Le Mahâbhârata (traduction Fauche)/Tome 2/Le Mariage

Traduction par Hippolyte Fauche.
(tome 2p. 168-191).


LE MARIAGE



Vaîçampâyana dit :

À ces mots, le chef des Somakides, Dhrishtadyoumna, le fils du roi, conte d’un air joyeux à son père comment s’étaient passées les choses et qui avait emmené Krishnâ :

« Ce jeune homme aux grands yeux, dit-il, à la prunelle dorée, égal en beauté aux Dieux mêmes et revêtu d’une peau d’antilope noire, celui, qui fixa la corde à l’arc gigantesque et fit tomber le but à terre, 7174-7175.

» Ce jeune homme, environné et honoré des brahmes, comme le Dieu, qui tient la foudre, reçoit au milieu des fils de Diti les hommages de tous les rishis et de tous les Dieux, se retira sans plus attendre et d’un pied agile.

» Telle qu’une éléphante suit un éléphant, Krishnâ suivit joyeuse l’anachorète, qui l’avait conquise, à travers les rois irrités, impatients de cette victoire et tombant tous à la fois sur lui. 7176-7177.

» Mais voici qu’un second anachorète casse un grand arbre au milieu de la foule des princes et se met à frapper la ligue des rois, comme la mort frappe les êtres animés,

» Alors, Indra des hommes, ces mortels invincibles emmènent Krishnâ malgré les vains efforts des rois, et gagnent, resplendissants à l’égal de la lune et du soleil, une maison située hors de la ville, où travaille un brahme issu de Bhrigou. 7178-7179.

» Là brillait, comme la clarté du feu, une femme assise, leur mère, je pense, avec trois nobles hommes, portant le vêtement des premiers, assis dans l’ordre des âges, et tous l’image du feu. 7180.

» Les deux arrivants se prosternent aux pieds de cette femme et disent à Krishnâ : « Embrasse comme nous ses pieds ! » Ils présentent la jeune fille, qui reste là ; eux, ils s’en vont recueillir des aumônes. 7181.

» Ensuite, ils remirent à Krishnâce qu’ils avaient mendié. Ta fille alors sema l’offrande en l’honneur de tous les êtres, agit comme une brahmanî, servit la vieille et ses nobles fils ; puis, elle se mit à manger elle-même. 7182.

» Tous les princes se couchent et Krishnâ avec eux. Elle était placée au coussin de leurs pieds ; ce lit était par terre et composé d’une jonchée de poas, recouverte de leurs peaux d’antilope. 7183.

» Ces héros à la voix tonnante comme les sombres nuages se mirent à conter différentes histoires ; mais le sujet de ces récits n’était pas les occupations des çoûdras, ni celles des vaîçyas, ni celles mêmes des brahmes. 7184.

» Ils parlaient de guerre, sire : donc, ce sont, il n’y a nul doute, des kshatryas de haut rang. Cela confirme, évidemment ! nos espérances que les fils de Prithâ ont échappé, comme nous l’avons ouï dire, à la mort, qu’on leur avait préparée dans un incendie. 7185.

» Ce sont, pour sûr, les enfants de Prithâ, qui errent sous un déguisement : ce que prouvent leurs mutuels entretiens ; ce que prouve encore la vigueur de celui, qui a pu fixer la corde à son arc et toucher le but ! » 7186.

Aussitôt le roi Droupada joyeux d’envoyer, son archibrahme domestique porter aux magnanimes fils de Pândou ces paroles de sa bouche ; « Nous désirons vous connaître ! » 7187.

Ayant reçu la mission du roi, le pourohita se mit en chemin et, procédant suivant l’ordre, il commença par les éloges des jeunes princes et leur exposa exactement toute la dépêche de son maître : 7188.

« Ce monarque de la terre, le roi des Pântchâlains brûle d’envie de vous connaître, lui, qui donne les grâces, vous, qui les méritez ! Depuis qu’il a vu l’un d’entre vous percer le but, son cœur est dans une joie, qui n’a pas de fin. 7189.

» Dites-moi la généalogie de votre famille ; puissiez-vous mettre le pied sur la tête de vos ennemis ! Versez la joie dans ce cœur du roi des Pântchâlains et dans celui de sa cour. 7190.

» Car le roi Pândou fut le cher ami du roi Droupada ; il en fut comme la vie, et tel était le vœu de celui-ci ; « Voilà ma fille ! je la donnerai pour sa bru au noble rejeton de Kourou. » 7191.

» Ce désir n’est pas encore éteint dans le cœur du roi Droupada. En effet, princes charmants, il dit : « Qu’Arjouna reçoive en mariage cette princesse, ma fille ! 7192.

» Cette action sera ma gloire, elle sera une bonne œuvre, et cette chose faite dans mon intérêt, me sera comptée comme une vertu. » Après qu’il eut achevé de parler, Youddhishthira, fixant les yeux sur le pourohita, qui se tenait devant lui d’un air modeste, 7193.

