Le Mahâbhârata (traduction Fauche)/Tome 2/La mort de Djarâsandha

Traduction par Hippolyte Fauche.
(tome 2p. 395-418).


LA MORT DE DJARÂSANDHA



Le Vasoudévide reprit :

« Hansa et Dimbhaka ne sont plus, Kansa fut tué avec ses suppôts, le moment est donc arrivé pour la mort de Djarâsandha. 768.

» Lui, de qui ne sauraient triompher dans un combat les Démons joints aux Dieux mêmes, il faut le vaincre dans un duel à mort : c’est ainsi que nous concevons l’entreprise. 769.

» La science politique est en moi, la force est en Bhlma ; nous serons gardés tous deux par Dhanandjaya. Nous vaincrons ainsi le Magadhain et nous accomplirons le sacrifice comme trois Agnis. 770.

« Il faut que nous allions trouver, nous trois, ce grand monarque dans un lieu solitaire : il ne refusera pas sans doute le combat avec un seul homme. 771.

» Poussé en avant par un vaniteux dédain, l’envie d’acquérir et l’orgueil, que lui inspire la vigueur de son bras, il ne reculera certainement pas devant un duel avec Bhîmaséna. 772.

» Ce héros à la grande force, aux longs bras, suffit pour sa mort, comme Yama seul pour celle du monde soulevé contre lui. 773.

» Si tu connais mon cœur, si tu as confiance en moi, ne tarde pas à me remettre comme un dépôt Arjouna et Bhîmaséna ! » 774.

À ces mots de l’adorable, Youddhishthira fit cette réponse, voyant Arjouna et Bhîma, qui se tenaient devant lui d’un air plein de résolution ; 775.

« Réponds-moi, immortel Atchyouta, ô toi, de qui le bras moissonne les armées des ennemis. Ta majesté est la protectrice des fils de Pândou, et c’est près de ta majesté que nous cherchons un abri. 776.

» Tout arrive de la manière que tu l’as prédit, Govinda, car tu n’es jamais devant ceux, de qui la fortune détourne son visage. 777.

» La mort de Djarâsandha, la délivrance des rois, la faculté obtenue par moi du râdjasoûya ; c’est toi, présent ici, qui as tout sous tes ordres. 778.

» Agis de telle sorte, ô le plus grand des hommes, que ces événements, protecteur du monde, ne tardent point à s’accomplir. 779.

» Je ne puis vivre sans vos trois altesse. » ; séparé de vous, c’est-à-dire, de l’aimable, de l’utile et du juste, le chagrin me tourmente comme une personne affligée par la maladie. 780.

» Krishna fût-il sans Arjouna et Arjouna sans Krishna ; il n’est pas un être invincible, à mon avis, dans le monde de ces deux Krishnas. 781.

» Que ne peut faire, secondé par vous, le protégé de la Fortune, le plus fort des êtres vigoureux, l’héroïque Vrikaudara à la vaste renommée ? 782.

» Une réunion de forces bien conduites enfante des effets supérieurs : la force aveugle est impuissante, dit-on ; il faut que les sages dirigent ses efforts. 783.

» C’est ainsi que les pêcheurs détournent l’eau des lieux, où elle est profonde ; c’est ainsi que les pêcheurs conduisent l’eau en des fosses creusées de leurs mains.

» Assurant donc notre appui sur Krishna, le sage, qui n’ignore point les axiômes de la science politique, le héros, célèbre dans l’univers, déployons tous nos efforts pour le succès de l’entreprise ! 784-785.

» Ainsi, l’heureuse issue dans les choses, que nous allons tenter, suivra nécessairement Krishna, qui réunit la force, la conduite et la science, qui est ingénieux à trouver les moyens de réussite. 786.

» Ainsi, qu’Arjouna suive maintenant Krishna et que Bhîma suive Arjouna pour l’accomplissement de cette affaire ; et la politique, la force et la victoire, associées dans l’héroïsme, concourront à nos succès. » 787.

Ces paroles dites, ces frères aux vastes forces, le Vrishnide et les deux Pândouides, s’acheminèrent tous vers le pays du Magadhain. 788.

Il avaient revêtu le costume de brahmes éclatants de sainteté, consommés dans la science ; et leurs amis les avaient salués des plus aimables paroles. 789.

Le corps de ces trois hommes, qui avaient ceux d’Agni, de Lunus et du Soleil, flamboyait alors d’une éclatante lumière dans la colère, dont ils étaient consumés pour les injures faites à leurs parents. 790.

À la vue de ces deux Krishnas, qu’on n’avait pu vaincre dans les combats, qui réunissaient leurs efforts dans une seule entreprise et devant lesquels marchait Bhîma, tout le monde regarda comme déjà mort le roi Djarâsandha.

En effet, ces deux magnanimes seigneurs avaient, eux ! des stimulants à toutes les affaires ; ils étaient les promoteurs de toutes les entreprises, ils excitaient les hommes au juste, à l’utile, à l’aimable. 791-792.

