg flagm (`c IZIQÎZ que :*:;G1'1¢tía;1 L.¢qm*1ír tff‍izitg›1¢m{››1Q[Zir›', Sc /›¢m5f‍i9~;4ia* ve:/l'x_1c ›n{[Zi1*r, Elle (/:Jibi lc cwaÿqf‍i clçf‍llzízfc 3/íinf‍lqrzc tu m as 4f‍l`}zz}ff, 7'4rz: qiff' rbxf‍irm .Îi par llÿf‍iif, Er/um ¢)=,¢n¢ La tcwef‍iåf‍i Dr ['c.<zm* du Ciel /mr cfroiE7m'z=, (Car ílq _ f‍imt :ou: d'vm* n¢mm*) C ï.1{f‍iJ?1 7u'¢*1l' f‍iit fzåårm íf‍i, Ez n'z' moy' f‍ira gûlíllfïîî Éf. Or t`¢z_y ie rlitf‍ims rim 111(f‍l'i'C'71«C¿'(`, Cammc nm carps jåöllll ame prendre, Et comme Iesfkult clcf‍ll Arlir, Et l`1›n (l›;tíI('(` [it/líïfllldïîiïî Mau 14 rz'rf‍l.¢;'tie','/fm: rízfuåtr, _ Ef‍i 14 clçfde mf‍lne a*fm;*e rame. ?.1r lef‍iu e1¿efë~pe›fzifi*: . Hg' SCIENCIZ; xi. .Áïi/as Qîiznrf M 'welrm la ter rz_[ÈtcÎ9e, .De leur du nritlfúg ûwel -le leirfzez Car :ig tous dmx; rm ture. Lnboufe !{â)C ~ÿI44'S fur ¢íwzcÎm'e.Page:De la transformation metallique.djvu/30Page:De la transformation metallique.djvu/31Page:De la transformation metallique.djvu/32Page:De la transformation metallique.djvu/33Page:De la transformation metallique.djvu/34Page:De la transformation metallique.djvu/35Page:De la transformation metallique.djvu/36Page:De la transformation metallique.djvu/37Page:De la transformation metallique.djvu/38Page:De la transformation metallique.djvu/39Page:De la transformation metallique.djvu/40Page:De la transformation metallique.djvu/41Page:De la transformation metallique.djvu/42Page:De la transformation metallique.djvu/43Page:De la transformation metallique.djvu/44Page:De la transformation metallique.djvu/45Page:De la transformation metallique.djvu/46



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PETIT TRAICTE

D’ALCHIMYE, INTITVLE


LE SOMMAIRE PHILOSOPHIQUE

de Nicolas Flamel.



QVi veult avoir la cognoiſſance
Des metaulx & vraye ſcience
Comment il les fault tranſmuer
Et de l vn à lautre muer,
5Premier il convient qu’il cognoiſſe
Le chemin & entiere addreſſe
De quoy ſe doivent en leur miniere
Terrestre former, & maniere.
Ainſi ne fault il point qu’on erre
10Regarder es veines de terre
Toutes les tranſmutations
D’on ſont forméz en nations.
Par quoy tranſmuer ilz ſe peuuent
Dehors les minieres, ou ſe treuuent
15Eſtans premier en leurs eſpritz :
Aſſavoir, pour n’eſtre repris,
En leur ſoulphre & leur vif argent,
Que nature ha faict par art gent.
car tous metaulx de ſoulphre sont
20Forméz & vif argent qu’ilz ont.
Ce sont deux ſpermes des metaulx
Quelz qu’ilz ſoyent, tant froids que chauldz.