Dit ces mots à Bhîma, qui était placé à son côté : « Qu’on donne à ce personnage de l’eau pour laver ses pieds et qu’on lui présente un arghya ! Le pourohita de sa majesté Droupada est digne des plus grands honneurs : il faut lui rendre un suprême hommage ! » 7194.

Alors que Bhîmaséna eut accompli ces devoirs, Youddhishthira, sire, adressa ces paroles à l’archibrahme, commodément assis et qui avait reçu avec joie ces respectueuses déférences : 7195.

« Le roi des Pântchâlains a donné sa fille par la seule vue de son devoir et non par un mouvement de préférence : ce héros l’a remportée comme un prix, que sa majesté avait proposé. 7196.

» Il n’y a rien ici à dire sur les conditions, ni sur le caractère, ni sur la famille, ni sur le physique des personnes^ elle fut gagnée par la vigueur à bander l’arc et l’adresse à percer le but. 7197.

» Le magnanime a conquis cette princesse au milieu de la foule des rois ; puisqu’il en est ainsi, le royal petit-fils de Somaka ne devrait pas s’affliger maintenant, si les choses allaient à son déplaisir. 7198.

» Ce désir même du puissant monarque de voir l’épreuve donner à un prince cette royale main de sa jeune fille ne restera pas sans^être accompli ; je le pense, brahme, avec raison. 7199.

» Car ce n’était pas un homme de petite force, qui pouvait attacher la corde à l’autre bout de cet arc. Était-ce un homme vil et qui n’eût jamais appris la science de l’arc, qui aurait pu abattre ce but ? 7200.

» Par conséquent, le roi des Pântchâlains ne doit pas maintenant concevoir de chagrin à cause de sa fille : car le but ne pouvait être ici jeté à bas par nul autre homme sur la terre ! » 7201.

Mais, tandis qu’Youddhishthira tenait ce langage, un autre homme, parti des côtés du monarque, un second envoyé vint à la hâte annoncer ici que le festin était prêt.

« Sa majesté Droupada, leur dit-il, a préparé un repas de noces à l’occasion de ce mariage. Jouissez et du festin et de Krishnâ, quand vous aurez mis fin à toutes vos affaires : n’apportez aucun retard. 7202-7203.

» Voyez ces chars, où sont peints des lotus d’or : attelés de rapides coursiers, ils sont dignes de porter les maîtres de la terre. Montez dedans et, tous, allez au palais du roi des Pântchâlains. » 7204.

À ces mots, tous les princes de Kourou, environnant l’archibrahme, portent le pied en avant ; ils montent dans ces vastes chars : Kountî et Krishnâ font le voyage seules dans un même char. 7205.

En réponse aux questions du pourohita, Youddhishthira dit ces mots, fils de Bharata : « Puisque vous désirez connaître toutes les espèces de richesses, que possèdent les princes de Kourou, rassemble dans ta pensée, 7206.

» Sire, les fruits, les racines, les cuirasses excellentes, les boucliers, les sièges, les bœufs, les cordes, les différentes semences, employées dans l’agriculture. 7207.

» Réunis devant toi, sire, toutes les autres choses, qui servent aux autres métiers, et toutes celles, qui sont à l’usage des amusements divers, 7208.

» Les cottes-de-mailles, les pannes resplendissantes, les grands cimeterres, les chevaux et les chars variés, les arcs superbes, toutes les sortes de flèches, les lances de fer, les sabres et les parures d’or, 7209.

» Les traits barbelés, les armes à feu, les haches et tout ce qui est du ressort de la guerre, les couches, les trônes opulents et les vêtements de toutes les façons. »

Kountî, ayant serré dans ses bras la vertueuse Krishnâ, la fit entrer dans le gynœcée de Droupada, où les femmes d’une âme joyeuse répondirent avec de grands honneurs aux révérences de l’épouse des Pândouides. 7210-7211.

À la vue de ces héros des hommes à la démarche assurée de lion, à la peau d’antilope noire pour vêtement supérieur, aux épaules hautes, effacées, aux bras longs comme des serpents, rois du peuple rampant, 7212.

Le monarque, tous ses ministres, ses fils, ses amis et tous les serviteurs du monarque, sans aucune exception, furent transportés, sire, au comble de la joie. 7213.

Là, ces héros éminents, suivant l’ordre des naissances, s’asseoient, sans défiance, sans étonnement, sur des sièges élevés, de grand prix, accompagnés de riches escabeaux. 7214.

Des officiers de bouche, des serviteurs et des servantes, splendidement vêtus, leur apportent des mets variés, des aliments de prince, en des plats d’argent et d’or. 7216.

Après qu’ils eurent mangé là au gré de leurs désirs, ces héros à la bien vaste renommée, les plus vaillants des hommes, sans témoigner, sire, nulle envie de voir tous les trésors, commencent par visiter l’arsenal. 7216.

À la vue de ce mouvement naturel, le fils de Droupada, le monarque et tous ses principaux ministres, s’étant approchés tout joyeux, pensèrent que les fils de Kountî ne pouvaient être que des fils de roi. 7217.

Ensuite, ayant appelé Youddhishthira, le Pântchâlain à la grande splendeur serra entre ses bras, d’un pieux embrassement, ce rejeton des rois ; 7218.

