Le Pôle meurtrier/07


LA TENTE OÙ ONT ÉTÉ RETROUVÉS LES CORPS DU CAPITAINE SCOTT, DU LIEUTENANT BOWERS ET DU Dr WILSON.


LE PÔLE MEURTRIER[1]

JOURNAL DE ROUTE DU CAPITAINE SCOTT
Adapté par M. Charles Rabot


VII. — LE DÉSASTRE


Froids terribles. — Piste de plus en plus mauvaise. — Oates a les pieds gelés et ne peut plus marcher. — Sa grandeur d’âme. — Sa mort héroïque. — La fin n’est plus loin pour les autres. — Les adieux de Scott aux siens, à ses amis. — Son noble message au public.


LES SKIS DES HÉROS DU PÔLE.


Vendredi, 2 mars. — Jamais une mauvaise fortune n’arrive seule. Lorsque dans l’après-midi d’hier, nous avons atteint le dépôt, trois nouveaux coups du sort sont venus aggraver singulièrement notre position. D’abord, l’approvisionnement de pétrole que renferme ce cairn est très maigre ; même avec la plus rigoureuse économie, il ne durera pas jusqu’à la prochaine cache. En second lieu, les orteils d’Oates ont fort mauvais aspect : ils ont été évidemment gelés lors des derniers froids intenses. Enfin, la nuit, le thermomètre est tombé au-dessous de −40°. Ce matin, nous avons employé plus d’une heure et demie à nous chausser. Quoi qu’il en soit, avant 8 heures nous sommes en route. Ayant perdu les anciennes traces, nous faisons route au Nord-Ouest, mais sans réussir à les retrouver. Bientôt la situation est rendue encore plus grave par une piste abominable. En dépit du vent et de la voile, nous ne parcourons que 10 kilomètres.

Samedi, 3 mars. — Hier retrouvé la piste : nous étions trop à l’Est ! Fait tout près de 18 kilom. et demi ; la situation a semblé alors devenir meilleure ; ce matin, en revanche, l’avenir s’annonce plus sombre que jamais. Après un bon départ avec brise favorable, progrès rapides pendant une heure, ensuite la piste devient atroce. Avec cela vent debout ; tout nous est contraire ! Après quatre heures et demie de route, la fatigue nous oblige à camper. Parcouru seulement 8 kilom. 3.

Il n’y a pas de notre faute, certes ! Ce matin, nous avons tiré de toutes nos forces, mais sur plus des trois quarts de la distance parcourue la neige collait et le vent était très violent ; si bien que nous étions hors d’état de mouvoir le traîneau et par moments même de marcher. Que Dieu ait pitié de nous !

Dimanche, 4 mars. — En vérité, la situation est très sombre. Hier soir, comme d’habitude, au moment du dîner, nous avons oublié les dangers de la position. Après un excellent rata, nous nous sommes fourrés dans nos sacs et avons parfaitement dormi. Le lendemain, au réveil, un second rata, puis en route. Pendant la matinée ; nous tirons de toutes nos forces pour ne couvrir que 6 kilom. 5 en quatre heures et demie.

Nous sommes à 78 kilomètres environ du prochain dépôt, avec une semaine de vivres, et seulement trois ou quatre jours de pétrole. La consommation du combustible a été réglée aussi économiquement que possible, par contre l’effort que nous devons produire nous empêche de réduire les rations.

Quoique la situation soit très grave, aucun de nous n’est encore découragé. Tous nous faisons même preuve d’entrain, mais le cœur se serre quand le traîneau s’arrête sur quelque sastrugi. Pour le moment le thermomètre marque −28°,8 environ. Cette atténuation de la température nous procure un peu de bien-être, mais un nouveau coup de froid est à redouter. Je crains qu’Oates et peut-être d’autres ne puissent le supporter. Que la Providence nous vienne en aide ! Nous n’avons plus grand’chose à attendre des hommes, sinon quelques rations supplémentaires au prochain dépôt.

Lundi, 5 mars. — Cela va de mal en pis. Hier, dans l’après-midi, un peu de vent. Nous nous sommes couchés, après avoir avalé une tasse de cacao et du pemmican qui a été simplement dégelé.

Oates a les pieds en piteux état. La nuit dernière, l’un a beaucoup enflé et, maintenant, notre camarade boite. Ce matin, marche de cinq heures sur une piste un peu moins mauvaise, quoique couverte de sastrugi.

La provision de combustible est terriblement basse ; le pauvre Oates presque à bout de forces. Quelle affliction nous ressentons de ne rien pouvoir pour le soulager ; une nourriture chaude plus abondante lui procurerait peut-être un peu de bien-être, mais si peu !

Nul n’aurait prévu un froid aussi intense. Avec le plus admirable dévouement, Wilson soigne les pieds d’Oates ; aussi, de nous tous, reste-t-il le plus longtemps exposé aux rigueurs de la température. Nous ne pouvons pas nous prêter mutuellement secours, chacun étant absorbé par les soins que réclame son état.