Ils s’acheminèrent du pays des Kourous par le centre vers le Kouroudjângala ; ils arrivèrent au charmant Lac-des-Lotus et traversèrent le Kâlakoûta. 793.

Ils marchaient, rencontrant tour à tour dans l’Ékaparvataka les rivières Gandakî, Mahâçona et Sadânîrâ. 794.

Ils franchirent la délicieuse Sarayoû, ils virent la Koçalâ orientale, ils traversèrent la Mithilâ, la rivière Mâlâ, la Tcharmanvatî, la Gangâ et le Çona. Les trois immortels compagnons, vêtus d’écorce et d’herbes kouças, s’avançaient, le visage tourné à l’orient, vers les champs du Magadha. 795-796.

Quand ils se furent approchés du mont Goratha, ombragé de beaux arbres, toujours arrosé d’eau, éternellement foulé par les troupeaux, ils aperçurent enfin la capitale des Magadhains. 797.

Le céleste Vasoudévide tint alors ce langage :

« Cette splendide résidence du Magadhain, pleine de bestiaux, continuellement rafraîchie par les eaux, inconnue aux maladies, me semble vaste, fils de Prithâ, et riche de superbes maisons. 798.

» Le grand mont Vaîhâra, le Sanglier, le Taureau, la Montagne-des-rishis et les Beaux-Tchaîtyas, qui sont, mon enfant, la cinquième ; 799,

» Ces cinq montagnes aux cîmes élevées, aux arbres semant de frais ombrages, environnent de leurs flancs rapprochés Girivradja, comme si elles avaient envie de protéger cette ville de tous les côtés. 800.

» Elles sont cachées, pour ainsi dire, sous des bois de lodhras charmants, pleins de senteurs exquises, dont les fleurs couronnent l’extrémité des branches, arbres chers au peuple des amants. 801.

» C’est là que le magnanime anachorète aux vœux parfaits, Kâkshîvat le Gautamide, engendra ses fils au sein de l’artisane Aâuçînarî. 802.

» La faveur des rois passa ici de cette habitation du Gautamide, comme dans un palais, à la race de Manou.

» Anga, Vanga et d’autres monarques à la bien vaste puissance ont visité jadis, Arjouna, la chaumière du fils de Gautama, où ils se sont divertis. 803-804.

» Nous allons voir de charmantes allées d’arbres, des lodhras et de brillants pippalas, nés, fils de Prithâ, autour de l’hermitage du Gautamide. 805.

» Ici, habitent deux serpents, la terreur des ennemis, Arvouda etÇakravâpî ; ici, se dressent les palais sublimes de Swastika et de Maninâga. 806.

» Manou accorda aux Magadhains le privilège de n’être jamais sans l’abri des nuages, et Manimat, le rejeton de Kouçika, les combla de faveurs. 807.

» En possession d’une ville délicieuse, inattaquable de tous les côtés, Djarâsandha pense que sa prospérité atteint une perfection sans égale : arrachons-lui, nous I aujourd’hui son orgueil dans un combat ! » 808.

Ces paroles dites, ces frères aux vastes forces, le Vrishnide et les deux Pândouides, s’acheminèrent vers la cité des Magadhains. 809.

Ils s’approchèrent de cette imprenable Girivradja, fière de son peuple bien nourri, pleine de citadins appartenants aux quatre classes et toujours dans la joie de splendides fêtes. 810.

Ils s’avancèrent jusqu’à la porte de la ville aussi haute qu’une montagne. À peine eurent-ils reçu les hommages des Vribadrathides, habitants de la cité, qu’ils coururent du trhaitya de ce lieu vers un autre magnifique et nommé le Tchaîtya-des-Magadhains. 811.

C’était là que Vrihadratha jadis avait rencontré un taureau mangeur de chair, l’avait tué et fait couvrir de sa peau trois tambours. 812.

Il s’était revêtu du reste et les avait placés dans sa ville, où, quand ils résonnaient, ces tambours étaient inondés de fleurs célestes. 813.

Après que les trois compagnons eurent brisé les trois tambours, ils s’élancèrent tous de la porte, munis de plusieurs armes et sans tourner le visage, sur le retranchement, où s’élevait le tchaîtya. 814.

Eux alors de se précipiter sur le superbe tchaîtya des Magadhains et de le frapper sur la tête comme ils auraient voulu frapper Djarâsandha ; 816.

Et de faire tomber sous les coups de leurs grands bras cet arbre antique, vaste, inébranlablement assis, à la cîme aérienne, honoré de tous et sans cesse comblé d’encens et de guirlandes. Cet exploit accompli, nos héros joyeux entrent dans la ville. 816-817.

Or, dans cet instant même, des brahmes, qui étaient parvenus à la rive ultérieure des Védas, aperçurent de sinistres présages et en portèrent la nouvelle à Djarâsandha. 818.

Les Pourohitas de marcher à l’entour du monarque, debout et tel qu’un éléphant. Pour détourner ces mauvais augures, le glorieux Djarâsandha fut consacré par les cérémonies, observa la continence et se voua au jeûne. Les princes sous l’extérieur d’initiés et d’ascètes, qui désiraient, noble Bharathide, combattre avec Djarâsandha, entrèrent sans armes, sans nulle autre défense que leurs bras, dans cette ville, où ils admirèrent une opulence extraordinaire de jeux, de bouquets et de mets divers. 819-820-821.