Et, dans la joie de son cœur, interrogea en ces termes le resplendissant fils de Kountî : « Comment pouvons-nous savoir si vos grandeurs sont des kshatryas ou des brahmes ; 7219.

« Si vous êtes des vaîçyas, doués de vertus, si vous êtes nés d’une mère çoûdrâ, ou si vous êtes des brahmes, qui, aidés par la magie, peuvent aller partout dans l’espace. 7220.

» Êtes-vous des Dieux, venus pour Krishnâ et conduits en ces lieux par le désir de la voir ? Que ta grandeur nous parle avec sincérité ! car c’est pour nous l’objet d’une grande incertitude. 7221.

» Plaise au ciel, fléau des ennemis, que tu verses la satisfaction dans nos cœurs en dissipant notre doute ! Plaise au ciel que le bonheur soit avec nos destins ! 7222.

» Dis-moi la vérité avec amour : la vérité brille chez les rois. L’homme, fidèle à ses devoirs, ne doit jamais dire un mensonge. 7223.

» Une fois ouïe ta parole, dompteur des ennemis, toi, le portrait des Immortels, ne doute pas que je n’accomplisse suivant les rites la cérémonie du mariage. » 7224.

« N’tde aucune inquiétude, sire, lui répondit Youddhishthira ; ouvre ton cœur à la joie, Pântchâlain. Ce vœu, constant objet de ton désir, n’en doute pas, se trouve exaucé. 7225.

» Car nous sommes des kshatryas, sire, les fils du magnanime Pândou. Sache que je suis l’alné des fils de Kountî. Bhîmaséna et Arjouna sont les deux, que voici !

» C’est par eux, sire, que ta fille a été conquise dans l’assemblée des rois. Les deux jumeaux et Kountî sont les personnes, que tu vois à côté de Krishnâ. 7226-7227.

» Que le chagrin s’enfuie de ton cœur ; nous sommes des kshatryas, roi des hommes ! Cette charmante fille de toi est passée de ton lac, comme un nélumbo magnifique, dans un autre lac. 7228.

» Tout ce que je t’ai dit là, puissant monarque, est la vérité. En effet, ta majesté est pour nous un gourou ; elle est notre voie suprême. » 7229.

Vaîçampàyana dit :

À ces mots, le roi Droupada, ivre de plaisir et les yeux troublés par la joie, ne put répondre à Youddhishthira.

Parvenu enfin à comprimer sa joie par ses efforts, il fit une digne réponse à l’aîné des Pândouides. 7230-7231.

Le monarque à l’âme juste lui demanda comment ils s’étaient enfuis de la ville, et Dharmarâdja se mit à lui narrer toute la série des faits. 7232.

Le roi Droupada, aussitôt qu’il eut ouï le récit du fils de Kountî, éclata en menaces contre Dhritarâshtra, le souverain des hommes ; 7233.

Et ce prince, le plus éloquent des êtres, à qui la parole fut donnée, releva le courage d’Youddhishthira, le fils de Kountî, lui promit de le remettre en possession de ses états ; 7234.

Et, montrant du geste son vaste palais, y fit entrer Kountî, Krishnâ, Bhîmaséna, Arjouna et les deux jumeaux. 7230.

C’est là, sire, qu’ils habitèrent, comblés d’honneurs par Yajnaséna. Celui-ci, remis de sa crainte, dit avec ses fils à l’aîné des Pândouides : 7236.

« Que maintenant Arjouna aux longs bras, le petit-fils de Kourou, prenne suivant les rites la main de Krishnâ dans un jour fortuné, et qu’il fixe l’instant. » 7237.

Le prince Youddhishthira, le Devoir en personne, lui répondit : « C’est à moi-même, souverain des hommes, qu’il appartient de faire maintenant cette union, avec une épouse. » 7238.

« Que ta majesté prenne suivant les rites la main de ma fille, repartit Droupada ; ou donne Krishnâ en mariage, héros, à celui, que tu préfères. » 7239.

« Draâupadî sera l’épouse de nous tous, sire, lui répondit Youddhishthira : c’est ainsi que ma mère, souverain des hommes, l’a dit elle-même avant ce jour. 7240.

» Le Pândouide Bhîmaséna et moi ne sommes pas entrés en lice : Arjouna seul a conquis ta fille, et c’est ainsi qu’elle est devenue notre commun joyau. 7241.

» Nous sommes convenus, sire, de posséder en commun cette parure ; et nous n’avons aucune envie de rompre ce traité, ô le plus grand des rois. 7242.

» Elle sera légalement l’épouse de nous tous : qu’elle prenne à chacun de nous la main devant l’autel, suivant l’ordre des naissances. » 7243.

« On accorde, objecta le père de Krishnâ, plusieurs épouses à un seul époux ; mais on ne voit nulle part, rejeton de Kourou, une femme avoir plusieurs maris. 7244.

» Ne veuille pas faire, toi, fils de Kountî, qui es vertueux et qui sais le devoir, une chose contraire au devoir et que repousse la science du monde ! D’où te vient une pareille idée ? » 7245.