Malgré la marche, le froid nous envahit et le vent perce nos vêtements, en dépit de leur épaisseur. L’entrain persiste néanmoins, lorsque nous sommes réunis sous la tente. Nous voulons finir la partie avec honneur, mais quelle épreuve que ce traînage épuisant ! Nous sommes glacés et à bout de forces.

LES CATARACTES DE GLACES.

Mardi, 6 mars. — Le début de la journée a été atroce. La nuit avait été chaude et, pour la première fois depuis le début de l’expédition, j’ai dormi plus d’une heure de trop ; ensuite nous avons été très longs à nous chausser. Après cela, tirant de toutes nos forces (c’est une question de vie), nous avons eu grand peine à couvrir plus de 1 850 mètres à l’heure. Le ciel s’est alors couvert et trois fois il a fallu s’arrêter pour rechercher les anciennes traces. Résultat : un peu moins de 6 kilom. et demi dans la matinée.

Actuellement le soleil brille dans un ciel calme. Le pauvre Oates, hors d’état de haler, s’asseoit sur le traîneau pendant que nous cherchons la route. Son courage est admirable. Ses pieds doivent le faire beaucoup souffrir ; néanmoins, pas une plainte ne lui échappe.

Ce matin, quoique le vent soit assez vif, le traîneau est lourd comme du plomb. Si tous nous étions bien portants, je garderais l’espoir d’en sortir, mais, quoique, en dépit de ses souffrances, il fasse tout ce qu’il peut, le pauvre Oates nous retarde singulièrement.

Mercredi, 7 mars. — Situation encore un peu plus grave : un des pieds de Oates est en très mauvais état ; extraordinaire est son courage. Nous parlons encore de ce que nous ferons une fois de retour au pays.

30 kilomètres nous séparent encore du dépôt. Si les approvisionnements qu’il doit renfermer sont intacts, et si la surface de la Barrière ne change pas, nous atteindrons la cache suivante, mais nous ne pourrons arriver jusqu’à l’One Ton Camp. Contre toute espérance, nous espérons que les attelages de chiens nous attendent au mont Hooper ; donc nous devons faire tous nos efforts pour avancer. Si les bidons de pétrole du prochain dépôt ne sont pas pleins, nous pourrons très difficilement nous tirer d’affaire.

Le dénouement est proche pour le pauvre Oates, et aucun de nous ne sent ses forces augmenter. Malgré l’effort excessif que nous produisons nous sommes encore étonnamment solides. Seule notre abondante alimentation nous soutient.

Jeudi, 8 mars. — Oates ne peut guère s’appuyer sur son pied gauche ; nous chausser est une opération très longue. Je dois rester près d’une heure avec mes mocassins de nuit avant de commencer à changer. Les pieds de Wilson donnent du souci : il se dépense tant pour les autres !

Ce matin, couvert 7 kilom. 5. Plus qu’à 15 kilom. 5 du dépôt, une faible distance, mais sur ce terrain nous ne pouvons effectuer que des étapes moitié plus courtes que celles d’autrefois et, pour ce maigre résultat, nous devons déployer une énergie double. Que trouverons-nous au dépôt ? Si les attelages de chiens y sont venus, il sera possible de couvrir encore une bonne distance, mais si les chiens sont absents et la provision de combustible incomplète, Dieu seul pourra nous sauver.

Samedi, 10 mars. — Les pieds d’Oates encore en plus mauvais état. Rare est son courage ; car il doit se rendre compte qu’il est condamné. Ce matin, il a demandé à Wilson s’il lui restait une chance d’échapper ; naturellement notre bon docteur a répondu n’en rien savoir. En réalité, tout espoir est perdu. S’il finissait maintenant, je doute même que, nous autres, nous puissions nous sauver. Notre seule chance — et elle est bien faible — serait de trouver les chiens.

Le temps est épouvantable, et nos vêtements, couverts de glace, de plus en plus raides. Le pauvre Oates nous retarde. Ce matin, nous avons dû l’attendre longtemps avant de pouvoir nous mettre en route ; par suite, l’effet réconfortant de notre bon déjeuner s’est trouvé presque perdu ; il aurait fallu partir aussitôt levés. Au déjeuner, le même retard se produit. Pauvre garçon ! Le regarder nous fend le cœur. Essayer de le remonter, c’est tout ce que nous pouvons faire.

Hier, nous avons atteint le dépôt du mont Hooper. Peu réconfortant. Tous les approvisionnements en déficit sur ce que nous espérions trouver. Je ne pense pas que quelqu’un soit à blâmer. Les attelages de chiens, qui auraient été notre salut, ont évidemment manqué[2]. Nous voici dans une terrible conjoncture. Ce matin, pendant le déjeuner, calme plat ; lorsque nous levons le camp, la brise commence à souffler et force rapidement. Le reste de la journée, nous le passons sous la tente, balayés par un blizzard atroce.

