Le Prix “Vie heureuse”/M. Romain Rolland

Anonyme
Hachette et Cie (p. 52-53).

Monsieur Romain Rolland


Le prix de la Vie Heureuse a été décerné en décembre 1905 à M. Romain Rolland, pour son roman Jean-Christophe.

Il suffit de signaler ici les études musicales de M. Romain Rolland, sa thèse de doctorat sur l’opéra français, ses articles. Il faut dire un mot cependant, pour l’intelligence de Jean-Christophe, de la Vie de Beethoven, parue, avant le roman, dans les Cahiers de la quinzaine.

Cette Vie est une merveille d’intelligence et d’émotion. Peut-être est-elle plus composée qu’une biographie ne peut l’être ; mais on ne peut se défendre de son charme. Elle est construite sur ce motif : à mesure que les épreuves s’abattent plus lourdes sur Beethoven, son âme s’allège et s’exalte ; et c’est enfin, quand pauvre, méconnu, sourd, trahi par son neveu, il nous paraît, déjà près de sa fin, au plus noir de l’infortune, que son génie, délivré peut-être par la souffrance même, et définitivement vainqueur, plane déjà dans la sérénité magnifique des dieux et compose l’Hymne à la Joie de la IXe Symphonie. Ainsi chez Beethoven, la vie apparente et la vie intérieure suivent deux lignes opposées. C’est la noblesse de la nature humaine qu’il en soit ainsi ; par la supériorité de son âme au destin, Beethoven est un de ceux qui honorent davantage cette nature et que les Allemands appellent d’un beau mot, Geisteshelden, des héros de l’esprit.

Jean-Christophe, c’est Beethoven enfant. On le reconnaît à mille traits, ne serait-ce qu’à sa carrure et à sa violence. Tel est le thème, un des plus beaux que l’imagination puisse concevoir : M. Romain Rolland a noté depuis les plus flottants souvenirs, l’éveil d’un enfant, qui sera un artiste ; les premières émotions, les désespoirs, les malices, les rêveries, la déformation des figures.


M. Romain Rolland, qui a reçu le prix en 1905.