« Le devoir est une chose délicate, puissant roi, lui répondit Youddhishthira ; et, quand nous ignorons sa voie, nous suivons la route, qu’ont tenue successivement noS aïeux. 7246.

« Ma bouche ne dit jamais un mensonge, et mon cœur ne marche pas dans la fange du vice. » C’est ainsi que parle ma mère et cette parole est gravée dans mon esprit. 7247.

» C’est le devoir, assurément ! Observe-le, sire, et n’hésite pas ! Qu’il n’y ait aucun doute ici, prince, de toute façon pour toi ! » 7248.

Droupada reprit :

« Dhristadyoumna, mon fils, Prithâ et toi, fils de Kountî, dites : « Nous ferons dans le jour, qu’amènera demain, ce qui doit être fait. » 7249.

Tous alors d’un mouvement unanime répondirent, fils de Bharata : « Soit ! » 7250.

Ensuite l’anachorète Dwaîpâyana se transporta, sire, de lui-même en cette ville. 7251.

Aussitôt tous les Pândouides et le roi de Pântchâli à la vaste renommée, s’étant levés de concert, s’inclinent devant ce magnanime Krishna. 7252.

Le saint rendit ces révérences ; elles terminées, il s’enquit de leur bonne santé ; puis, Thermite au grand cœur s’assit sur un siège d’or éclatant. 7253.

Tous, les plus grands des êtres à deux pieds, en ayant reçu la permission de Krishna à la splendeur infinie, prirent place sur des trônes opulents. 7254.

Après un instant écoulé, monarque des hommes, le fils de Prishata, élevant sa voix mélodieuse, interrogea le magnanime touchant Draâupadî. 7255.

« Comment pourrait-elle être légitimement l’épouse unique de plusieurs maris ? Ce fait ne serait-il pas de la promiscuité ? Que ta sainteté me dise tout suivant la vérité. » 7256.

« J’ai envie, répondit Vyâsa, de connaître individuellement les opinions de vous tous relativement à cette loi, qui semble une infraction, que prohibent les usages du monde et les règles du Véda. » 7257.

Droupada fit cette réponse :

« J’estime que c’est une faute, défendue par le monde et le Véda : il n’existe pas une femme, ô le plus vertueux des brahmes, qui soit l’unique épouse de plusieurs maris.

» Et même c’est une loi, qui ne fut jamais suivie par nos magnanimes devanciers ; et même c’est une faute, que les sages ne doivent commettre en aucune façon. 7258-7259.

« Je ne prendrai jamais une telle résolution sur la chose, dont il s’agit ; car cette loi me semble toujours pleine d’incertitude. » 7260.

« Comment, brahme opulent de pénitences, dit à son tour Dhrishtadyoumna, comment, ô le plus éminent des régénérés, le frère aîné, s’il est vertueux, pourra-t-il serrer dans ses bras l’épouse de son frère puîné ? 7261.

» Mais le devoir est chose si délicate que nous ne connaissons aucunement sa voie ! « Le péché est vertu ! » Des hommes tels que nous sommes n’admettront jamais ce paradoxe. Moi, qui te parle, je ne puis admettre d’aucune manière cette énormité : « Que Krishnâ soit l’épouse de cinq maris ! » 7262-7263.

« Ma bouche ne dit rien, qui ne soit la vérité ; ma pensée ne met pas sa joie dans le péché, reprit Youddhishthira : mon esprit est fixé là-dessus ; non ! ce n’est pas un péché !

» Un Pourâna dit qu’une femme anachorète, nommée Gaâutamî, la plus vertueuse entre les femmes vertueuses, épousa sept rishis. 7264-7266.

» De même une Dryade, fille d’un solitaire, s’unit avec dix frères, qui avaient dompté leur âme avec le frein des pénitences et qui étaient appelés d’un nom commun les Pratchétasas. 7266.

» La parole d’un gourou est obligatoire comme une loi, dit-on ; et le plus excellent des gourous, ô le plus vertueux des hommes, qui savent le devoir, c’est une mère ! 7267.

» Elle a parlé ; il faut manger sa parole comme une aumône ! Voilà donc, ô le plus grand des brahmes, ce que je pense le suprême devoir. » 7268.

« Il en est ainsi que l’a dit Youddhisthira, qui marche dans le sentier de la vertu, observa Kountî. J’ai une crainte mortelle du mensonge : comment serai-je sauvée du péché d’avoir dit une chose fausse ? » 7269.

» Tu seras délivrée du mensonge, noble dame, reprit Vyâsa ; car cette loi est impérissable ; mais je ne parlerai pas à tous ; prête l’Oreille à mes paroles, auguste Pântchâlain. 7270.

» Cette loi fut promulguée, comme l’a dit ce fils de Kountî ; c’est une loi, qui ne saurait périr : il n’y a nul doute ici. » 7271.

À ces mots, le révérend se lève ; l’auguste Vyâsa donne sa main au roi et Dwaîpâyana entre dans le palais du roi. Les fils de Pândou, Kountî et Dhrishtadyoumna, le rejeton de Prishata, entrent aussi là même, où les attendaient ces deux nobles personnages. 7272-7273.