Après qu’ils eurent parcouru des yeux la vaste abondance, riche de toutes les qualités et faite pour combler tous les désirs, étalée dans le marché, ces héros 822.

À la grande vigueur, Krishna, Bhîma et Dhanandjaya, portant leurs pas dans la rue du roi, enlevèrent de force à un marchand de fleurs sa provision de bouquets. 823.

Tous alors, parés de guirlandes, avec des pendeloques éblouissantes et des robes sans poussière, ils entrent dans l’habitation du sage Djarâsandha : tels des lions de l’Himàlaya regardent une étable de vaches. Leurs bras, pareils aux colonnes d’un palais, auguste roi, brillaient, parfumés d’aloës et de sandal, comme ceux des hommes accoutumés aux combats. À la vue de ces étrangers, semblables à des éléphants, à la vaste poitrine, à la taille aussi haute que le tronc des grands chênes, l’admiration saisit tous les Magadhains. Ces nobles aventuriers traversent trois enceintes, pleines de monde. 824-825-826-827.

Ils s’approchent du roi sans crainte et même avec fierté. Celui-ci de se lever aussitôt devant eux, suivant l’étiquette ; il s’approche de ces brahmes, dignes de l’eau pour se laver les pieds, et de la corbeille hospitalière, dignes qu’on leur offre la vache, entrés chez lui pour l’honneur de l’hospitalité : « La bien-venue soit à vous ! » leur dit l’auguste. 828-829.

Arjouna et Bhîma de garder le silence, et Krishna à la vaste intelligence, Djanamédjaya, répondit alors au milieu d’eux : 830.

« Ces deux hommes ne peuvent te parler, Indra des rois ; car ils sont liés par le vœu du silence. Ils causeront avec toi après la nuit prochaine. » 831.

Le monarque établit ses hôtes dans la chapelle des sacrifices et s’en alla dans l’appartement des rois. Ensuite, arrivée la moitié de la nuit, il se rendit où étaient les brahmes. 832.

[1]………………… 833.

…………… Djarâsandha, le plus grand des rois, s’approcha d’eux et, les ayant vus encore dans la toilette, qu’ils portaient avant, il fut saisi d’étonnement. À la vue du monarque, ces princes, meurtriers des ennemis, adressèrent tous, ô le plus vertueux des Bharatides, ces paroles à Djarâsandha : « Swasti ! sire ! Sur toi descende la prospérité ! » et là-dessus ils se tinrent, 834-835-836.

Les yeux fixés sur le roi, qui tenait les siens fixés sur eux. Djarâsanda dit alors, tigre des rois, à l’Yadouide et aux deux Pândouides : 837.

« Asseyez-vous ! » C’est ainsi qu’il parla, Indra des rois, à ces princes cachés sous le costume emprunté des brahmes. Ils s’assirent donc tous les trois. 838.

Le monarque, fidèle à la vérité, tint alors ce langage aux héros, qui flamboyaient de beauté, comme trois feux allumés sur le grand autel. 839.

Il les blâma de se travestir, fils de Kourou, en prenant des parures, qui ne séaient point à leur état : « Des brahmes, qui sont initiés et qui sont liés par des vœux, leur dit-il, ne portent point ainsi, dans ce monde des hommes, des onguents et des bouquets à l’extérieur. C’est ce dont je suis tout à fait sûr. Qui êtes-vous donc, vous, qui êtes parés de fleurs et sur les bras de qui la corde des arcs a imprimé ses traces ? 840-841.

» Vous, qui professez le brahmanat et portez une vigueur de kshatryas ? Vous, qui êtes revêtus de robes si pures ? Vous, qui êtes ainsi parés d’onguents et de bouquets à l’extérieur ? 842.

» Dites la vérité ! Qui êtes-vous ? La vérité brille chez les rois. Vous, qui avez brisé la cîme du tchaîtya, haute comme la cime d’une montagne, dites ! que couvre ici ce déguisement ? 843.

» Vous n’êtes pas entrés par la porte et n’avez pas craint d’offenser ainsi le roi : parlez ! et mettez surtout dans vos paroles la force du brahmane ! 844.

» Que signifie cette action de vous, que je vois maintenant et dont rien ne dénote l’intention ? Pourquoi, quand vous êtes venus près de moi, ne m’avez-vous pas honoré, en me rendant vos hommages, comme le prescrit l’étiquette ? Quelle raison vous a fait venir en ces lieux ? » Il dit ; et Krishna à la haute sagesse lui répondit

En ces termes d’une voix douce et profonde, lui, qui maniait habilement la parole : 845-846-847.

« Sache, monarque des hommes, que nous sommes des initiés, sinon des brahmes. L’initiation et les vœux embrassent à la fois, sire, les brahmes, les kshatryas et les vaîçyas.

» Ils ne diffèrent pas, quoiqu’ils aient des observances différentes. Le kshatrya, si toujours il excelle, arrive à posséder Çrî. 848-849.

