Le Prix “Vie heureuse”/Mlle André Corthis

Anonyme
Hachette et Cie (p. 54).


LA LAURÉATE DE 1906

Mademoiselle André Corthis, à qui le Comité du « Prix Vie Heureuse » vient d’attribuer son prix, est l’auteur d’un délicat volume de vers : Gemmes et Moires.

Sous son titre éclatant, c’est un livre intime, sentimental et humain, dont M. Chantavoine a pu dire :

« Si j’ai bien compris ou bien deviné cette jeune âme que je découvrais ou que je croyais découvrir entre les pages de son livre, comme on devine à son petit bruit une source cachée, il m’a semblé que c’était une âme un peu subtile et nostalgique, mais tendre, artiste et chrétienne. Ce sont, à mon gré, les cinq nuances, les cinq aspects de cette nature de poète qui en est encore à ses premières émotions, les cinq cordes de cette jeune lyre très féminine.

« Ce livre a un premier mérite à mes yeux : il est l’image et le reflet fidèle d’une personne, et c’est moins encore une œuvre d’art qu’une œuvre d’abandon ou plutôt d’effusion contenue et de vérité. Les vers heureux et bienvenus, naturels, spontanés, irréfléchis, abondent dans ce petit livre et, comme disent les nous, « il n y a qu a se bonnes femmes de chez nous, « il n’y a qu’à se baisser pour en cueillir ». Rien ne trahit l’artifice et la préméditation, la recherche de l’attitude intéressante de la coquetterie, de l’expression rare et raffinée : c’est une fleur qui a poussé toute seule, une source claire qui sort en chantant de la colline, un nuage qui passe sur le front, une larme tombée des yeux…

« Rien de plus rare par le temps qui court, où il y a tant de mensonge, même en littérature ; rien, d’ailleurs, n’a jamais été plus rare et plus prenant que cette poésie venue du cœur, qui s’adresse à d’autres cœurs, que cette palpitation même de l’âme dont le rythme des vers accompagne et prolonge le mouvement… »