Alors Dwaîpâyana de raconter à ce magnanime souverain comment l’état d’une femme, unique épouse de plusieurs maris, était une condition légale. 7274.

« Au temps passé, dit Vyâsa, les Dieux firent un sacrifice dans la forêt Naîmisha. Là, ce fut Yama, sire, qui alors fut le prêtre officiant. 7275.

» Une fois sanctifié par le sacrifice d’initiation, le Dieu de la mort assura l’immortalité aux créatures indistinctement ; et les êtres, dont la mort épargnait la vie, se multiplièrent à l’excès, grâce à cette négligence de son devoir.

» Lunus, Indra, Varouna, Kouvéra, les Sâdhyas, les Roudras, les Vasous, les deux Açwins et les autres Dieux s’en allèrent de compagnie trouver le Pradjâpati, maître et modérateur du monde. 7276-7277.

» Rassemblés devant l’instituteur de l’univers, ils dirent, troublés d’une cruelle peur à cette multiplication des hommes : « Elle nous épouvante et, désirant le bonheur, nous sommes venus implorer le secours de ta divinité. » 7278.

» Pourquoi donc avez-vous peur ainsi des hommes, répondit l’aïeul suprême des créatures, puisque vous êtes tous immortels ? Secouez cette crainte, que vous inspire la vue de simples mortels ! » 7279.

« Les mortels sont devenus tous immortels, sans aucune exception, reprirent les Dieux. Effrayés de ce don accordé à tous indistinctement, nous venons ici te prier d’y mettre une exception. » 7280.

« Le fils de Vivaçvat, répondit l’adorable, était tout appliqué au sacrifice, quand il a dit : « Que ces hommes ne meurent pas ! » Il a consommé tout le sacrifice d’un esprit absorbé dans ses fonctions, l’heure de la mort ne peut donc arriver pour eux. 7281.

» Le corps du Vivaçvatide est enrichi de vigueur et la vigueur du vôtre s’accroît. La fin de ces hommes arrivera ; en effet, au temps naturel de la mort, il ne restera plus aucune vigueur chez eux. » 7282.

» Dès qu’ils eurent ouï ce langage de leur divin ancêtre, les Dieux se rendirent au lieu, où ils faisaient leurs sacrifices. Là, assis et rassemblés, ils virent dans la Bhagirathî un lotus d’or. 7283.

» Cette vue les remplit d’étonnement. Le héros, qui règne sur eux, vint les trouver. Il avait remarqué une femme, resplendissante comme le feu, à l’endroit où la Déesse Gangâ roule sans cesse avec des eaux plus abondantes. 7284.

» Cette femme pleurait, consumée d’une soif ardente ; elle se plongea dans la céleste Gangâ et se tint sur ses bords. 7285.

» Une goutte de ses larmes, tombée dans l’eau, s’y était changée en ce lotus d’or.

» À la vue de ce prodige, le Dieu du tonnerre demande alors à cette femme vis-à-vis de lui : « Qui es-tu, noble dame ? Pourquoi verses-tu des pleurs ? Je désire une parole, qui soit la vérité : parle ! » 7287.

» La femme répondit :

» Tu me connaîtras ; tu sauras, Indra, quelle femme est ici et pourquoi je pleure, infortunée. Viens, sire ; je marcherai devant toi : tu verras la cause de mes larmes. »

» Il suivit la femme, qui précédait ses pas, et se vit bientôt près d’un jeune homme à l’aspect admirable, jouant aux dés sur la cîme du roi des monts dans la compagnie d’une jeune fille. 7288-7289.

« Sache, lui dit le roi des Dieux, que le monde se tient sous ma puissance : je suis Iça ! » Et, voyant qu’absorbé par le jeu, il ne prêtait aucune attention à ses paroles, Çakra de lui parler avec colère. 7290.

» Mahâ-Déva sourit de le voir en courroux et tourna lentement ses yeux sur le roi des Dieux. À ce regard, celui-ci resta frappé de stupeur et demeura immobile comme un pieu. 7291.

» Après qu’il eut donné à son jeu un temps suffisant, Çiva dit à la femme, qui pleurait : « Qu’on l’emmène loin du lieu où je suis et que l’orgueil ne rentre plus en lui ! »

« À peine touché par lui, Indra s’affaisse et tombe de tout son corps sur la terre. L’adorable à la terrible splendeur lui dit : « Çakra, n’agis plus de cette manière à l’avenir ! 7292-7293.

» Entre dans ce roi des monts à la force, à la vigueur sans mesure ! Entre au milieu de sa caverne, où siègent des êtres semblables à toi, resplendissants comme le soleil. » 7294.

» Quand il eut ouvert l’antre de cette grande montagne, Indra vit là quatre autres Déités d’une splendeur égale à la sienne et cette vue le remplit de chagrin : « Est-ce que je serais, pensa-t-il, prisonnier comme eux ! » 7295.

» Ensuite, ouvrant les yeux, le divin Giriça dit ces mots au Dieu, qui tient la foudre : « Çatakratou, entre dans cette caverne, puisque ton ignorance a jeté le mépris sur moi, sans nul égard à ma présence ! » 7296.

