Le Pays des rêves

Les Ailes d’or : poésies nouvelles, 1878-1880Bibliothèque-Charpentier (p. 111-114).

LE PAYS DES RÊVES

I

Veux-tu qu’au beau pays des Rêves
Nous allions la main dans la main ?
Plus haut que l’odeur du jasmin,
Plus loin que la plainte des grèves,
Veux-tu, du beau pays des Rêves,
Tous les deux chercher le chemin ?

J’ai taillé dans l’azur les toiles
Du vaisseau qui nous portera,
Et doucement nous conduira
Jusqu’au verger d’or des étoiles.
J’ai taillé dans l’azur les toiles
Du vaisseau qui nous conduira.

Mais combien la terre est lointaine
Que poursuivent ses blancs sillons !
Au caprice des papillons
Demandons la route incertaine :
Ah ! combien la terre est lointaine
Où fleurissent nos visions !

Vois-tu le beau pays des Rêves
Est trop haut pour les pas humains.
Respirons à deux les jasmins
Et chantons encor sur les grèves.
— Vois-tu : — le beau pays des Rêves,
L’amour seul en sait les chemins !

II

Derrière les soleils couchés,
Mes anciens rêves sont penchés
Au bord des sources épuisées,
Et, mélancoliques oiseaux,
Regardent fuir avec les eaux,
Les jours morts et les fleurs brisées.

Le long des chemins désertés,
Mes anciens rêves sont restés
Dans les dépouilles du feuillage ;
Ils regardent l’hiver passer
Et, sous la neige, s’effacer
De mes pas lointains le sillage.

Et, tant que des jours me luiront,
Mes anciens rêves veilleront
Au seuil de ma vie écoulée ;
Mais quand je serai délivré,
Vers la tombe où je dormirai
Ils reprendront leur envolée !