Le Marquis de Villemer (RDDM)/5

Revue des Deux Mondes2e période, tome 29 (p. 295-334).

LE MARQUIS DE VILLEMER



DERNIÈRE PARTIE.[1]



XXII.


Caroline avait raison de redouter les investigations de M. de Villemer auprès de sa sœur. Il était déjà retourné deux fois à Étampes, et, comprenant bien que la délicatesse lui interdisait tout ce qui aurait pu ressembler à un système d’interrogations, il se bornait à observer l’attitude et à commenter les réticences de Camille. Il pouvait dès lors se tenir pour assuré que Mme Heudebert connaissait la retraite de sa sœur, et que sa disparition ne lui causait point d’inquiétude réelle. Camille tenait en réserve la lettre où Caroline disait avoir trouvé un emploi hors de France, et elle ne la produisait pas. Elle voyait tant d’angoisse et de souffrance dans les traits déjà profondément altérés du marquis qu’elle n’osait porter ce dernier coup au bienfaiteur, au protecteur de ses enfans. Puis Mme Heudebert ne partageait pas tous les scrupules et ne comprenait pas toute la fierté de Caroline. Elle n’avait osé l’en blâmer, mais elle ne se fût pas fait un si grand crime d’affronter un peu le mécontentement de la marquise, et de devenir sa bru quand même. « Puisque les Page:Revue des Deux Mondes - 1860 - tome 29.djvu/300 Page:Revue des Deux Mondes - 1860 - tome 29.djvu/301 Page:Revue des Deux Mondes - 1860 - tome 29.djvu/302 Page:Revue des Deux Mondes - 1860 - tome 29.djvu/303 Page:Revue des Deux Mondes - 1860 - tome 29.djvu/304 Page:Revue des Deux Mondes - 1860 - tome 29.djvu/305 Page:Revue des Deux Mondes - 1860 - tome 29.djvu/306 Page:Revue des Deux Mondes - 1860 - tome 29.djvu/307 Page:Revue des Deux Mondes - 1860 - tome 29.djvu/308 Page:Revue des Deux Mondes - 1860 - tome 29.djvu/309 Page:Revue des Deux Mondes - 1860 - tome 29.djvu/310 Page:Revue des Deux Mondes - 1860 - tome 29.djvu/311 Page:Revue des Deux Mondes - 1860 - tome 29.djvu/312 Page:Revue des Deux Mondes - 1860 - tome 29.djvu/313 Page:Revue des Deux Mondes - 1860 - tome 29.djvu/314 Page:Revue des Deux Mondes - 1860 - tome 29.djvu/315 Page:Revue des Deux Mondes - 1860 - tome 29.djvu/316 Page:Revue des Deux Mondes - 1860 - tome 29.djvu/317 Page:Revue des Deux Mondes - 1860 - tome 29.djvu/318 Page:Revue des Deux Mondes - 1860 - tome 29.djvu/319 Page:Revue des Deux Mondes - 1860 - tome 29.djvu/320 Page:Revue des Deux Mondes - 1860 - tome 29.djvu/321 Page:Revue des Deux Mondes - 1860 - tome 29.djvu/322 Page:Revue des Deux Mondes - 1860 - tome 29.djvu/323 Page:Revue des Deux Mondes - 1860 - tome 29.djvu/324 Page:Revue des Deux Mondes - 1860 - tome 29.djvu/325 Page:Revue des Deux Mondes - 1860 - tome 29.djvu/326 Page:Revue des Deux Mondes - 1860 - tome 29.djvu/327 Page:Revue des Deux Mondes - 1860 - tome 29.djvu/328 Page:Revue des Deux Mondes - 1860 - tome 29.djvu/329 Page:Revue des Deux Mondes - 1860 - tome 29.djvu/330 Page:Revue des Deux Mondes - 1860 - tome 29.djvu/331 Page:Revue des Deux Mondes - 1860 - tome 29.djvu/332 Page:Revue des Deux Mondes - 1860 - tome 29.djvu/333 Page:Revue des Deux Mondes - 1860 - tome 29.djvu/334 Page:Revue des Deux Mondes - 1860 - tome 29.djvu/335 Page:Revue des Deux Mondes - 1860 - tome 29.djvu/336 Page:Revue des Deux Mondes - 1860 - tome 29.djvu/337 aimable, beau et assez ingambe. Il vit dans un grand luxe, mais sans prodigalité, et se remettant de tout à sa femme, qui le gouverne et le maintient sage avec un rare esprit de conduite et une admirable finesse dans les gâteries de la passion proclamée. Nous ne voudrions pas jurer qu’il n’ait jamais pensé à la tromper ; mais elle a, su déjouer les fantaisies sans qu’il s’en aperçût, et son triomphe, qui dure encore, prouve une fois de plus qu’il y a quelquefois assez d’art et de force dans le cerveau d’une fillette de seize ans pour régler au mieux la destinée d’un professeur de scélératesse. Le duc, admirablement bon et assez faible, trouve plus de charme qu’on ne croit à ne plus ourdir de savantes perfidies contre le beau sexe et à s’endormir, sans remords nouveaux, sur l’oreiller du bien-être.

Le marquis et la nouvelle marquise de Villemer passent maintenant huit mois de l’année à Séval, toujours occupés, on ne peut dire l’un de l’autre, puisqu’ils se sont identifiés l’un à l’autre au point de penser ensemble et de se répondre avant de s’être questionnés, mais de l’éducation de leurs enfans, tous remarquables d’intelligence et de charme. M. de G… est mort. Mme de G… a été oubliée. Didier a été reconnu par le marquis pour un de ses enfans. Caroline ne se rappelle plus qu’elle n’est pas sa mère.

Mme Heudebert est fixée à Séval. Tous ses enfans sont élevés par les soins du marquis et de Caroline. Les fils du duc, plus gâtés, sont moins intelligens et moins bien portans ; mais ils sont aimables et pleins de grâces précoces. Le duc est excellent père et s’étonne, à tort, d’avoir déjà de si grands enfans.

Les Peyraque ont été comblés. On est retourné les voir l’année dernière, et cette fois on a gravi, par un beau soleil levant, la cime argentée du Mezenc. On a voulu revoir aussi la pauvre cabane où, en dépit des largesses du marquis, rien n’a été changé en mieux ; mais le père a acheté de la terre, et on se croit riche. Caroline s’est assise avec bonheur sous l’âtre misérable où elle a vu à ses pieds pour la première fois l’homme avec qui elle eut partagé sans effroi une hutte dans les Cévennes et l’oubli du monde entier.

George Sand.

Nohant, 30 avril 1860.

  1. Voyez les livraisons du 15 juillet, du 1er et du 15 août, et du 1er septembre.