» Çrî est la fidèle compagne des hommes, qui ont des fleurs : c’est pour cela que tu nous vois ici portant ces bouquets. Le kshatrya possède la vigueur du bras ; mais il n’a pas la force de la parole. 850.

» La parole dans sa bouche est sans énergie. Aussi Brahma lui a-t-il remis, fils de Vrihadratha, sa propre vigueur, qu’il a déposée aux deux bras des kshatryas. 851.

» Si tu désires en voir la preuve, sire, tu la verras aujourd’hui sans doute ries hommes sages entrent chez leurs amis par la porte ; mais, dans la maison de leurs ennemis, c’est par une autre voie que la porte. Le devoir même approuve ces moyens. Nous sommes venus en ta demeure, où des affaires nous appelaient ; mais nous n’y recevrons pas les honneurs d’un ennemi ; sache-le : c’est notre inébranlable résolution ! » 852-853.

Djarâsandha lui répondit :

« Je ne me souviens pas d’une époque, où j’aie été jamais en guerre avec vous ; et j’ai beau chercher dans ma pensée, je n’y trouve pas une offense, que j’aie reçue de vous en retour de la mienne. 854.

» Puisqu’il n’y a pas eu d’offense, comment pouvez-vous me regarder, moi, qui en suis innocent, comme un ennemi ? Expliquez-vous ! Allons ! brahmes ! c’est la loi des gens de bien. 855.

» Car le kshatrya, en jetant l’offense à qui ne l’a point offensé, met la douleur en son âme, c’est indubitable, parce qu’il foule aux pieds le juste et l’utile. 856.

» Un héros, qui, instruit des devoirs, suit dans le monde un sentier autre que celui-ci, entre dans la voie des pécheurs et se ferme les mondes purs. 857.

» Dans les trois mondes, en effet, le premier devoir du kshatrya est celui des hommes, qui pratiquent le bien : les sages, qui ont la science de la vertu, ne recommandent pas un autre devoir. 858.

» Vous m’avez l’air de parler ici maintenant avec irréflexion d’un homme tel que je suis, qui restes dans mon devoir, qui tiens mon âme comprimée et qui suis sans reproche à l’égard de mes sujets. » 859.

» Prince aux longs bras, il est, reprit Krishna, un rejeton de noble race, qui soutient seul le poids de sa race : c’est d’après son ordre que nous sommes venus ici vers toi. 860.

» Tu as enlevé des kshatryas dans le monde, qu’ils habitaient, sire ! Coupable de cette faute horrible, comment peux-tu dire : « Je suis pur de tout péché ? » 861.

» Comment, ô le plus grand des potentats, un roi voudrait-il faire du mal à des rois vertueux ? Et toi, tu veux offrir en sacrifice à Roudra ces rois, que tu as emmenés prisonniers ! 862.

» Ce que tu as fait de cette manière, fils de Vrihadratha, c’est à nous qu’en appartient le châtiment ; car c’est à nous, qui en avons la force, de maintenir le devoir, au sentier duquel nous marchons ! 863.

» Partout on voit les hommes dans leur tristesse abandonner l’usage des parfums. Comment désires-tu offrir au Dieu Çankara des sacrifices humains ? 864.

» Toi, homme de la même caste, tu donneras le nom de bestiaux à des hommes de ta caste ! Peut-il exister, Djarâsandha, un autre homme aussi insensé que toi ? 865.

» Quelque action que fasse un homme, il ne peut éviter, quelque puisse être sa condition, de recueillir son fruit.

» Revêtant la douleur de nos infortunés cousins, nous sommes venus ici pour sacrifier ta vie au salut de nos parents, dont tu jettes les vies à la mort. 866-867.

» Il n’existe pas, dit-on, un autre homme, ton égal, au monde parmi les kshatryas ! » Ces paroles font croire, sire, que tu es un immense océan de génie. 868.

» Quel roi kshatrya, s’il eut de l’âme, s’il ne mit pas en oubli de quelle race il était issu, n’est pas entré, aussitôt sorti du combat, dans l’incomparable et immortel Swarga ?

» Montés au Swarga même, les kshatryas, consacrés dans les sacrifices des batailles, conquièrent les mondes purs ; sache-le, monarque des enfants de Manou.

» La matrice du Swarga, c’est une grande science des livres saints ; la matrice du Swarga, c’est une vaste renommée ; la matrice du Swarga, c’est la pénitence : le Swarga est la récompense assurée de la mort dans les combats. 869-870-871.

» En effet, c’est grâce aux vertus, qui n’abandonnent jamais Vaîdjayanta, la bannière d’Indra, que Çatakratou, après qu’il eut taillé en pièces les Asouras, devint le maître du monde. 872.

» Qui fera la guerre comme toi pour la recherche du Swarga, comme toi, dis-je, avec tes nombreuses armées Magadhaines, orgueilleux de ta force et de tes richesses ?

« Ne méprise pas tes ennemis, sire ! Il y a de la vigueur en chaque homme : tel peut avoir une force égale à la tienne, souverain des hommes, ou même supérieure. 873-874.