L’vn eſt maſle, lautre femelle :
Et leur complexion eſt telle.
25Mais les deux ſpermes deſſuſdictz,
Sont compoſéz, ceſt sans redictz,
Des quatre elemens, ſeurement
Cela i’afferme vraiement.
Ceſt aſcavoir le premier ſperme
30Maſculin, pour ſcavoir le terme,
Qu’en philosophie, on appelle
Soulphre, par vne facon telle,
N’eſt autre choſe que element
De lair & du feu ſeulement.
35Et est le ſoulphre fix, semblable
Au feu, ſans eſtre variable,
Et de nature metalique :
Non pas ſoulphre vulgal inique :
Car le ſoulphre vulgal, n’a nulle
40Subſtance (qui bien le calcule)
Metalique, à dire le vray.
Et ainsi ie le prouveray.
L’autre ſperme, qu’eſt feminin,
C’eſt celuy, pour ſcavoir la fin,
45Qu’on ha couſtume de nomer
Argent vif, & pour vous ſommer,
Ce n’eſt ſeulement que eaue & terre,
Qui ſ’en veult plus à plain enquerre.
Dont pluſieurs hommes de ſcience
50Ces deux ſpermes la ſans doubtance,
Ont figuréz par deux dragons,
Ou ſerpens pires, ſe dict on.

L’vn ayant des ailes terribles,
L’autre ſans aile, fort horrible.
55Le dragon figuré ſans aile,
Eſt le soulphre, la choſe est telle,
Lequel ne ſen vole iamais
Du feu, voyla le premier metz.
Lautre ſerpent qui ailes porte,
60C’eſt argent vif, que vent emporte,
Qui est ſemence feminime
Faicte deaue & terre pour mine.
Pour tant au feu point ne demeure,
Ains ſen vole quand veoit ſon heure.
65Mais quand ces deux ſpermes diſjointz
Sont aſſembléz & bien conjointctz,
Par vne triumphante nature,
Dedans le ventre du mercure,
Qu’est le premier metal formé,
70Et eſt celuy qui eſt nomé
Mere de tous autres metaulx,
Philoſophes de montz & vaulx
Lont appelle dragon volant :
Pource que vn dragon, en allant,
75Qu’est enflambé avec ſon feu,
Va par lair iectant peu à peu
Feu & fumée venimeuſe
Qu’eſt une chose fort hydeuſe
A regarder telle laydure :
80Ainſi pour vray faict le mercure,
Quand il est ſur le feu commun,
C’eſt à dire, en des lieux aulcun,

En un vaiſſeau mis & posé
Et le feu commun diſposé,
85Pour luy allumer promptement
Son feu de nature aſprement,
Qu’au profond de luy eſt caché,
Alors ſi vous voulez tacher
Veoyr quelque choſe veritable
90Par feu commun dit vegetable,
L’un enflambera par ardure
Du mercure feu de nature.
Alors, ſi eſtes vigilant,
Verrez par l’air iectant, courant,
95Une fumée venimeuſe,
Mal odorante, & maligneuſe,
Trop pire, enflambe & en poyſon
Que n’est la teſte d’un dragon
Sortant à coup de Babylonne
100Qui deux ou troys lieues environne.
     Autres philoſophes ſcavans,
Ont voulu chercher tant avant,
Qu’ilz l’ont figuré en la forme
D’vn lyon volant, ſans difforme.
105Et l’ont auſſi nommé lyon :
Pource qu’en toute region
Le lyon devore les bestes
Tant ſoient gentes & propretes
En les mangeant à ſon plaiſir,
110Quant d’elles il ſe peut ſaiſir,
Sinon celles qui ont puiſſance
Contre luy ſe mettre en deffence,