Dimanche, 11 mars. — Oates est très près de la fin. Ce que nous ferons ou ce qu’il sera, Dieu seul le sait ! Après le déjeuner, nous avons discuté la question. C’est un excellent camarade et un homme d’un très grand courage ; se rendant compte de la situation, il nous a, en quelque sorte, demandé conseil. Que pouvions-nous lui répondre, sinon de marcher tant qu’il en aura la force ? À la suite de cette discussion, j’ai donné pour ainsi dire l’ordre à Wilson de remettre à chacun de nous les moyens de mettre fin à ses souffrances. Nous saurons ainsi ce que nous aurons à faire. Wilson doit choisir entre l’obéissance ou le pillage de sa boite de pharmacie. Chacun de nous est muni de trente tablettes d’opium ; à notre médecin il reste un tube de morphine.

Ce matin, au départ, le ciel est complètement couvert. Impossible de distinguer quoi que ce soit ; perdu les anciennes traces ; ensuite nous avons dû décrire de nombreux zigzags. Couvert 5 kilom. 7 dans la matinée. Halage terriblement dur, comme je m’y attendais. Sur une piste aussi mauvaise, et sans l’aide du vent, 11 kilomètres, c’est à peu près tout ce que nous pouvons faire. Les sacs contiennent encore sept jours de vivres, et ce soir nous serons à peu près à 102 kilomètres de One Ton Camp. 11×7=77, donc un déficit de 25 kilomètres, en admettant que les choses n’aillent pas plus mal. Et la saison avance rapidement.

Lundi, 12 mars. — Hier couvert 12 kilom. 5, moins que la moyenne indispensable. Situation stationnaire. Oates n’aide plus guère au halage ; il a d’ailleurs à peu près perdu l’usage des pieds et des mains. Ce matin 7 kilom. 4 en quatre heures vingt minutes. J’espère en couvrir 5 et demi cet après-midi : 13×6=78. Nous serons ce soir à 78 kilomètres du dépôt. Je doute qu’il nous soit possible de l’atteindre. La piste reste abominable, le froid intense et nos forces diminuent rapidement. Que Dieu nous vienne en aide ! Depuis plus d’une semaine, pas la moindre brise favorable ; par contre, à tout moment, le vent debout.

Mercredi, 14 mars. — Nous nous affaiblissons, et tout nous est contraire. Hier au réveil, violent vent de Nord avec une température de −38°,3. Impossible de marcher contre une telle brise ; nous sommes donc demeurés sous la tente jusqu’à 2 heures. Ensuite 10 kilom. 1. J’aurais voulu marcher plus longtemps mais nous souffrions trop du froid. Dans l’obscurité où nous nous trouvons, les préparatifs du dîner sont longs.

Ce matin, au départ, brise de Sud ; dressé la voile et dépassé un cairn à bonne allure. À mi-chemin, le vent vire au Sud-Ouest ou à l’Ouest-Sud-Ouest ; il passe maintenant à travers nos burberrys et nos moufles. Le pauvre Wilson, transpercé de froid, ne peut retirer ses skis qu’avec peine. Bowers et moi avons établi le camp presque sans aide ; quand à la fin nous sommes entrés sous la tente, nous avons tous ressenti un froid mortel. En ce moment, milieu du jour, la température est à −41°,6 et le vent très fort.

Il faut avancer, mais le dressage de la tente deviendra de plus en plus pénible et dangereux. La mort s’approche : pourvu qu’elle soit douce ! De nouveau le pauvre Oates souffre beaucoup. Je tremble à l’idée de ce que demain nous réserve. C’est seulement au prix des plus grandes précautions que nous autres, encore plus ou moins valides, évitons les morsures de la gelée. Nul n’aurait pu supposer que de pareilles températures puissent se produire à cette époque de l’année et avec de tels vents. C’est effroyable. Nous lutterons jusqu’au dernier biscuit, mais impossible de réduire les rations.

Vendredi, 16 ou 17 mars. — Perdu le souvenir de la date, je suppose la dernière exacte. Les heures sont tragiques. Avant-hier, au déjeuner, le malheureux Oates annonce ne pouvoir aller plus loin et nous demande de l’abandonner dans son sac de couchage. Nous nous y refusons et le persuadons de nous suivre. Malgré ses atroces souffrances, il reprend la lutte et parcourt encore quelques kilomètres. Le soir, notre pauvre camarade est au plus mal. L’heure de sa fin est venue.