» Aussi long-temps que cela te sera inconnu, sire, nous aurons à le supporter : c’est pourquoi je te parle. 875.

» Abandonne, Magadhain, ta hauteur et ton orgueil avec tes pareils : ne te jette pas avec ton armée, tes ministres et tes fils dans le séjour d’Yama ! 876.

» Le mépris, qu’ils professaient ici-bas pour les plus grands, fit périr les rois Dambhaudbhava, Kârttavirya, Outtara et Vrihadratha. 877.

» C’est le désir d’arriver près de toi, qui nous a fait prendre ces déguisements : oui ! nous ne sommes pas véritablement des brahmes. Je suis Hrishlkéça-Çaâuri ; ces deux princes sont les fils de Pândou. 878.

» Roi, nous te défions au combat ! Magadhain, combats résolument ! Ou remets en liberté tous les rois, ou descends au palais d’Yama ! » 879.

Djarâsandha répondit :

« Je n’ai réduit en esclavage aucuns rois, sans les avoir vaincus : celui, que je n’ai pas vaincu, conserve ses états. Qui est ici, que je n’aie pas vaincu ? 880.

» Le kshatrya peut faire ce qu’il veut de l’ennemi, qu’il a attaqué bravement et rangé sous sa puissance : tels sont, Krishna, et sa profession et les moyens, dont il vit. 881.

» Quand j’ai fait de ces rois la chose des Dieux, comment pourrais-je les mettre en liberté par crainte, n’ayant pas oublié, Krishna, le vœu, que j’ai prononcé comme kshatrya ? 882.

» Je combattrai à la tête d’une armée contre une armée, ou moi seul contre un seul, ou avec deux, ou avec trois, ensemble ou séparément ! » 883.

Ces paroles dites, le roi Djarâsandha, qui voulait déployer en cette bataille des efforts épouvantables, ordonna de sacrer son fils Sahadéva. 884.

Le monarque se rappela dans ce combat Kaâuçika, le général de ses armées, et Tchitraséna, qu’il s’en alla trouver, ô le plus éminent des Bharatides. 885.

C’étaient les mêmes, sire, que les hommes dans une vie précédente avaient appelés sous les noms, honorés dans le monde humain, de Hansa et Dimbhaka. 886.

Le tigre entre les hommes, l’ami constant de la vérité, l’auguste Çaâuri de se rappeler alors ce que le Destin sire, avait décrété sur le monarque, à l’audace semblable à celle d’un tigre, le héros à la bravoure épouvantable sur la terre, Djarâsandha, le plus fort des forts : on ne le tuera pas dans un combat soutenu contre Madhoubhid ! » 887-888.

Le frère puîné de Haladhara, le premier des hommes réfléchis, le saint meurtrier de Madhou, respectant cetordre de Brahma, n’eut aucune envie de le rompre lui-même. Adhokshadja aux éloquentes paroles, incarné dans un fils d’Yadou, tint ce langage au roi Djarâsandha, de qui l’âme était résolue au combat : 889-890.

« Avec qui des trois, sire, ton cœur aspire-t-il à combattre ? Qui d’entre nous tous doit se tenir prêt à cette lutte ? » 891.

À ces mots, le puissant roi du Magadha, Djarâsandha à la grande splendeur choisit pour adversaire Bhîmaséna.

L’archibrahme, le rotchana, une guirlande et d’autres bouquets à sa main, portant les médicaments les plus efficaces, des amulettes [2] et des charmes [2], s’approcha du monarque, brûlant de combattre. 892-893.

Aussitôt que le brahme illustre eut versé les bénédictions sur lui, l’auguste Djarâsandha, se rappelant son devoir de kshatrya, se revêtit de son armure. 894.

Il déposa le diadème et lia ses cheveux ensemble ; puis, il se leva comme une mer à la fougue impétueuse. 895.

Le monarque habile, à l’effrayante valeur, dit à Bhîma : a Je combattrai avec toi, héroïque Bhîma, le plus grand des vainqueurs. » 896.

À ces mots, le dompteur des ennemis, Djarâsandha à la grande splendeur, s’avança contre Bhîmaséna : tel jadis marchait contre Çakra le Démon Bala. 897.

De son côté, le vigoureux Bhîmaséna, à peine Krishna eut-il prononcé sur lui ses bénédictions, le salua et, poussé par le désir de combattre, s’avança contre Djarâsandha.

Ensuite, ces deux héros, tigres dans la condition humaine, en vinrent aux mains avec une ardeur extrême, n’ayant d’armes que leurs bras, ambitieux de remporter l’un sur l’autre une victoire. 898-899.

Ils commencent par se prendre les mains, se saluent du pied, retroussent dans leurs ceintures le pan de leur vêtement inférieur et se frappent les bras à grand bruit.

Ils se comprimèrent les épaules entre leurs bras, ils se frappèrent le corps mainte et mainte fois, ils s’embrassèrent de nouveau corps à corps, ils se choquèrent, seineur, ils mirent leurs mains dans les positions les plus savantes de l’art, rattachèrent leurs vêtements inférieurs et se firent voir la foudre et les éclairs avec de grands coups assénés sur le cou et sur les joues. 900-901-902.