Et resister par grande force
A sa fureur, quand il les force:
115Ainsi que le mercure faict.
Et pour mieux entendre l’effect,
Quelque metal que vous mettéz
Avecques luy, ces motz notéz,
Soudain il le difformera,
120Devorera, & mangera.
Le lyon faict en telle sorte.
Mais sur ce point, je vous enhorte
Qu’il y à deux metaulx de priz
Qui sur luy emporte le priz
125En toutale perfection,
L’un on nonme or sans fiction:
L’aultre argent ce ne nye aulcun,
Tant est il notoire à chascun,
Que si mercure est en fureur,
130Et son feu allumé d ardeur,
Il devorera par ses faitz
Ces deux nobles metaulx perfaictz,
Et les mettra dedans son ventre.
Ce nonobstant, lequel qu’y entre,
135Il ne le consumera point.
Car, pour bien entendre ce poinct,
Ilz font plus que luy endurciz
Et perfaictz en nature aussi.
Mercure est metal imperfaict:
140Non pourtant qu’en luy ayt defaict
Substance de perfection.
Pour vraye declaration

L’or commun si vient du mercure,
Qu’est metal perfaict, je lasseure.
145De l'argent je dy tout ainsy
Sans alleguer ne cas ne sy.
Et aussi les aultres metaulx
Imperfectz, croissanz, bas & haultz,
Sont trestous engendrez de luy.
150Et pource il ny à celuy
Des philosophes, qui ne dise
Que c’est la mere sans fainctise
De tous metaulx certainement.
Parquoy convient asseurément
155Que des que mercure est formé,
Qu’en luy soit sans plus informé
Double substance metallique,
Cela clairement je replicque.
C’est tout premierement, pour l’une,
160La substance de basse lune,
Et apres celle du soleil,
Qui est un metal non pareil.
Car le mercure sans doubtance
Est formé de ces deux substances,
165Estantz au ventre en esperit
Du mercure que j’ai descript.
Mais tantost apres que nature
Haforme iceluy mercure,
De ces deux espritz desusdictz,
170Mercure, sans nulz contreditz,
Ne demande qu’a les former
Tous perfaitz, sans rien difformer,

Et corporelement les faire,
Sans soi d’iceulx vouloir deffaire.
175Puys quand ces deux espritz s’esveillent,
Et les deux spermes se reveillent,
Qui veulent prendre propre corps:
Alors il fault estre records,
Qu'il convient que leur mere meure,
180Nomé mercure, sans demeure:
Puis le tout bien, verifié,
Quand mercure est mortifié
Par nature, ne peult jamais
Se vivifier, je prometz,
185Comme il estoit premierement,
Ainsi que dient certainement
Aulcuns triomphans alchymistes,
Affermantz, en paroles mistes,
De mettre les corps imperfaitz,
190Et aussi ceux qui son perfaitz,
Soubdain en mercure ceurant.
Je ne dys pas que aulcun d’eulx ment:
Mais seulement, sauf leurs honneurs,
Pour certain ce sont vrays jengleurs.
195Il est bien vray que le mercure
Mangera par sa grande cure
L’imperfaict metal, comme plomb,
Ou estaing: cela bien scait on:
Et pourra sans difficulté
200Multiplier en quantité:
Mais pour tant sa perfection
Amoindrira sans fiction,
Et mercure ne sera plus

Perfaict: notéz bien le surplus:
205Mais si mortifié estoit
Par art, autre chose seroit,
Comme au cynabre, ou sublimé,
Je ne me veulx pas animé
Que revivifier ne se peusse.
210Telle verité ne se musse:
Car en le congelant par art,
Les deux spermes, soit tost ou tard,
Du mercure, point ne prendront
Corps fix, ny aussi retiendront
215Comme es veines ilz font de la terre.
Ains pour garder que nully n’erre
Si peu congelé ne peult estre
Par nature, à dextre ou senestre,
Dedans quelque terrestre veine,
220Que le grain fix soubdain ny vienne,
Qui produira des deux espermes
Du mercure, entier & vray germe:
Comme es mynes de plomb voyez
Si vous y estes convoyéz.
225Car de plomb il n’est nulle myne
En lieu ou elle se confine,
Que le vray grain du fix ny soit,
Ainsi que chascun l’appercoit,
Cest ascavoir le grain de lor
230Et de largent, qu’est un thesor
En substance & nourriture:
A chascun telle chose est seure.
La prime congelation