» À ces mots du Seigneur, le roi des Dieux trembla, violemment frappé de cet arrêt, comme une feuille d’açvattha, agitée par le vent sur la cîme du roi des monts.

» À peine eut-il articulé rapidement ce langage, l’Être ineffable, de qui le taureau est la monture, fit entrer dans la caverne le Dieu terrible et multiforme, ses mains réunies aux tempes, et lui jeta ces mots : « Tiens maintenant l’Univers entier sous ton regard ! » 7297-7298.

Le Dieu, effrayant de splendeur, lui dit en riant ; « Les gens de ce caractère ne se laissent point oublier : en voici quatre, qui furent de cette manière avant toi ! Entre dans cette caverne, et ne reste point là ! 7299.

» Quand vous aurez été là prisonniers, vous descendrez tous, c’est indubitable ! dans une matrice de femme ; puis, quand vous aurez accompli sur la terre un exploit incomparable et donné une foule d’hommes à la mort, 7300.

» Vous reviendrez encore dans le monde fortuné d’Indra, conquis par le mérite de vos œuvres. Tout ce que j’ai dit s’accomplira ainsi, joint à d’autres choses différentes. »

« Nous irons du monde des Dieux au monde des hommes, dirent les anciens Indras, où nous attend une délivrance pénible à traverser. Que les Dieux Yama, Vâyou, Maghavat et les deux Açwins nous déposent au sein d’une mère ! » 7301-7302.

» À ces mots, le Dieu, qui tient la foudre, s’adressa en ces termes au plus grand des Dieux : « Je susciterai de ma semence, pour le bien de leur affaire, un homme, qui sera le cinquième de mes fils. » 7303.

(Ce furent Viçvabhoug et Bhoûtadhâman, Çivis, le portrait vivant de l’auguste Indra, Çântis le quatrième et Tédjasvî, qui est dit le cinquième). 7304.

» Le Dieu à l’arc terrible mit devant eux, comme il avait dit, l’amour, auquel aspirait leur penchant ; il fit de Lakshmî, l’amour des mondes, une femme, qu’il établit chez les hommes, pour qu’elle y devînt leur épouse.

» Le Dieu se rendit avec eux vers Nârâyana, l’éternel, l’antique, qui n’a pas eu de naissance, qui n’aura pas de fin, que l’esprit ne peut mesurer, qui est le Tout aux formes infinies. 7305-7306.

» Après qu’il eut ainsi tout disposé, ils naquirent tous sur la terre. Ensuite Hari suscita les deux Kéças, l’un blanc et l’autre noir, 7307.

» Qui entrèrent dans la famille d’Yadou, et deux femmes : Dévakî et Rohinî. L’un d’eux, qui fut le Kéça blanc de ce Dieu, était Baladéva ; l’autre enfant né fut Krishna, nommé ainsi de sa couleur noire. 7308.

» Les formes d’Indra, qui jadis vivaient prisonnières dans la caverne au sein de la montagne, sont ici-bas les héroïques fils de Pândou : l’Ambidextre, leur frère, est une portion d’Indra même. 7309.

» Ces héros, qui sont nés de Pândou, furent donc autrefois des Indras, sire ; et cette Draâupadî à la beauté céleste, qui fut destinée jadis à devenir leur épouse, est Lakshmî elle-même. 7310.

» Comment, sans la faveur du Destin, aurait-on pu voir jaillir de la terre, à la fin du sacrifice, une femme, de qui la beauté resplendissait comme le soleil ou la lune, et qui exhalait sa douce odeur jusqu’à la distance d’un kroça ?

» Il faut que je te fasse un autre don plus que merveilleux, divin ; que je te gratifie, puissant monarque, d’un regard céleste ! Vois, grâce à lui, ces fils de Kountî, revêtus des corps purs, divins, qu’ils portaient avant leur descente ici-bas. » 7311-7312.

Ensuite Vyâsa, le brahme pur aux actions grandes et sublimes, donna par la vertu de sa pénitence une vue céleste au monarque, et celui-ci les vit tous exactement revêtus de leurs anciens corps. 7313.

Droupada les vit tous jeunes, semblables à Indra, ayant la taille d’un palmier, la poitrine vaste, de belles formes, la couleur du soleil et du feu, parés de célestes guirlandes, coiffés de tiares d’or, et le bouquet de fleurs attaché au sommet de la tête ; 7314.

Environnés d’une splendeur immense dans leurs costumes divins, sans poussière, dans leurs guirlandes incomparables et de la plus exquise odeur, doués enfin de toutes les perfections et tels que des Vasous, des Adityas, des Roudras et des Çivas, qui se manifestent aux regards. 7315.

Voyant ces premiers Indras d’une beauté charmante, apprenant qu’Arjouna était un fils d’Indra et une forme d’Indra, le roi Droupada enchanté contemplait avec admiration cette magie divine et d’une hauteur infinie.