Après qu’ils eurent exécuté les plus beaux enchaînements de bras, qu’ils se furent tous deux frappés avec le pied élevé à la hauteur de la tête, qu’ils se furent l’un à l’autre fait des joues semblables à des cruches, ils se portèrent le poing dans la poitrine. 903.

Les deux champions, armés seulement de leurs bras, se menaçant comme deux éléphants, criant d’une voix tonnante, pareille au bruit des nuages, se broyaient avec les mains. 904.

Ils combattaient, se meurtrissant avec la paume des mains, s’observant l’un l’autre, s’entretirant d’ici et de-là, comme deux lions en fureur. 906.

Quand ils se furent écrasés membres sur membres et bras contre bras, ils commencèrent une nouvelle lutte en s’étreignant mutuellement, le ventre de l’un comprimé dans les bras de l’autre. 906.

Ils fatiguèrent autour des lombes et des flancs vigoureux leurs bras exercés ; puis, dénouant leurs mains, ils en précipitèrent les coups au milieu du ventre et sur la gorge. 907.

Ils se brisaient les dos, dont ils franchissaient les bornes entièrement, et, donnant aux joues enflées la forme des cruches, ils faisaient perdre la connaissance sous les coups. 908.

Ils foulaient aux pieds le gazon et donnaient, autant qu’il le désirait, à leur poing une complète unification avec l’adversaire. C’est ainsi qu’ils soutenaient l’un contre l’autre les plus terribles combats. 909.

Les habitants de la ville s’étaient rassemblés pour contempler cette lutte de nos deux héros : brahmes, kshatryas, vaîçyas, çoûdras par milliers, les femmes et les vieillards entièrement. Ils étaient environnés là par ces multitudes d’hommes, pressés, vaillant monarque, sans laisser aucun intervalle. 910-911.

La prise des bras, leur compression, leur chûte rendaient les assauts du couple héroïque aussi épouvantables que deux foudres, tombant sur deux montagnes, 912.

Tous deux au plus haut point de la résolution, les mieux doués en force de tous les forts, poussés d’une mutuelle envie de la victoire, ils cherchaient à se trouver l’un l’autre en défaut. 913.

La terrible lutte de ces vigoureux athlètes avait rassemblé le monde sur leur champ de bataille au spectacle de ces grands assauts, comme jadis le combat de Vritra et du fils du Vasou. 914.

Tantôt poussés en arrière ou tirés en avant, tantôt cédant à la traction ou jetés çà et là, il s’entretiraient l’un l’autre et se frappaient avec les genoux. 915.

Ils se renvoyaient la menace d’une voix tonnante et répondaient aux coups par des coups, semblables à la chûte des rochers. 916.

Ces athlètes aux vastes poitrines, aux longs bras, également habiles dans ces luttes, s’attachaient l’un à l’autre avec des bras, pareils à des massues de fer. 917.

Ce duel commença le premier jour du mois Kârttika et se continua sans repos, sans nourriture, le jour et la nuit.

Ces magnanimes combattirent de cette manière treize jours ; enfin, le quatorzième, la fatigue força le Magadhain à quitter la partie. 918-919.

Quand Djanârdana, sire, vit le roi tellement accablé de lassitude, il adressa à Bhîmaséna aux terribles exploits ces paroles, qui semblaient renfermer un conseil ; 920.

« Il n’est pas reçu, fils de Kountî, qu’on profite de la fatigue de l’ennemi pour l’accabler dans un combat ; car l’homme tout épuisé de fatigue doit perdre nécessairement la vie. 921.

» Il faut donc laisser, fils de Kountî, respirer le monarque ; ensuite combats avec lui, noble Bharatide, à la force des bras. » 922.

À ces mots de Krishna et voyant quelle était la situation du roi, le Pândouide, immolateur des héros ennemis, tourna son esprit à la pensée de tuer Djarâsandha. 923.

Alors, ce rejeton de Kourou, Vikraudara, le plus fort des forts, alluma sa colère pour triompher de l’adversaire, qui n’était pas encore vaincu. 924.

Bhîma, s’élevant donc à une grande pensée dans son désir de tuer Djarâsandha, tint ce langage à Krishna l’Yadouide : 926.

« line convient pas, tigre d’Yadou, que j’épargne la vie de ce méchant, alors qu’il tient encore l’extrémité de son vêtement relevée pour le combat ! » 926.

Il dit, et l’héroïque Krishna de lui répondre ainsi, le stimulant par le désir de voir Djarâsandha morti : 927.

« Montre-nous donc, Bhîma, ce qu’il y a de vigueur en Djarâsandha, combien supérieure est ta destinée, et quelle est ta force, égale à celle du Vent, ton père ! » 928.

Ces paroles entendues, Ventre-de-loup, ce dompteur puissant des ennemis, enlève le vigoureux Djarâsandha et le fait pirouetter en l’air. 929.