Du mercure, est mine de plomb
235Et aussi la plus convenable
A luy la chose est veritable:
Pour en perfection le mettre,
Cela ne se doibt point obmettre,
Et pour tost le faire venir
240Au grain fix, et toujours tenir.
Car, comme paravant est dict,
Mine de plomb sans contredict
N’est point sans grain fix pour tout vray
D’or et d’argent: cela je scay:
245Lesquelz grains nature y a mis
Ainsi comme Dieu l’a permis:
Et est celuy la seurement
Qui multiplier vrayement
Se peult, sans contradiction,
250Pour venir en perfection,
Et en toute entiere puissance,
Comme scay par l’expérience,
Et cela pour tout vray j’asseure.
Luy estant dedens son mercure,
255C’est à dire non separé
De la mine, mais bien paré.
Car tout metal en mine estant
Est mercure, j’en dis autant,
Et multiplier se pourra
260Tant que la substance il aura
De son mercure en verité.
Mais si le grain fix est osté
Et separé de son mercure

Qui est sa mine, bien l’asseure,
265Il sera ainsi que la pomme
Cueillie verde, et voila comme
Dessus l’arbre en verité,
Avant quelle ayt maturité,
Quand vous voyez passez la fleur,
270Le fruict se forme, soyéz sur,
Lequel apres pomme est nommée
De toute gens, et renommée.
Mais qui la pomme arracheroit
Dessus l’arbre, tout gasteroit
275A sa prime formation:
Car homme n'a eu notion
Par art ny aussi par science
Qu’il sceusse donner la substance,
Ne jamais la peusse perfaire
280De meurir, comme pouvoit faire
Basse nature bonnement,
Quand elle estoit premierement
Dessus l’arbre, ou sa nourriture
En substance avoit par nature.
285Pendant doncques que lon atttend
La saison de la pomme estant
Sur son arbre ou elle s’augmente
Et nourrist venant grosse et gente,
Elle prend aggreable saveur,
290Tirant tousjours à soy liqueur,
Jusques à ce quelle soit faicte
De verde bien meure et perfaicte.
Semblablement metal perfaict,

Qu'est or, vient à un mesme effect,
295Car quand nature a procrée
Ce beau grain perfaict et crée
Au mercure, soyéz certain
Que tousjours tant soir que matin
Sans faillir il se nourrira,
300Augmentera, et perfera
En son mercure luy estant:
Et fault attendre jusques à tant
Qu’il y aura quelque substance
De son mercure sans doubstance:
305Comme faict sur l’arbre la pomme.
Car je faiz scavoir à tout homme,
Que le mercure en verité
Est l’arbre, notéz ce dicté,
De tous metaulx, soyent perfaictz,
310Ou aultres qu'on dict imperfaictz:
Pourtant ne peuvent nourriture
Avoir, que leur seul mercure.
Par quoy je dy, pour deviser
Sur ce pas, et vous adviser,
315Que si vouléz cueillir le fruict
Du mercure, qu'est sol qui luist,
Et l’une aussi pareillement,
Si qu’ilz soyent separément
Loingtains en aucune maniere,
320L’un de l’aultre sans tarder guiere,
Ne pencéz pas les reconioindre
Ensemble, n’aussi les y joindre

Ainsi comme avoit faict nature
Au premier: de ce vous asseure:
325Pour iceulx bien multiplier
Augmenter sans point varier.
Car quand metaulx sont separéz
De la mine, à part trouveréz
Chascun comme pommes petites,
330Cueillies trop verdes et subites
De l’arbre, lesqueles jamais
N’auront grosseur je vous promectz.
Le monde à assez cognoissance
Par nature et expérience
335Du fruict des arbres vegetaulx,
Et ne font point ces motz nouveaulx,
Que des que la pomme, ou la poire
Est arrachée, il est notoire,
De dessus l’arbre ce seroit
340Folie qui la remettroit
Sur la branche pour r’engrossi
Et perfaire: folz font ainsi,
Et gens aveuglés sans raison,
Comme on veoit en maint maison.
345Car lon scait bien certainement
Et à parler communément,
Que tant plus elle est maniée
Tant plus tost elle est consommée.
Cest ainsi des metaulx vrayement:
350Car qui vouldroit prendre l’argent
Commun et l’or, puis en mercure
Les remettre, feroit stulture.