Je tiens à relater les détails suivants pour le cas où ces notes seraient retrouvées. Les dernières pensées d’Oates ont été pour sa mère ; avant, il avait manifesté sa satisfaction de penser que son régiment serait fier du courage avec lequel il accueillait la mort. Nous pouvons témoigner de sa bravoure. Pendant des semaines, sans jamais une plainte, il a enduré des souffrances atroces et, jusqu’à la toute dernière heure, il se plaisait à discuter les sujets les plus divers. Il n’a pas voulu perdre, il n’a perdu l’espoir qu’au moment suprême. Voici comment il est mort. Avant-hier soir, il s’endormit, espérant ne plus rouvrir les yeux. Le lendemain hélas ! il se réveilla. À ce moment le blizzard soufflait. Il nous dit alors : « Je sors et serai peut-être quelque temps dehors », puis il disparut dans les tourbillons de neige. Nous ne l’avons plus revu…

Je saisis cette occasion pour affirmer que nous sommes restés jusqu’à la fin auprès de nos camarades malades. Au bas du glacier Beardmore, nous étions à bout de vivres et Evans était sans connaissance ; le salut du reste du détachement aurait exigé son abandon. Mais la Providence, dans sa miséricorde, le rappela à elle. Notre compagnon est mort de mort naturelle ; et nous ne l’avons quitté que deux heures après que tout était fini. Sachant que Oates marchait à la mort, nous avons essayé de l’arrêter, mais nous savions que c’était là l’acte d’un homme courageux et d’un gentleman. Tous nous souhaitons de pouvoir accueillir la mort avec un pareil courage ; assurément, elle n’est plus loin.

Le Tour du monde, nouvelle série-20-p101.jpg

Je ne puis écrire qu’au déjeuner et encore pas tous les jours. Le froid est intense, −40° à midi. Mes compagnons montrent une énergie indomptable ; toujours nous parlons comme si nous devions atteindre la station, mais dans son for intérieur personne, j’en suis certain, ne le croit.

Même en marche nous avons froid, nous ne nous réchauffons que pendant les repas. Hier le blizzard nous a arrêtés et aujourd’hui nous n’avançons que très lentement. Nous sommes au campement des poneys no 14, seulement à deux étapes de poneys du One Ton Camp. Ici, nous laissons le théodolite, un appareil photographique et le sac de couchage d’Oates. Les carnets de route, etc., et les spécimens de géologie emportés à la demande spéciale de Wilson seront retrouvés avec nous ou sur notre traîneau.

Dimanche, 18 mars. — Aujourd’hui à déjeuner, nous sommes à 49 kilomètres du dépôt. La fortune nous est toujours contraire, mais elle peut devenir meilleure. Hier, le vent debout et le chasse-neige ont augmenté. Dans ces conditions, nous avons été forcés de nous arrêter. Vent de Nord-Ouest, force 4 ; température : −37°,2. Aucun être humain ne pourrait supporter pareilles intempéries : nous sommes épuisés.

J’ai perdu presque tous les orteils du pied droit. Pour avoir ajouté une petite cuillerée de poudre de cari à mon pemmican, je souffre d’une violente indigestion. Toute la nuit, les douleurs m’empêchent de dormir. Bowers est le plus solide de tous ; mais la différence n’est pas grande avec les autres. Mes camarades gardent encore – ou prétendent garder encore – bon espoir. Nous avons rempli à moitié la lampe Primus, la provision de pétrole est épuisée et il ne reste plus qu’une très petite quantité d’alcool : c’est notre dernière ressource. Le vent est bon ; peut-être va-t-il faciliter notre marche. À l’aller, l’étape que nous venons d’effectuer aurait semblé ridiculement courte.

Lundi, 19 mars. — Hier soir le montage de la tente a été très pénible. Nous avons souffert horriblement du froid jusqu’après le dîner, composé de pemmican froid, de biscuit et d’une demi-casserole de cacao cuit sur l’alcool. Ensuite nous nous sommes réchauffés et avons tous bien dormi. Aujourd’hui comme d’habitude, départ pénible, le traîneau effroyablement lourd. Nous sommes à 27 kilom. 6 du dépôt : en trois jours nous devrions y arriver. Combien lente est notre allure ! Nous avons encore deux jours de vivres, mais à peine un jour de combustible. Tous nous avons les pieds en piètre état. Wilson est le moins éclopé. Mon pied droit est très mal en point, mais le gauche est bon. Impossible de nous soigner jusqu’à ce que nous puissions absorber des aliments chauds. L’amputation est l’éventualité la plus favorable que je dois envisager. Le mal va-t-il s’étendre ? Le temps ne nous apporte aucun avantage. Le vent passe du Nord au Nord-Ouest. Température : −40°.

Mercredi, 21 mars. — Lundi soir nous sommes arrivés à 20 kilomètres du dépôt. Toute la journée, hier, un violent blizzard nous a immobilisés. Aujourd’hui perdu tout espoir ; Wilson et Bowers vont partir chercher du combustible au dépôt.