Dès que l’Indra des hommes vit cette femme supérieure, divine, riche d’une beauté suprême, pareille au feu ou telle que la lune en personne, il pensa qu’elle était une épouse assortie pour eux en renommée, en splendeur, en belles formes. 7316-7317.

Aussitôt qu’il eut regardé cette beauté hautement prodigieuse, il embrassa les pieds du fils de Satyavatî et, d’une âme sereine, lui dit : « Ceci n’a rien, qui surprenne en toi, éminent rishi. » 7318.

Vyâsa reprit :

» Un rishi magnanime avait une jeune fille dans la forêt des pénitences ; mais, toute charmante, qu’elle fût, cette fille ne trouvait pas un époux. 7319.

» Elle se mit donc à réjouir Çankara avec de violentes macérations ; et, satisfait : « Choisis une grâce ! » lui dit Içwara de sa bouche même. 7320.

» À ces mots, elle de répondre au Dieu, qui départ les grâces : « Je désire un époux, doué de toutes les qualités ;

» ce qu’elle répéta deux et plusieurs autres fois. Le souverain des Dieux exauça, l’âme contente, sa prière : « Tu auras, noble vierge, cinq maris à la fois, » lui dit Çankara. 7321-7322.

Elle d’une voix suppliante, elle répondit au Dieu : « Çankara, daigne me donner un seul époux, bien doué de qualités. » 7323.

Le Dieu des Dieux, l’esprit joyeux, reprit en ces paroles fortunées : « Tu m’as dit à cinq fois différentes : « Donne-moi un époux ! » 7324.

» Il en sera donc ainsi de cette parole ; mais, descende la félicité sur toi ! on ne la verra s’accomplir qu’à l’époque où tu seras passée dans un autre corps. » 7325.

» C’est la fille à la beauté divine, qui est née à Droupada : l’incomparable Krishnâ la Prishatide est l’épouse destinée à cinq maris. 7326.

» Cette vierge du ciel est née dans le grand sacrifice pour les fils de Pândou ; elle a mérité ici par son effrayante pénitence l’honneur de naître ta fille. 7327.

» Tu sais maintenant, sire, que cette brillante Déité, l’amour des Dieux, fut créée par Swayambhou lui-même pour être l’épouse de cinq Dieux en récompense du mérite de ses œuvres ici-bas : fais donc, sans hésiter, Droupada, ce qui est ton désir. 7328.

Droupada reprit :

« Avant que j’eusse ouï ces paroles de toi, grand saint, j’avais déjà tourné mes efforts à disposer les choses. Il est impossible d’éluder ce que le Destin a fixé : cela même est une loi manifeste. 7329.

» On ne peut dénouer le nœud, qui fut serré par le Destin ; aucune chose n’est fondée ici-bas par le fait d’elle-même. Cette demande, en effet, d’un seul époux, qui fut la cause d’une pluralité, n’est-elle pas de cette vérité une preuve bien manifeste ? 7330.

» Krishnâ, sans le vouloir, a dit en présence de Çiva : « Que l’Adorable me donne cinq époux ; » et le Dieu répondit : « Qu’il en soit ainsi de la grâce ! » sachant quel mystère enveloppaient ces paroles. 7331.

» Si la chose, que Çankara fit ainsi, était bien ou mal, ce n’est pas sur moi, qu’en retombe ici la faute. Que ces héros prennent donc suivant les rites la main de Krishnâ, puisqu’à ma grande joie elle fut destinée pour eux ! »

Ensuite le saint anachorète dit à Youddhishthira ; « Voici un jour saint pour vous, fils de Pândou ; c’est aujourd’hui que la lune fait sa conjonction avec l’astérisme Paaûshya : prenez aujourd’hui la main de Krishnâ au lever du soleil. » 7332-7333.

Le roi Yajnaséna fit donc apporter en grande quantité avec son fils toutes les choses excellentes prescrites dans les mariages ; il fit baigner sa fille et la fit parer de nombreux joyaux. 7334.

Alors se rassemblèrent de compagnie pour assister au mariage tous les amis du monarque, ses ministres, les brahmes de la plus haute renommée et tous les citadins suivant les rangs de prééminence. 7336.

La cour ornée avec des jonchées de lotus et de nélumbos, alors son palais, embelli de ses principaux officiers, émaillé par des masses de pierreries et des multitudes de chasse-mouches, resplendit comme le ciel, quand il est parsemé de ses limpides étoiles. 7336.

Ensuite, auguste seigneur, tels que de superbes taureaux entrent joyeux à l’étable, entrèrent, sur les pas du vertueux Dhaâumya, l’archibrahme, éclatant de la splendeur du feu, l’un suivant l’autre, conformément à l’étiquette, tous les vertueux fils du monarque issu de Kourou, jeunes, embellis de fleurs, ornés de pendeloques, revêtus de robes et d’habillements précieux, arrosés de sandal, sortants du bain et consacrés par les cérémonies pour attirer la bonne fortune. 7337-7338.

L’archibrahme, consommé dans les Védas, appliquant son esprit à ses fonctions, de sacrifier au feu allumé avec les prières ; et, séparant de ses frères Youddhishthira, le prêtre versé dans les prières de l’unir avec la belle Krishnâ. 7339.