Car quelque grand subtilité
Qu’on aye, aussi habilité
355Ou regime qu’on penseroit,
Abusé on si trouveroit:
Tant soit par eau ou par ciment
Ou aultre sorte infiniment
Que lon ne scauroit racompter
360Tousjours se seroit mescompter
Et de jour en jour à refaire
Comme auscuns folz sur cest affaire
Qui veullent la pomme cueillie
Sur la branche estre rebaillée
365Et retourner pour la perfaire:
Dont s’abusent à cela faire.
    Nonobstant que aucuns gens se avans
Philosophes et bien parlans
Ont tres bien parlé par leurs dictz,
370Disantz sans aucuns contredictz
Que le soleil, avec la Lune,
Et mercure, qu’est oportune,
Conjoinctz, tout metaulx imperfaictz
Rendront en œuvre bien perfaictz:
375Ou la plus grand part des gens erre
N’ayant aultre chose sur terre
Soyent vegetaulx, animaulx,
Ou pareillement mineraulx,
Que ces trois estans en un corps.
380Mais les lisantz ne font records
Que iceulx philosophes entenduz
N’ont pas telz motz dictz ny renduz

Pour donner entendre à chascun
Que ce soit or n’argent commun,
385Ny le vulgal mercure aussi:
Ilz ne l’entendent pas ainsi.
Car ilz scavent que telz metaulx
Sont tous mortz, pour vray, sans defaulx,
Et que jamais plus ne prendront
390Substance: ainsi demoureront
Et l’un à l’autre n’aydera
Pour le perfaire, ains demeurera.
Car il est vray certainement
Que ce sont les fruictz vrayement
395Cueilliz des arbres avant saison
Les laissant la pour tel raison:
Car dessus iceulx en cherchant
Ne trouvent ce qu’ilz vont querant.
Ilz scavent assez bien, que iceulx
400N’ont aultre chose que pour eulx:
Parquoy sen vont chercher le fruict
Sur l’arbre qui à eulx bien duict,
Lequel s’engrosse et multiplie
Dejour en jour, tant qu’arbre en plie.
405Joye ont de veoir tele besongne.
Par ce moyen l’arbre on empoigne,
Sans cueillir le fruict nullement,
Pour le replanter noblement
En autre terre, plus fertile,
410Plus triumphante, et plus gentille,
Et que donner a nourriture
En un seul jour par adventure

Au fruict, qu’en cent ans il n’auroit
Si au premier terrover estoit.
415Par ce moyen donc fault entendre,
Que le mercure il convient prendre,
Qui est l’arbre tant estimé,
Veneré, clamé, et aimé,
Ayant avec luy le soleil
420Et la lune d’un appareil,
Lesquelz separéz point ne font
L’un de l’autre, mais ensemble ont
La vraye association:
Apres sans prolongation
425Le replanter an autre terre
Plus pres du Soleil, pour acquerre
D’iceluy merveilleux prouffit,
Ou la rosée luy suffist.
Car la ou planté il estoit,
430Le vent incessamment battoit
Et la froidure, en telle sorte
Que peu de fruict fault qu’il rapporte:
Et la demeure longuement,
Pourtant petitz fruictz seuleument.
435     Les philosophes ont un jardin
Ou le Soleil soir et matin
Et jour et nuict est à toute heure
Et incessament y demeure
Avec une doulce rosée,
440Par laquelle est bien arrosée
La terre pourtant arbres et fruictz
Qui la font plantéz et conduictz