Mardi, 22 mars et 23. — Blizzard plus violent que jamais. Wilson et Bowers hors d’état de se mettre en route. Demain, dernière chance ! Plus de combustible et un ou deux jours de vivres seulement nous restent. La mort doit être proche. Nous avons décidé de ne pas hâter sa venue. Nous marcherons vers le dépôt avec ou sans notre matériel et nous mourrons sur la trace.

LA TOMBE DE SCOTT, WILSON ET BOWERS SUR LA GRANDE BARRIÈRE.

Mardi, 29 mars. — Depuis le 21, tempête constante du Sud-Ouest. Le 20, nous avions du combustible pour préparer six tasses de thé et des vivres pour deux jours. Nous nous sommes tenus prêts à partir pour le dépôt, distant de 20 kilomètres, mais toujours d’épais tourbillons de neige chassés par la tempête. Maintenant, tout espoir doit être abandonné. Nous tiendrons jusqu’à la fin, mais nous nous affaiblissons graduellement ; la mort ne peut plus être loin.

C’est épouvantable, je ne puis en écrire plus long. — R. Scott.

Pour l’amour de Dieu, occupez-vous des nôtres.


Dans ce dernier campement, face à face avec la mort, ces trois héros puisèrent dans leur énergie sublime la force pour adresser à leurs proches un suprême adieu. Plusieurs lettres écrites par Scott méritent de trouver place ici à côté de son admirable message au peuple anglais. Les premières sont un ultime témoignage en faveur des deux amis qui furent ses compagnons fidèles jusque dans la mort.


Ma chère Madame Wilson,

Si cette lettre vous parvient, c’est que Bill (Willson) et moi sommes morts ensemble. Maintenant que notre dernier moment approche, je tiens à vous dire combien votre mari a été grand dans ces circonstances : toujours énergique, toujours prêt à se sacrifier pour les autres, ne m’adressant jamais le moindre reproche de l’avoir entraîné dans cette terrible aventure. Il ne souffre pas, heureusement, du moins très peu.

Ses yeux gardent un bon regard bleu d’espérance ; son âme est calme et confiante ; dans sa foi, il se regarde comme un élément des desseins du Tout-Puissant. La seule consolation que je puisse vous apporter, c’est de vous dire qu’il meurt comme il a vécu, en brave et en homme loyal, lui, le meilleur des camarades et le plus sûr des amis.

De tout mon cœur je m’unis à votre douleur. — Votre R. Scott.


Ma chère Madame Bowers,

Cette lettre vous parviendra après une des plus dures épreuves que la vie vous ait réservées.

Je vous écris au moment où nous touchons au terme de notre expédition. Je l’achève en compagnie de deux braves et nobles gentlemen. L’un d’eux est votre fils. Il était devenu un de mes plus chers et de mes plus intimes amis ; j’appréciais son caractère élevé, son intelligence et son énergie. À mesure que les difficultés se sont multipliées, son courage indomptable a grandi ; jamais il n’a faibli et toujours il est demeuré plein d’entrain et d’espoir.

Les voies de la Providence demeurent impénétrables, mais elle doit avoir ses raisons pour qu’un homme si jeune, si vigoureux, qui promettait tant, soit repris par elle. De tout cœur, je m’unis à votre douleur. Jusqu’à la fin, il a parlé de vous et de ses sœurs. C’est la preuve de l’union qui régnait dans votre famille ; peut-être est-il doux de n’avoir à reporter son souvenir que sur des années de bonheur. Jusqu’à la fin il est resté serviable, uniquement préoccupé des autres et plein d’espérance, persuadé que Dieu vous sera miséricordieux. — Votre R. Scott.


À sir J. M. Barrie.
Mon cher Barrie,

Nous allons sauter le pas en un lieu dépourvu de tout confortable. Dans l’espoir qu’il sera retrouvé et vous sera ensuite envoyé, je vous écris ce mot d’adieu… Je vous demande de venir en aide à ma veuve et à mon fils — votre filleul. Nous sommes en train de montrer que les Anglais savent encore mourir en braves et en luttant jusqu’au bout. On apprendra que nous sommes arrivés au Pôle et nous avons fait tout ce qu’il était possible de faire, n’hésitant pas à nous sacrifier nous-mêmes pour sauver nos compagnons malades. Cela sera un exemple pour les générations futures ; aussi je pense qu’il est du devoir du pays d’aider ceux qui restent dernière nous à nous pleurer. Je laisse ma pauvre femme et votre filleul, Wilson et Edgar Evans, également une veuve, cette dernière dans une modeste situation. Faites ce que vous pourrez pour que leurs droits soient reconnus. Adieu. Je ne crains pas la mort, mais je regrette de renoncer aux plaisirs que je me promettais d’avance lorsque nous reprendrions nos longues promenades. Je ne me suis peut-être pas montré un grand explorateur, n’importe. Nous avons accompli la plus longue marche qui ait jamais été fournie, et nous avons été bien près d’un triomphe. Adieu, mon cher ami. — Toujours à vous, R. Scott.