Il conduisit les deux nouveaux époux se tenant par la main dans un pradakshina autour du feu sacré ; et, quand il eut obtenu le congé du prince, qui portent l’auréole des champs de bataille, le brahme, consommé dans les Védas, sortit de l’habitation du roi. 7340.

Les héros, incréments de la race de Kourou, fils du souverain des hommes, et portant une beauté chaque jour de plus en plus grande, prirent alors chacun à son tour la main de cette princesse, la plus belle des femmes. 7341.

Il fut déclaré là par le Dévarshi que cette beauté merveilleuse était incontestablement ce qu’il y avait de plus haut dans la condition humaine ; et la jeune vierge à la taille charmante prenait elle-même, à mesure que le jour s’écoulait, une incomparable excellence de majesté.

La cérémonie du mariage conduite à sa fin, Droupada se mit à gratifier les héros de précieuses richesses en toutes les formes : ils reçurent de lui une centaine de chars ornés de guirlandes en or du plus fin, attelés de quatre chevaux aux brides et aux freins d’or ; 7342-7348.

Une centaine d’éléphants et de proboscidiens aux défenses dorées, tels qu’un cent de montagnes aux pitons d’or ; une centaine de servantes dans la plus fraîche jeunesse, parées des bouquets, des robes, des parures et des vêtements les plus riches. 7344.

De plus, le Somakide à la haute majesté donna, en présence du feu, à chacun des brahmes, qui possédaient une vue céleste, un amas de richesses ; à ces dons, il ajouta encore des habillements et des insignes, joints à une grande puissance. 7345.

Le mariage célébré, maîtres de cette femme, la plus riche des perles, les fils de Pândou à la grande vigueur, ces portraits vivants d’Indra, se divertirent dans la ville du roi des Pântchâlains. 7346.

Après qu’il eut contracté cette union avec les fils de Pândou, ce monarque ne vit plus nulle part aucun danger à redouter pour lui, vînt-il même des Dieux ! 7347.

Les femmes du magnanime Droupada, nommées les Encomiastes, s’étant approchées de Kountî, touchèrent ses pieds du front. 7348.

Après que la nouvelle épouse, acquittée des saintes prières du mariage, eut fait, revêtue d’une robe de lin, ses révérences à sa belle-mère, elle se tint devant elle, inclinée et les paumes de ses mains réunies aux tempes. 7349.

Alors Kountî de répandre avec amour ces paroles de bénédiction sur Draâupadî, pleine de nobles qualités, douée d’un excellent caractère et qui réunissait en elle toutes les conditions de la beauté : 7350.

« De même qu’indranî avec le Dieu aux coursiers verts, Rohinî avec Lunus, Damayanti avec Nala ; de même que Bhadrâ avec le fils de Viçravas, Aroundhatî avec Vaçishtha et Lakshmî avec Nârâyana, ainsi puisses-tu être avec tes époux ! 7351-7352.

» Heureuse, environnée de plaisirs, enivrée de toutes les joies, participante aux sacrifices de ton époux, fidèle à tes vœux envers ton mari, sois une mère de héros et vois tes fils jouir tous de la vie ! 7353.

» Traitant avec honneur les hôtes venus dans ta maison, les gens de bien, les vieillards, les enfants et les gourous, que tes années coulent d’un cours éternel suivant la juste raison ! 7354.

» Constante amie de la vertu, fais sacrer un roi ton fils sur le trône des villes, des royaumes et des plus belles provinces du Kouroudjângala ! 7355.

» Donne en pleine propriété aux brahmes dans le grand sacrifice d’un açwa-médha ce globe entier conquis héroïquement par tes époux à la grande vigueur ! 7356.

» Savoure, noble femme, cent automnes de bonheur et jouis des plus riches pierreries, que renferme la terre opulente ! 7357.

» Telle que je te félicite aujourd’hui, nouvelle épouse, revêtue de la robe de lin, telle puissé-je bientôt te féliciter, vertueuse mère d’un nouveau-né ! » 7368.

Ensuite Hari envoya aux fils de Pândou à l’occasion de leur hymen un présent de parures en or, émaillées de pierreries et de lazuli. 7359.

Le meurtrier de Madhou envoya de précieux vêtements, tissus en différentes contrées, des couvertures, des pelleteries douces au toucher et des gemmes resplendissantes, 7860.

Des lits et des sièges grands et divers, des vases par centaines, incrustés de diamants et de lapis-lazuli. 7361.

Krishna leur donna des serviteurs, nés en différents pays, doués de jeunesse, de beauté, de politesse, et splendidement ornés de mainte et mainte parure ; 7362.

Des éléphants bien dressés, magnifiques, des chevaux excellents, domptés, richement décorés et des chars embellis de resplendissantes étoffes d’or. 7363.

Le meurtrier de Madhou à l’âme, qui dépasse toute mesure, envoya même de l’or brut et de l’or monnayé par dixaines de millions. 7364.

Youddhishthira, Yama fait homme, reçut tous ces présents, comblé de la plus grande joie et par le désir de faire une chose, qui plût à Govinda. 7366.