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Œuvres complètes (1552)
Alphonse Lemerre (2 : Le Tiers Livre, Le Quart Livrep. 346-348).

Continuation de la tempeste, & brief discours sus testamens faictz sus mer.

Chapitre XXI.



Faire testament (dist Epistemon) à ceste heure qu’il nous convient evertuer & secourir nostre chorme sus poine de faire naufraige, me semble acte autant importun & mal à propous comme celluy des Lances pesades & mignons de Cæsar entrant en Gaule, les qeulz se amusoient à faire testamens & codicilles, lamentoient leurs fortune, plouroient l’absence de leurs femmes & amys Romains, lors que par necessité leurs convenoit courir aux armes, & soy evertuer contre Ariovistus leur ennemy. C’est sottize telle que du charretier lequel sa charrette versée par un retouble, à genoilz imploroit l’ayde de Hercules, & ne aiguillonnoit ses beufz & ne mettoit la main pour soublever les roues. De quoy vous servira icy faire testament ? Car ou nous evaderons ce dangier, ou nous serons nayez. Si evadons il ne vous servira de rien. Testamens ne sont valables ne auctorisez si non par mort des testateurs. Si sommes nayez, ne nayera il pas comme nous ? Qui le portera aux executeurs ?

Quelque bonne vague (respondit Panurge) le iectera à bourt, comme feit Ulyxes : & quelque fille de Roy allant à l’esbat sus le serain le rencontrera : puis le fera tresbien executer : & près le rivaige me fera eriger quelque magnificque cenotaphe : comme feit Dido à son mary Sichée, Æneas à Deiphobus sus le rivaige de Troie près Rhœte : Andromache à Hector, en la cité de Butrot. Aristoteles à Hermias & Eubulus. Les Atheniens au poëte Euripides, les Romains à Drufus en Germanie, & à Alexandre Sevère leur empereur en Gaulle, Argentier à Callaischre. Xenocrite à Lysidices. Timares à son filz Teleutagiores. Eupolis & Aristodice à leur filz Theotime. Onestes à Timocles. Callimache à Sopolis filz de Dioclides. Catulle à son frère, Statius à son père, Germain de Brie à Hervé le nauchier Breton.

Resvez tu ? (dist frère Ian) Ayde icy de part cinq cens mille & millions de charretées de Diables, ayde que le cancre te puisse venir aux moustaches, & troys razes de anguonnages, pour te faire un hault de chausses, & nouvelle braguette. Nostre nauf est elle encarée ? vertus Dieu comment la remolquerons nous ? Que tous les diables de coup de mer voicy ? Nous n’eschapperons iamais, ou ie me donne à tous les Diables.

Allors feut ouye une piteuse exclamation de Pantagruel disant à haulte voix. Seigneur Dieu, saulve nous. Nous perissons. Non toutesfoys advieigne scelon nos affections. Mais ta saincte volunté soit faicte.

Dieu (dist Panurge) & la benoiste Vierge soient avecques nous. Holos, holas, ie naye. Bebebebous, bebe bous, bous, In manus. Vray Dieu envoye moy quelque daulphin pour me saulver en terre comme un beau petit Arion. Ie sonneray bien de la harpe, si elle n’est desmanchée.

Ie me donne à tous les Diables (dist frère Ian) (Dieu soit avecques nous disoyt Panurge entre les dents) si ie descens là, ie te monstreray par evidence que tes couillons pendent au cul d’un veau coquart, cornart, escorné. Mgnan Mgnan, Mgnan. Vien icy nous ayder grand veau pleurart de par trente millions de Diables, qui te saultent au corps. Viendras tu ? ô veau marin. Fy qu’il est laid le pleurart. Vous ne dictes aultre chose ? Cza ioyeulx Tirouoir en avant, que ie vous espluche à contrepoil. Beatus vir qui non abiit. Ie sçay tout cecy par cœur. Voyons la legende de monsieur sainct Nicolas.

Horrida tempestas montem turbavit acutum.
Tempeste feut un grand fouetteur d’escholiers au collège de Montagu. Si par fouetter paouvres petitz enfans escholiers innocens les Pedagogues sont damnez, il est sus mon honneur, en la roue de Ixion, fouettant le chien courtault qui l’esbranle. S’ilz sont par enfans innocens fouetter saulvez, il doibt estre au dessus des…