Notre situation est désespérée ; nous avons les pieds gelés ; pas de combustible et sommes loin de tout dépôt ; mais cela vous réconforterait si vous nous voyiez dans notre tente chantant et devisant joyeusement sur ce que nous ferons à notre retour à la pointe de la Hutte.

Plus tard. — Nous sommes tout près de la fin, mais nous n’avons pas perdu, et ne perdrons pas notre bonne humeur. Depuis quatre jours la tempête nous retient sous notre tente, et nous ne possédons ni combustible, ni provisions. Après avoir eu d’abord le projet de nous suicider quand les choses en arriveraient là, nous avons décidé de mourir de mort naturelle sur notre piste.

C’est un mourant, mon cher ami, qui vous demande d’être bon pour sa femme et son enfant. Aidez mon fils dans la vie, si l’État ne le fait point. Il doit y avoir une bonne étoffe en lui… Vous êtes l’homme pour qui j’ai eu dans la vie le plus d’admiration et d’affection, mais je n’ai jamais pu vous montrer combien votre amitié m’était précieuse, car vous aviez beaucoup à donner et moi rien.


À l’honorable sir Edgar Speger, Bart.16 mars 1912, lat. 79°5′.

Mon cher sir Edgar,

Je souhaite que ce mot vous parvienne. Je crains que cela ne soit fini pour nous, ce qui laisse l’expédition dans le gâchis. Mais nous avons atteint le Pôle et nous mourrons en gentlemen. Je n’ai de regrets que pour les femmes que nous laissons derrière nous. Je vous remercie mille et mille fois de votre aide, de votre concours et de votre générosité. Si mon journal est retrouvé, il vous montrera combien jusqu’à la dernière minute nous avons aidé et secouru nos camarades et combien nous avons lutté jusqu’à la fin. C’est la preuve que le courage et l’endurance restent deux qualités de notre race. Wilson, le meilleur des hommes, s’est sacrifié à plusieurs reprises pour soigner les malades de l’escouade… J’écris à un grand nombre d’amis dans l’espoir que ces lettres leur parviendront l’an prochain, quelque temps après que nos corps auront été retrouvés.

Nous avons failli échapper, et c’est terrible d’avoir manqué cette occasion, mais j’ai compris dernièrement que nous avons dépassé notre but. Nul n’est à blâmer, et j’espère que l’on n’essayera pas de prétendre que nous avons manqué de secours,

Adieu à vous et à votre chère et excellente femme. — Toujours sincèrement vôtre, R. Scott.


CAIRN DE NEIGE ÉLEVÉ AU-DESSUS DE LA TOMBE DU CAPITAINE SCOTT, DU LIEUTENANT BOWERS ET DU Dr WILSON.


Au vice-amiral sir Francis Charles Bridgemam.
K. C. V. O. K. C. B.
Mon cher sir Francis,

Je crains que nous ne soyons à la côte, et serrés de près ; j’écris quelques lettres qui, je l’espère, arriveront un jour à destination. Je désire vous remercier de toute l’amitié que vous m’avez témoignée en ces dernières années, et vous dire mon extrême plaisir d’avoir servi sous vos ordres. Je tiens à vous assurer que je n’étais pas trop vieux pour cette entreprise. C’est le plus jeune qui a succombé le premier… Après tout, nous donnons un bon exemple à nos compatriotes, non point parce que nous sommes dans une mauvaise situation, mais par la manière dont en hommes nous envisageons la fin. Vous aurions pu nous en tirer si nous avions abandonné les malades.

Adieu, et adieu à la chère lady Bridgeman. — Toujours vôtre, R. Scott.

Excusez l’écriture : le thermomètre marque −40°, et cela depuis prés d’un mois.


Au vice-amiral sir George le Clerc Egerton, K. C. B.
Mon cher sir George,

Nous avons tiré nos dernières cartouches, mais nous avons atteint le Pôle et accompli la plus longue marche qui ait jamais été exécutée. J’espère que ces lettres arriveront quelque jour à leurs destinataires La maladie de plusieurs membres de l’escouade n’a été qu’une des causes secondaires de notre échec ; la principale est le temps épouvantable et le froid excessif, inattendus à cette époque, que nous avons eu à supporter à la fin du voyage. Cette traversée de la Barrière a été au moins trois fois plus pénible que la marche sur le plateau. Nul n’eût pu prévoir rien de pareil ; tous mes calculs ont été par suite en défaut, et nous nous trouvons à un peu plus de 100 milles de nos quartiers d’hiver, dans un état de complet épuisement.

Adieu. Veillez, je vous prie, à ce que l’Amirauté s’occupe de ma veuve. — R. Scott.

