Le Nid du républicain

LE NID DU RÉPUBLICAIN

Nous empruntons à la dernière édition du bel ouvrage de M. F.-A. Pouchet, l’Univers : les infiniment grands et les infiniment petits[1], la description charmante de quelques-unes des extraordinaires constructions d’oiseaux : « En fait de construction ingénieuse, suscitée par l’amour de la famille et du travail, dit le savant auteur, il n’en est pas qu’on puisse comparer à l’œuvre du Républicain. Ce petit oiseau du Cap, gros comme nos moineaux, auxquels il ressemble absolument, vit en sociétés nombreuses dont tous les membres se réunissent pour former une immense cité, ayant l’apparence d’un toit circulaire, entourant le tronc de quelque gros arbre. On y compte parfois plus de trois cents cellules, ce qui indique qu’elle est habitée par plus de six cents oiseaux. Ce nid est tellement pesant, que Levaillant, qui en recueillit un durant son voyage en Afrique, fut obligé d’employer une voiture et plusieurs hommes pour le transporter. »

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Nid du Républicain.

Le Républicain n’est pas le seul oiseau capable d’édifier une habitation si merveilleuse. On va en juger par quelques autres exemples empruntés à la même source.

« Dans son ouvrage sur les oiseaux de l’Inde, dit M. Pouchet, M. Jerdon rapporte le curieux manège de certaines espèces, du genre Homrains, dont les mâles ont l’habitude, à l’époque de la ponte, d’emprisonner la femelle dans son nid. Ils en ferment l’entrée au moyen d’un épais mur de boue, qui n’offre qu’une petite ouverture par laquelle la couveuse respire et peut seulement passer le bec pour recevoir les aliments que lui apporte son trop sévère époux. Cette réclusion forcée ne cesse qu’au moment où se termine l’incubation.

« Dans son voyage aux Indes, Sonnerat parle d’une mésange dont le nid, en forme de bouteille et fait avec du coton, mérite d’être signalé. Quand la femelle couve à l’intérieur, le mâle, vraie sentinelle vigilante, reste au dehors, couché dans une poche spéciale, ajoutée à l’un des côtés du goulot. Mais lorsque sa compagne s’éloigne et qu’il veut la suivre, à l’aide de son aile, il bat violemment l’orifice du nid, et parvient à l’obstruer pour protéger la progéniture contre ses ennemis.

« On rencontre parmi la gent ailée de véritables couturières … Je n’entends nullement parler ici des Tisserins, dont les nids, en herbes fines, connus de tout le monde, représentent un lacis inextricable, mais de la Sylvia sutoria, Lath., charmante fauvette qui prend deux feuilles d’arbres très-allongées lancéolées, et en coud exactement les bords en surjet, à l’aide d’un brin d’herbe flexible, en guise de fil. Après cela, la femelle remplit de coton l’espèce de petit sac que celles-ci forment et dépose sa progéniture sur ce lit moelleux. Ce nid, qui est extrêmement rare, est un véritable chef-d’œuvre d’intelligence. »

  1. Un vol. grand in-8°. L. Hachette et Cie. Cet ouvrage est illustré de magnifiques gravures, dont le spécimen du Nid du Républicain, montre la valeur et l’intérêt.