Et prennent deue nourriture
Par une plaisante pasture.
445Ainsi de jour en jour s’amendent
Recepvuantz fort doulce prebende,
Et la demeurent plus puissantz
Et fortz, sans estre languissantz
En moins d’un an, ou environ,
450Qu’en dix mil, cela nous diron,
N’eussent faict la ou ilz estoyent
Plantez ou les froictz les battoyent.
Et pour mieux la matiere entendre,
C’est à dire qu’il les fault prendre,
455Et puis les mettre dens un four
Sur le feu ou soyent nuict et jour.
Mais le feu de bois ne doibt estre
Ny de charbon: mais pour cognoistre
Quel feu te sera bien duisant,
460Fault que soit feu clair et luisant,
Ny plus ny moins que le Soleil.
De tel feu feras appareil:
Lequel ne doibt estre plus chauld
Ny plus ardent, sans nul default,
465Mais tousjours une chaleur mesme
Fault que soit, notez bien ce théme:
Car la vapeur est la rosée,
Qui gardera d’estre alterée
La semence de tous metaulx.
470Tu vois que les fruictz vegetaulx
S’ilz ont chaleur trop fort ardente
Sans rosée en petite attente

Sec & transy demourera
Le fructit sur la branche, et mourra,
475Ou en nulle perfection
Ne viendra, pour conclusion.
Mais sil est nourry en chaleur
Avec une humide moisteur,
Il sera beau et triumphant
480Sur larbre ou ou prent nourrissement.
Car chaleur et humidité
Est nourriture en verité
De toutes choses de ce monde
Ayant vie, sur ce me fonde,
485Comme animaulx et vegetaux
Et pareillement mineraux.
Chaleur de boys et de charbon,
Cela ne leur est pas trop bon.
Ce sont chaleurs fort violentes
490Et ne sont pas si nourrissantes
Que celle qui du Soleil vient:
Laquelle chaleur entretient
Chascune chose corporelle,
Pour autant quelle est naturelle.
495Parquoy philosophes scavans
Et de nature cognoissans,
Nont autre feu voulu eslire
Pour eulx, à la verité dire,
Que de nature aulcunement
500Laquelle ilz suivent mesmement.
Non pas que philosophe face
Ce que nature fait et trace

Car nature ha toupte chose
Crée, comme ici je lexpose,
505Tant vegetaulx que mineraulx,
Semblablement les animaulx,
Chascun selon son vray degré
Generante ou elle à priz gré
Comme s’estend sa dominance.
510Non pas que je donne sentence
Que les homes par leurs artz font
Choses natureles et perfont.
Mais il est bien vray quand nature
A formé par sa grande facture
515Les choses devant dictes, l’home
Luy peut ayder, et entendz comme,
Apres par art, à les perfaire
Plus que nature ne peut faire.
Par ce moyen les philosophes
520Scavans et gens de grosse estoffe,
Pour du vray tous vous informer,
Autrement n’ont voulu œuvrer,
Qu’en nature avec la lune
Au mercure mere opportune,
525Duquel apres en general
Font mercure philosophal,
Lequel est plus puyssant et fort,
Quand vient à faire son effort.
Que n’est pas celluy de nature.
530Cela scavent les creatures
Car le mercure devant dit
De nature sans nul desdit,

N’est bon que pour simples metaulx
Perfaictz imperfaictz froids ou chaulds.
535Mais le mercure du scavant
Philosophe, est si triumphant,
Que pour metaulx plus que perfaictz
Est bon, et pour les imperfaictz
A la fin pour les tous perfaire
540Et soubdainement les refaire,
Sans y rien diminuer
Adjouster mettre ny muer.
Comme nature les à mis
Les laisse sans rien estre obmitz.
545Non que je dye toutefoys
Que les Philosophes tous troys
Les conjoignent ensemble pour faire
Leur mercure, et le perfaire
Comme font un taz d’alchymistes
550Qui en scavoir ne sont trop mistes,
Ny aussi beaucoup sage gent
Qui prenent lor commun, largent,
Avec le mercure vulgal,
Puis apres leur font tant de mal
555Les tourmentant de tele sorte,
Qu’il semble que fouldre les porte:
Et par leur folle fantasie
Abusion et resverye,
Le mercure en cuydent faire
560Des philosophes et perfaire:
Mais jamais pervenir ny peuvent,
Ainsi abusez ilz se trouvent,

