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Le Parnasse contemporain/1876/« La grâce un peu sévère, et pourtant souveraine »

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Le Parnasse contemporain : Recueil de vers nouveauxSlatkine ReprintsIII. 1876 (p. 360-363).




GUSTAVE RINGAL

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I


La grâce un peu sévère, et pourtant souveraine,
Des femmes au cœur fort qui font un rêve altier
Met dans l’étrange éclat de vos regards d’acier
Une tranquillité froide autant que sereine.

Le ciel vous fit déesse encor plus que sirène,
Et l’immortelle au svelte et fauve lévrier,
Fière d’une vertu que rien ne fit plier,
Attacha son croissant à vos cheveux de reine.

Car vous avez l’ardeur vivante et sans merci
De la blonde déesse en qui ne fut souci
Que des meutes courant au loin dans la clairière ;

Cependant que Cypris, fille du flot amer,
Au travers de la brume ardente de la mer,
Sourit aux tritons verts qu’irise la lumière.



II


Iris, je me meurs de tristesse,
Et si vous repoussez encor
La prière qu’il vous adresse,
C’en est fait du pauvre Alcindor.

On dirait que l’heure vous presse,
Cruelle, de me savoir mort ;
Faites donc un suprême effort
Et soyez un peu moins tigresse.

Ordonnez ce qu’il vous plaira,
Belle princesse, on le fera,
Pieds et poings liés je me livre.

En revanche je ne veux rien
Si ce n’est le souverain bien,
Laissez-moi vous aimer pour vivre.





III


Mon cœur est à vos pieds, Céphise,
Baissez-vous et le ramassez ;
Cent trésors y sont entassés,
C’est comme une boîte à surprise.

Il n’est point de ceux qu’on méprise ;
Les sentiments les mieux portés,
Les délicatesses de mise,
Tout s’y trouve à foison, comptez.

Vous semblez donter de mon dire,
Mais de l’œillade et du sourire
Vous avez beau vous escrimer ;

Comme tous les porteurs de lyre
J’ai l’âme tendre d’un Tityre,
Et veux vivre pour vous aimer.





IV


Vous ne naquîtes point pour ces métamorphoses
Où l’art du statuaire, égal à l’art des Dieux,
D’un bloc de marbre blanc fait jaillir vers les cieux
Une statue en des splendeurs d’apothéoses.

Car le marbre est trop dur pour vos félines poses,
Enchantement sans fin de l’esprit et des yeux,
Et le ciel a pétri vos traits délicieux
Avec la chair des lys mêlée au sang des roses.

Pure comme la neige au sommet du glacier,
Fière comme autrefois les guerrières de Thrace,
Vos pas ne savent point du mal la sombre trace,

Et dans vos yeux charmeurs tout alanguis de grâce
On voit au plus profond luire un reflet d’acier
Où la douceur s’allie à l’orgueil de la race.