Quand, le tenant par les jambes, il eut fait tourner ce malheureux cent fois, Bhîma l’envoya tomber sur son dos brisé, le broya, poussa un cri de victoire et, prenant d’une main l’un des pieds, l’homme à la grande force mit le corps en deux morceaux. 930.

Les hurlements du tyran foulé aux pieds et les cris du Pândouide menaçant se mêlèrent dans un bruit confus, qui sema la terreur chez tous les êtres animés. 951.

À ces clameurs de Bhîmaséna et de Djarâsandha, tous les Magadhains tremblèrent ; tous les fruits des femmes enceintes s’échappèrent de leur sein. 932.

« Est-ce que l’Himâlaya se brise ? Est-ce que la terre elle-même s’entrouvre ? » se demandaient les Magadhains à ce bruit de Bhimaséna. 933.

Ensuite les héroïques dompteurs des ennemis, ayant jeté dans la nuit le corps du roi privé de vie, semblable à une personne endormie, à la porte de son palais, sortirent de ces lieux. 934.

Krishna avait attelé les coursiers de Djarâsandha à son char, ombragé de son étendard, fait monter les deux frères dedans et mis en liberté les rois, leurs alliés ou parents. 935.

Ces rois, opulents de pierres fines, les souverains de la terre, délivrés d’un si grand péril, s’approchent de Krishna et lui font présent de leurs pierreries. Échappé du combat sans blessure, le vainqueur de l’ennemi, chargé de ses armes, monte dans le char céleste avec les rois et sort de Girivradja. Assis aux côtés des héros Arjouna et Bhîma, le cocher de Krishna et son frère germain, Dwiyodha, égal à son maître et guerrier invincible pour tous les rois et tous les archere, brillait dans ce char, dont il gouvernait les rênes. 936-937-938.

C’était le même char, qui jadis avait porté Çakra et Vishnou, courant à Târakâmava combattre les Démons. En ce moment Krishna s’avançait, monté dans ce char.

Destructeur des ennemis, victorieux, semblable à l’or passé au feu, enguirlandé avec des multitudes de clochettes et bruyant comme les nuées orageuses. 939-940.

Les princes de s’avancer alors, joyeux d’avoir conquis ce char, traîné sur lequel Indra jadis avait immolé neuf fois quatre-vingt-dix Dânavas. 941.

À la vue de Krishna aux longs bras, accompagné par les deux nobles frères et monté dans ce char, l’admiration saisit tous les Magadhains. 942.

Ce véhicule, attelé de chevaux divins, l’égal du vent pour la vitesse, brillait alors, auguste Bharatide, d’une très-vive splendeur, qu’il devait à l’honneur même de porter Krishna. 943.

On apercevait à la distance d’un yodjana le drapeau unique, cher à la Fortune, d’un éclat semblable à celui de l’arc-en-ciel, que la main du Dieu avait placé dans ce char nompareil. 944.

Krishna de penser à Garouda, et l’oiseau d’accourir au même instant ; il se tint debout sur le drapeau, comme un arbre tchaîtya. 945.

Garouda, le mangeur de serpents, resta dans ce char sans pareil avec des monstres, enfants et hôtes de la mer, la gueule ouverte et pleine de longs mugissements. 946.

Aucune des créatures n’aurait pu soutenir sa vue, tant il brillait d’une éminente splendeur, comme un Aditya au milieu du feu, environné par des milliers de rayons ! 947.

Les arbres ne peuvent embarrasser le passage, de cet immortel étendard, la flèche ne peut en percer le tissu. Les hommes, sire, ont vu de leurs yeux ici-bas ce drapeau nompareil et divin. 948.

Monté dans ce véhicule céleste d’un bruit semblable au tonnerre d’Indra, l’auguste Atchyouta sortit, accompagné des fils de Pândou. 949.

Le roi Vasou avait reçu d’Indra ce char ; Vrihadratha l’avait reçu de Vasou, et, suivant l’ordre de succession, il était arrivé de Vrihadratha au roi Djarâsandha, son fils.

Après qu’il fut sorti hors de Girivradja, le prince aux yeux de lotus bleu, aux longs bras, à la vaste renommée, s’arrêta dans une place publique. 950-951.

Là, tous les citadins, s’approchèrent de lui avec révérence, sire, les brahmes à leur tête, et de la manière enseignée par l’étiquette. 952.’

Les rois délivrés de la captivité honorèrent le meurtrier de Madhou et lui tinrent ce langage, que précédait un éloge : 963.

« Cet accomplissement de ton devoir, en compagnie de Bhîma et d’Arjouna, n’a rien, qui étonne en toi, guerrier aux longs bras, de qui Dévakî fut la mère. 954.

» Retirer les rois du lac épouvantable à la vase de chagrins, où Djarâsandha les avait plongés ; les arracher à cette forteresse de feu, effroi de la montagne, où ils périssaient de langueur, n’était de toi qu’une chose toute naturelle ! Mais cette délivrance, rejeton d’Yadou, t’a mérité, oh bonheur ! une éclatante renommée. 956-956.