Qui est la premiere matiere
De la pierre, et vraye miniere.
565Mais jamais ilz ny parviendront
Ne aulcun bien y trouveront
S’ilz ne vont dessus la montaigne
Des sept, ou n’y a nulle plaine
Et par dessus regarderont
570Les six que de loing ilz verront:
Et au dessus de la plus haulte
Montaigne, cognoistront sans faulte
L’Herbe triomphante royale
Laquelle est nommé minerale
575Aulcuns philosophes et herbale.
Appellée est saturniale:
Alias.lecter.Mais laisser le marc il convient
Et prendre le jus qui en vient
Pur et nect: de cecy t’advise
580Pour mieux entendre ceste guyse:
Car d elle tu pourras bien faire
La plus grand part de ton affaire.
C’est le vray mercure gentil
Des philosophes tressubtil,
585Lequel tu mettras en ta manche.
En premier toute l’œuvre blanche,
Et la rouge semblablement,
Si mes ditz entends bonnement.
Esliz celle que tu vouldras
590Et soyez seur que tu lauras.
Car des deux n’est qu’une pratique
Qu’est souveraine et authentique.

Toutes deux se font par voye vue,
C’est ascavoir soleil et lune.
595Ainsi leur practique raporte
Du blanc et rouge, en telle sorte.
Laquelle est tant simple et aysée,
Qu’une femme fillant fuzée
En rien ne s’en destourbera
600Quand telle besogne fera,
Non plus qua mettre elle feroit
Couvez des œufz quand il fait froit
Soubs une poulle sans laver
Ce que jamais ne fut trouvé.
605Car on ne lave point les œufz
Pour mettre couver vielz, ou neufz
Mais ainsi comme ilz sont faict
Soubs la poulle on les met de faict.
Et ne fait on que les tourner
610Tous les jours et les contourner
Soubs la mere sans plus de plait
Pour soubdain avoir le poullet.
Le tout je l ay declaré ample.
Puis apres se met un exemple
615Premierement ne laveras
Ton mercure mais le prendras
Et le mettras avec son pere,
Qui est le feu ce mot t appere,
Sur les cendres, qui est la paile
620C est enseignement je te baille,
En un voyrre seul qu’est le nid
Sans confiture ny avyz

En seul vaysseau, comme dit est:
De l habitacle, entens que cest
625En un fournel faict par raison,
Lequel est nommé la maison,
Et de luy poullet sourtira
Qui de son sang te guerira
Premier de toute maladie,
630Et de sa chair, quoy que lon dye
Te repaistra, pour ta viande:
De ses plumes, affin que entende,
Il te vestira noblement
Te gardant de froid seurement:
635Dont prieray l’hault createur
Qu’il doint la grace à tout bon cœur
Dalchymistes qui sont sur terre,
Briefvement le poullet conquerre,
Pour en estre alimenté,
640Nourry et tresbien substanté.
Comme ce peu que Icy declare
Me vient du hault Dieu nostre pere,
Qui pour sa benigne bonté
Le m’a donné en charité:
645Dont vous faiz ce present petit,
Affin que meilleur appetit
Ayez cherchantz et fuyuantz train
Qu’il vous monstre soir et matin:
Lequel j’ay mis soubs un sommaire,
650Affin qu’entendiez mieulx l’affaire
Selon des philosophes sages
Les dictz, qu'entendez d avantage.