Mes meilleurs souvenirs à lady Egerton. Je ne pourrai jamais oublier toute votre bonté.


CROIX ÉLEVÉE PAR L’EXPÉDITION DE SECOURS À LA MÉMOIRE DU CAPITAINE SCOTT ET DE SES COMPAGNONS SUR LA COLLINE DE L’OBSERVATOIRE.


À M. J. J. Kinsey. Christchurch.
24 mars 1912.
Mon cher Kinsey,

Nous sommes très près de la fin, je le crains. Quatre jours de blizzard juste au moment d’arriver au prochain dépôt. Mes pensées ont souvent été vers vous. Vous êtes un gentleman. Vous sauverez l’expédition, j’en suis certain. Toutes mes préoccupations vont à ma femme et à mon enfant. Auriez vous la bonté de faire ce que vous pourrez pour eux, si le pays ne le fait pas ? Je désire que mon fils soit mis à même de se créer une position, mais vous savez la situation. Si j’emportais l’assurance que ma femme et mon fils sont à l’abri du besoin, je quitterais le monde sans grand regret. J’ai l’impression que le pays n’aura pas à rougir de nous : notre itinéraire est le plus long qui ait été accompli, et, sans une mauvaise chance absolument exceptionnelle à la fin du voyage, nous serions revenus. Nous avons atteint le Pôle Sud comme nous l’annoncions. Dieu bénisse ainsi que la chère Mrs Kinsey. Il m’est agréable de me souvenir de vous et de toutes vos bontés. — Votre ami, R. Scott.


LE RETOUR DE L’EXPÉDITION DE SECOURS QUI SAUVA LE LIEUTENANT EVANS.


Le commandant Scott écrivit en outre des lettres à sa mère, à sa femme, à son beau-frère (sir William Elison Macartney), à l’amiral sir Lewis Baumont, à M. et Mrs Reginald Smith. À cette correspondance sont empruntés les passages suivants :


« Le Seigneur m’a rappelé, et je sens que cela va ajouter une souffrance à celles si pénibles que la vie vous a déjà apportées. Mais trouvez un réconfort dans la pensée que je meurs sans peur, en paix avec le monde et avec moi-même.

« En vérité, une mauvaise fortune singulière nous a poursuivis, car les dangers auxquels nous avons été exposés ne m’ont jamais semblé très grands.

« Quel dommage que la chance ne nous ait pas favorisés, car jusque dans ses moindres détails notre équipement était parfait.

« Depuis que je vous ai écrit, nous sommes arrivés à 20 kilomètres de notre dépôt, n’ayant de combustible que pour un seul repas, et deux jours de vivres. Nous aurions pu échapper, si une épouvantable tempête ne nous avait retenus quatre jours. Je crois tout espoir perdu. Sous avons résolu de ne pas mettre fin à notre vie, mais de lutter jusqu’au bout pour atteindre ce dépôt, et cette lutte nous procure une fin paisible.

« Essayez d’intéresser mon fils à l’histoire naturelle, cela vaut mieux que les jeux que l’on encourage dans certains collèges. Je sais d’ailleurs que vous le serez vivre au plein air. Par-dessus tout, il faut qu’il se garde et que vous-même le gardiez de l’inaction. Faites-en un homme énergique. Il m’a fallu faire effort, vous le savez, pour le devenir moi-même : j’ai toujours eu un penchant pour la paresse.

« La pochette de mon sac renferme un morceau de l’Union Jack que j’ai planté au Pôle Sud, le pavillon noir d’Amundsen et quelques menus objets. Remettez un petit morceau de l’Union Jack au roi et un autre à la reine Alexandra.

« Que de choses je pourrais vous conter sur l’expédition ! Combien une telle entreprise a été préférable à la vie facile dans le trop grand confort du home ! Que de récits vous auriez pour l’enfant ! Mais de quel prix tout cela est payé !


FAC-SIMILÉ DE LA PREMIÈRE PAGE DU MESSAGE AU PUBLIC.

Voici enfin, et pour conclure, son noble message au public :


Les causes du désastre ne sont pas dues à une organisation défectueuse de l’expédition, mais à la mal chance dans tous les risques que nous avions à courir.

1o La perte des poneys survenue en mars 1911 m’obligea à partir plus tard que je ne l’avais décidé primitivement et me contraignit à emporter une quantité de vivres moindre que celle prévue tout d’abord.

2o Le mauvais temps à l’aller, notamment la longue tourmente que nous subîmes sous le 83° de latitude, retarda notre marche.

3o La neige molle, dans les régions inférieures du glacier Beardmore ralentit encore nos progrès.

Avec énergie nous avons lutté contre ces circonstances imprévues et nous en avons triomphé, mais au prix de prélèvements sur nos vivres de réserve. Approvisionnements, vestiaire et organisation de la file de dépôts établis sur le plateau, comme sur toute la route du Pôle, longue de 1 300 kilomètres, tout nous a donné pleine satisfaction en tous points.