» Que ferons-nous, tigre des hommes, nous, qui sommes dévoués à ton obéissance ? Dis-nous-le ! Et pense que la chose est accomplie déjà, fût-ce même ce qu’il y a de plus difficile à des rois ! » 957.

Le magnanime Hrishîkéça les encouragea et leur dit : « Youddhishthira désire célébrer le sacrifice nommé le râdjasoûya. 958.

» Que vos majestés, instruites de ces choses, se lient toutes d’une alliance avec ce prince, qui marche dans le devoir et qui veut l’empire de l’univers. » 959.

Alors, puissant monarque, ces rois, accueillant sa parole, de répondre tous d’une âme joyeuse : « Qu’il en soit ainsi ! » 960.

Les souverains de la terre firent hommage au Dâçarhain de leurs joyaux. Govinda consentit avec peine à les recevoir ; ce qu’il fit par un sentiment de compassion vis-à-vis d’eux. 961.

Sahadéva, le magnanime fils de Djarâsandha, son ar • chibrahme marchant devant lui, sortit avec son peuple et ses ministres. 962.

Humblement incliné et faisant porter devant ses pas des pierreries en masse, Sahadéva de s’avancer vers le Vasoudévide, l’auguste roi des hommes. 963.

Krishna d’accorder toute garantie au jeune prince, que la peur agitait ; et celui-ci d’offrir à Krishna des pierreries de la plus haute valeur. 964.

Le Vasoudévide sacra lui-même avec bonheur le Djarâsandhide aux longs bras ; et le nouveau monarque, inauguré, éclatant de splendeur, comblé d’honneurs, admis dans l’intimité de Krishna et des Pândouides, entra, sire, avec ces magnanimes dans la cité de Vrihadratha.

L’éminent Krishna, élevé avec les fils de Pândou au comble de la prospérité, ses trésors pleins d’une multitude de pierres fines, se remit en voyage. 965-966-967.

Rentré dans Indraprastha avec les deux Pândouides, Atchyouta, arrivé devant Youddhishthira, lui dit, rempli de joie : 968.

« Heureuse nouvelle, ô le plus excellent des rois I Bhima a couché dans la poussière le vigoureux Djarâsandha, et les rois sont maintenant délivrés de la captivité ! 969.

» Heureuse nouvelle ! Bhîma et Arjouna sont l’un et l’autre en bonne santé ! Ils rentrent sains et saufs dans ta ville ! » C’est ainsi qu’il parla, rejeton de Bharata. 970.

Alors Youddhishthira de rendre à Krishna les honneurs, dont il était digne, et d’embrasser, joyeux, Bhîmaséna et Arjouna. 971.

Djarâsandha mort, Adjâtaçatrou, content de la victoire, que ses deux frères utérins avaient remportée, en célébra les réjouissances avec tous ses frères. 972.

Le Pândouide, suivi des quatre autres, qui marchaient derrière lui suivant l’ordre des âges, s’approcha des rois délivrés, les traita bien, les combla d’honneurs et leur donna congé ; 973.

Puis, l’âme heureuse de cette permission, les monarques se hâtent, sur différents chars, de retourner chacun dans ses états. 974.

C’est ainsi qu’alors Djanârdana à la vaste intelligence, le plus éminent des hommes, fit arracher la vie à Djarâsandha, son ennemi, par la main des fils de Pândou. 975.

Après qu’il eut fait tuer ce tyran, le terrible guerrier offrit ses adieux, puissant Bharatide, à Dharmarâdja, à Kountî, à Krishnâ-Draâupadt, 976.

À Soubhadrà, à Bhimaséna, à Phâlgouna, aux deux jumeaux ; il prit congé du vénérable Dhaâumya, et s’achemina vers sa ville. 977.

Il fit résonner toutes les plages du monde avec le char nompareil, céleste, d’une rapidité égale à celle de la pensée, qu’Youddhishthira lui avait donné en présent. 978.

Mais, avant son départ, ô le plus éminent des Bharatides, les fils de Pândou, marchant à la suite de leur frère aîné, avaient décrit le pradakshina autour du Vasoudévide aux exploits infatigables. 979.

Après que le fils de Dévakî, Krishna les eut quittés, les Pândouides, qui avaient remporté une victoire éclatante, rendu la sécurité aux rois et mérité, grâce à cet exploit, une immense renommée, portèrent à son comble, auguste Bharatide, la félicité de leur commune épouse Draâupadî. 980-981.

En ce temps, le monarque, suivant les règles du devoir, acquit, par la défense de ses sujets, une renommée convenable, fondée sur l’utile, l’amour et le devoir. 982.


  1. Nous séparons ici pour les rejeter en note une stance et demie, qui nous semblent détachées d’une variante et mal à propos mêlées au fil de cette narration :

     » Ce vœu du roi, sire, est très-connu sur la terre. Ayant ouï dire que des brahmes initiés étaient arrivés, ce victorieux dans les batailles, 833.

     » Le roi des hommes s’en alla, noble Bharatide, les trouver au milieu de la nuit.

  2. a et b Nirvritîs et vaidanâni, qui manquent à tous les Dictionnaires.