Je parle un peu ruralement:
Parquoy ie vous prie humblement
655De m’excuser & en gré prendre,
Et à fort chercher tousjours tendre.

F I N.




Aultres vers touchant le mesme art

l’auteur desquelz ne s’est nomé.


En mercure est ceque querons:
De luy eſprit & corps tyrons
Et ame auſsi, d’ou ſort teincture
Sur toutes aultres nette & pure.
C'eſt une humeur treſprecieuſe,
Rendant la personne Ioyeuſe.
Faicte est de terre, eau, air, & feu:
Le corps purgé, leſprit conceu
Apres vient la fontaine claire,
Que ne tient en ſoy choſe amere.
Au fond del’giſt le verd ſerpent,
Ou lyon verd, qui la s’ſspand.
Si on l’eſueille, il monte en hault:
Apres chet quand le cœur luy fault.
Tant il ſe laue & tant ſe baigne,
Que comme rouge appert ſa trongue:
Tant est laué d’eaue de vie,
Qu’apres on ne le cognoist mye.
Puis ſe tourne en pierre treſdigne,
Blanche premier, & puis citrine.
Tant amoreuſe eſt à la veoir,
Qu'on peut priſer ſon auoir.

Metz donc ta cuve En un fournel,
Au vray mercure Qui se faict bel
Qu’a faict nature. De jour en jour
Avec son pere Par vray amour
Faict son repaire, Sans nul secour,
Ou il prospere: Et se fixe
C’est pour perfaire Tout propice
Les imperfaictz Sans espice,
Ordz et infectz. Pour guerir
Mais fault que face Ton esprit
Que le deface Sans peril
De prime face: S’ainsi le fais
Pour le refaire Tous les infectz
Et satisfaire Seront perfectz.
A ton affaire. Dieu te doint grace
C’est le subject Et peu d'espace
Mys au vaissel Que le tout face.


FIN.




DEFENSE DE LA
SCIENCE VVLGAIREMENT
APPELLEE ALCHYMIE,
& des honneſtes perſonages
qui vaquent à elle : contre les
effortz que I. Girard mect
à les oultrager.




Apres que les preſentz autheurs de la transformation metallique, ont eſté mis en equipage pour recepvoir ornement de L’imprimerie, & de la ſourtir en public, Ilz m’ont ſemblé à bon droict requerir compagnie de quelque legitime défenſe, contre les detracteurs & calomniateurs de leurs profeßion. Mais de ma part ayant bon vouloir de leur ſatisfaire en ce que ie pourrois, ay conſideré que pour reſpondre equitablement à tous les uniques eſcriptz leſquels on trouveroit de telz adverſaires, beſoing ſeroit vſser d’aultre, & plus long langage que ce lieu ne demanderoit : & à ceſte cauſe (ſans en amener aultre) qu’il falloit icy ſe depourter d’entreprendre telle beſongne, & faire eſſay en vue moindre, ce neãtmoins meſme fin propoſer. Or eſt il certain que ie n’ay encore Page:De la transformation metallique.djvu/138Page:De la transformation metallique.djvu/139Page:De la transformation metallique.djvu/140Page:De la transformation metallique.djvu/141Page:De la transformation metallique.djvu/142Page:De la transformation metallique.djvu/143Page:De la transformation metallique.djvu/144Page:De la transformation metallique.djvu/145Page:De la transformation metallique.djvu/146Page:De la transformation metallique.djvu/147Page:De la transformation metallique.djvu/148Page:De la transformation metallique.djvu/149Page:De la transformation metallique.djvu/150Page:De la transformation metallique.djvu/151Page:De la transformation metallique.djvu/152Page:De la transformation metallique.djvu/153Page:De la transformation metallique.djvu/154Page:De la transformation metallique.djvu/155Page:De la transformation metallique.djvu/156Page:De la transformation metallique.djvu/157Page:De la transformation metallique.djvu/158