Notre groupe aurait regagné le glacier Beardmore en bon état et avec une réserve de vivres, sans la défaillance surprenante d’Evans, celui d’entre nous que nous croyions le plus résistant. Par beau temps le glacier Beardmore n’est pas difficile, mais à notre retour nous n’eûmes pas une seule journée vraiment bonne et la maladie de notre compagnon aggrava singulièrement la situation.

Comme je l’ai dit plus haut, nous nous engageâmes dans une région du glacier extrêmement accidentée, et dans une chute Edgar Evans éprouva une commotion cérébrale. Il mourut de mort naturelle. Sa disparition laissa notre équipe affaiblie au moment où un hiver précoce fondait sur nous.

Mais tout cela n’est rien en comparaison de ce qui nous attendait sur la Barrière. De nouveau j’affirme que les dispositions prises pour assurer notre retraite étaient satisfaisantes et que personne n’aurait pu prévoir, à cette époque de l’année, les températures et l’état de la neige que nous avons rencontrés. Sur le plateau, entre les 85° et 86° de latitude, nous eûmes −28 ° et −34° ; or, sur la Barrière, par 82° de latitude et à une altitude de 3 000 mètres plus basse, nous avons éprouvé généralement −34° dans la journée, −44° la nuit, avec un perpétuel vent debout durant les marches. Ces circonstances se sont produites en quelque sorte à l’improviste et notre perte est due à l’arrivée subite de ce mauvais temps, phénomène dont il semble impossible de découvrir la cause. Jamais des êtres humains n’ont souffert autant que nous pendant ce dernier mois. En dépit du froid et du vent, nous aurions cependant réussi à passer, sans la maladie d’un second de nos compagnons, le capitaine Oates, sans la diminution de la provision de combustible contenue dans les dépôts, diminution inexplicable, sans enfin ce dernier ouragan. Il nous a arrêtés à 11 milles (20 kilomètres) du dépôt où nous espérions trouver les vivres nécessaires à la dernière partie du voyage. Eut-on jamais plus mauvaise chance ? Nous sommes arrêtés à 11 milles du dépôt One Ton Camp, n’ayant plus de vivres que pour deux jours et de combustible que pour un seul repas. Depuis quatre jours, il nous a été impossible de quitter la tente : l’ouragan hurle autour de nous. Nous sommes faibles, je puis à peine écrire. Cependant, pour ma part, je ne regrette pas d’avoir entrepris cette expédition ; elle montre l’endurance des Anglais, leur esprit de solidarité et prouve qu’ils savent regarder la mort avec autant de courage aujourd’hui que jadis. Nous avons couru des risques, nous savions d’avance que nous allions les affronter. Si les choses ont tourné contre nous, nous ne devons pas nous plaindre, mais nous incliner devant la volonté de la Providence, résolus à faire de notre mieux jusqu’au bout.

Dans cette entreprise, si nous avons donné nos vies, c’est pour l’honneur du pays. Je demande donc à nos compatriotes de veiller à ce que ceux dont nous étions les soutiens ne soient pas abandonnés.

Eussions-nous vécu, le récit que j’aurais fait des souffrances, de l’énergie et du courage de mes compagnons aurait ému tous les cœurs anglais. Ces notes frustes et nos cadavres raconteront notre histoire, mais sûrement, sûrement un grand et riche pays comme le nôtre assurera convenablement l’avenir de nos proches. — R. Scott.


Adapté par M. Charles Rabot.


RATIONS DE TRAÎNEAU DE L’ESCOUADE DU PÔLE : CACAO, PEMMICAN, BISCUITS, SUCRE, BEURRE, THÉ.
  1. Suite. Voyez pages 13, 25, 37, 49, 61, 73 et 85.
  2. Pendant toute une semaine à dater du 10 mars, Cherry-Garrard et Demetri attendirent avec les chiens à l’One Ton Camp. Leur mission n’était pas de porter secours à Scott, car nul aux quartiers d’hiver ne pensait le commandant en danger, mais de l’aider à effectuer rapidement les dernières étapes et à rallier la Terra-Nova. Comme date probable de son retour à la Pointe de la Hutte, Scott avait indiqué la seconde quinzaine de mars. D’après les temps de marche des diverses escouades qui avaient déjà rallié la station, le Dr Atkinson supposait que le détachement du Sud atteindrait l’One Ton Camp entre le 3 et le 10 mars et rallierait le cap Evans avant le départ du navire. Aussi bien, malgré le mauvais temps, Cherry-Garrard attendit à ce dépôt jusqu’à ce qu’il ne lui restât plus que la quantité de vivres nécessaire à assurer le retour de ses attelages. (Note de l’édition anglaise.)