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Henry Kistemaeckers (p. 143-145).
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XIX



Cette année-là, une maladie de la pomme de terre, qui leur enleva la récolte d’un champ, et des pluies firent manquer les regains. Un chien enragé mordit deux de leurs vaches et il fallut les abattre. Enfin, les porcs engraissèrent mal et s’entonnèrent. Ce fut une calamité.

Bast accusait en lui-même le mort. Peut-être était-il vexé qu’ils l’eussent laissé sans messes, et il redoublait de prières et de pratiques pieuses pour l’apaiser.

Un dimanche matin, après messe, il s’enferma dans la grange qu’ils avaient bâtie sur le cadavre, et Balt l’entendit parler à Hein, sur le ton de la supplication, avec force soupirs et oremus.

— Brave Hein ! J’suis pour rien dans l’affaire ; c’est pas moi qui a fait le coup. Si j’t’ai un tantinet mis la main au collet, c’est pas par envie de t’faire du mal. Ah bien non ! J’aurais pas seulement fait tort à un de tes cheveux. J’suis un homme doux et dans le malheur. J’ferais pas de la peine à une mouche. C’est lui qu’a tout fait. Mais v’là, faut bien vivre à deux. On est comme qui dirait mari et femme. Et alors, quand tu te revenges, ça nous tombe dessus, à moi comme à lui. Bien ! vrai, j’te le demande, c’est-il juste ? Faut-il que j’paie pour un autre, quand j’ai pas plus à me reprocher que le petit qui vient de venir à sa mère ? Reprends ton argent : j’aime encore mieux vivre sans qu’avec.

En ce moment, Balt se mit à contrefaire sa voix, et Bast l’entendit répéter avec un ricanement ses dernières paroles.

Il eut peur d’être battu et s’arcbouta contre la porte, le dos en boule, écoutant de toutes ses oreilles si Balt n’entrait pas.