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Comment par Chiquanous sont renouvelées les antiques coustumes des fiansailles.

Chapitre XV.



Chiqvanovs avoir degouzillé une grande tasse de vin Breton, dist au seigneur. Monsieur comment l’entendez vous ? L’on ne baille poinct icy des nopces ? Sainsambreguoy toutes bonnes coustumes se perdent. Aussi ne trouve l’on plus de lièvres au giste. Il n’est plus d’amys. Voyez comment en plusieurs ecclises on a desemparé les antiques beuvettes des benoists saincts O O, de Noël. Le monde ne faict plus que resver. Il approche de sa fin. Or tenez. Des nopces, des nopces, des nopces.

Ce disant frappoit sur Basché & sa femme, après sus les damoiselles, & sus Oudart : Adoncques feirent guanteletz leur exploict, si que à Chiquanous feut rompue la teste en neuf endroictz : à un des Records feut le bras droict defaucillé, à l’aultre feut demanchée la mandibule superieure, de mode qu’elle luy couvroit le menton à demy, avecques denudation de la luette, & perte insigne des dents molares, masticatoires, & canines. Au son du tabourin changeant son intonation feurent les Guantelez mussez, sans estre aulcunement apperceuz, & confictures multipliées de nouveau, avecques liesse nouvelle. Beuvans les bons compaignons uns aux aultres, & tous à Chiquanous & ses Records, Oudart renioit & despitoit les nopces, alleguant qu’un des Records luy avoit desincornifistibulé toute l’aultre espaule. Ce non obstant beuvoit à luy ioyeusement. Le Records demantibulé ioingnoit les mains, & tacitement luy demandoit pardon. Car parler ne povoit il.

Loyre se plaignoit de ce que le Record debradé luy avoit donné si grand coup de poing sus l’aultze coubté, qu’il en estoit devenu tout esperruquancluzelubelouzerirelu du talon.

Mais (disoit Trudon cachant l’œil guausche avecque son mouchouoir, & monstrant son tabourin defoncé d’un cousté) quel mal leurs avoys ie faict ? Il ne leurs a suffi m’avoir ainsi lourdement morrambouzevezengouzequoquemorguatasacbacguevezinemaffressé mon paouvre œil : d’abondant ilz m’ont defoncé mon tabourin. Tabourins à nopces sont ordinairement battuz : tabourineurs bien festoyez, battuz iamais. Le Diable s’en puisse coyffer.

Frère (luy dist Chiquanous manchot) ie te donneray unes belles, grandes, vieilles letres Royaulx, que i’ay icy en mon baudrier, pour repetasser ton tabourin : & pour Dieu pardonne nous. Par nostre dame de Rivière, la belle dame, ie n’y pensois en mal.

Un des escuyers chopant & boytant contrefaisoit le bon & noble seigneur de la Roche Posay. Il s’adressa au records embavieré de machouères, & luy dist. Estez vous des Frapins, des frappeurs, ou des Frappars ? Ne vous suffisoit nous avoir ainsi morcrocassebezassevezassegrigueliguoscopapopondrillé tous les membres superieurs à grands coups de bobelins, sans nous donner telz morderegrippipiotabirofreluchamburelurecoquelurintimpanemens sus les gresves à belles poinctes de houzeaulx. Appellez vous cela ieu de ieunesse ? Par Dieu, ieu n’est ce. Le Records ioignant les mains sembloit luy en requerir pardon, marmonnant de la langue, mon, mon, mon, vrelon, von, von : comme un Marmot.

La nouvelle mariée pleurante rioyt, riante pleuroyt, de ce que Chiquanous ne s’estoit contenté la daubbant sans choys ne election des membres : mais l’avoir lourdement deschevelée d’abondant luy avoit trepignemanpenillorifrizonoufressuré les parties honteuses en trahison.

Le diable (dist Basché) y ayt part. Il estoit bien necessaire, que monsieur le Roy (ainsi se nomment Chiquanous) me daubbast ainsi ma bonne femme d’eschine. Ie ne luy en veulx mal toutesfoys. Ce sont petites charesses nuptiales. Mais ie apperçoy clerement qu’il m’a cité en Ange, & daubbé en Diable. Il tient ie ne sçay quoy du frère Frappart. Ie boy à luy de bien bon cœur, & à vous aussi messieurs les Records.

Mais disoit sa femme, à quel propous, & sus quelle querelle, m’a il tant & trestant festoyée à grands coups de poing ? Le Diantre l’emport, si ie le veulx. Ie ne le veulx pourtant pas, ma Dia. Mais ie diray cela de luy, qu’il a les plus dures oinces, qu’oncques ie senty sus mes espaulles.

Le maistre d’hostel tenoit son braz guausche en escharpe, comme tout morquaquoquassé : le Diable, dist il, me feist bien assister à ces nopces. I’en ay, par la vertus Dieu, tous les braz enguoulevezinemassez. Appellez vous cecy fiansailles. Ie les appelle fiantailles de merde. C’est, par Dieu, le naïf bancquet des Lapithes, descript par le philosophe Samosatoys. Chiquanous ne parloit plus. Les Records s’excusèrent, qu’en daubbant ainsi n’avoient eu maligne volunté : & que pour l’amour de Dieu on leurs pardonnast. Ainsi departent. A demye lieue de là Chiquanous se trouva un peu mal. Les Records arrivèrent à l’isle Bouchard, disans publicquement que iamais n’avoient veu plus home de bien que le seigneur de Basché, ne maison plus honorable que la sienne. Ensemble que iamais n’avoient esté à telles nopces. Mais toute la faulte venoit d’eulx, qui avoient commencé la frapperie. Et vesquirent encores ne sçay quants iours après. De là en hors feut tenu comme chose certaine, que l’argent de Basché plus estoit aux Chiquanous & Records pestilent, mortel, & pernicieux, que n’estoit iadis l’or de Tholose, & le cheval Seian, à ceulx qui le possedèrent. Depuys feut ledict Seigneur en repous, & les nopces de Basché en proverbe commun.