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Le Mahâbhârata (traduction Ballin)/Volume 2/3-LLDA-Ch38

Traduction par Ballin, L..
Paris E. Leroux (2p. 409-413).



CHAPITRE XXXVIII


MORT DE CARVAKA


Argument : Enthousiasme des sujets du roi. Le rakshasa Cârvâka, ami de Douryodana, ayant maudit le roi, est tué par les brahmanes indis-nés.


1393. Vaiçampâyana dit : À l’arrivée du fils de Prithâ, des milliers et des milliers d’habitants de la ville, s’assemblèrent pour le voir.

1394. La grande rue avec les quartiers (divers) de la ville, (bien) ornés, resplendirent comme l’Océan qui s’enfle au lever de la lune.

1395. Parées d’ornements précieux, les grandes maisons (situées) dans les rues principales fléchissaient, en quelque sorte, sous le poids des femmes qui les remplissaient.

1396. Elles louaient, (dans des discours empreints de) douceur et de modestie, Youdhishthira, Bhîmasena, Arjouna et les deux Pândouides, fils de Mâdrî.

1397. « Ô Pâñcâlienne, (disaient-elles), tu es fortunée, toi qui, ô belle, approches les plus grands des hommes, comme Gautamî (approche) les rishis.

1398. Tes actes et tes vœux, ô belle femme, ne sont pas vains. » grand roi, c’est ainsi que les femmes louaient Krishna.

1399. La ville était remplie de leurs cris, des louanges (qu’elles prodiguaient), et des cris de joie des hommes, ô Bharatide .

1400. Youdhishthira ayant, comme il convenait, traversé la rue principale, arriva au palais royal, (richement) orné et resplendissant.

1401. S’approchant de côté et d’autre, tous les sujets, citadins et paysans, firent entendre des acclamations flatteuses.

1402. « Grâce au ciel, ô Indra des rois, (disaient-ils), ô destructeur de tes ennemis, tu triomphes de tes adversaires ! Grâce au ciel, ta vertu et ta force t’ont rendu la royauté !

1403. Ô grand roi, sois notre souverain pendant cent années. Protège tes sujets en agissant avec justice, comme Indra (protège) le Tridiva. »

1404. Honoré ainsi, à la porte du palais, par les bénédictions (du peuple), ayant reçu les souhaits de bonheur formulés de toutes parts par les brahmanes,

1405. Étant entré dans la demeure (royale), remplie du butin acquis par la victoire (que lui a donnée) sa foi, pareille au palais du roi des dieux, le roi descendit de son char.

1406. Ayant pénétré à l’intérieur, le (guerrier) fameux s’approcha des images des dieux, et les honora (par des offrandes nombreuses) de joyaux, de parfums et de guirlandes.

1407. Puis le (prince) illustre et très glorieux sortit (du palais), et vit des brahmanes d’un bel aspect, qui se tenaient (immobiles en l’attendant).

1408. Entouré alors par les prêtres désireux de lui faire entendre leurs bénédictions, il brilla comme la lune sans tache, environnée de groupes d’étoiles.

1409, 1410. Ayant (fait) mettre en avant le gourou Dhaumya, et le (frère) aîné de son père, le fils de Kountî gratifia ces brahmanes, selon la règle, de joyaux agréables, d’une grande quantité d’or, de bœufs, de vêtements, et des diverses (autres) choses, qui pouvaient plaire à chacun d’eux, ô Indra des rois.

1411. Ô Bharatide, on entendit alors les cris de fête des amis, s’élever en quelque sorte jusqu’au ciel, (bruit) propice, agréable aux oreilles et qui remplissait (le cœur) de satisfaction.

1412. Le roi entendit, à ce moment, les discours des brahmanes connaisseurs des védas, (dont la voix était aussi harmonieuse que) celle des cygnes. Les mots, les padas et le sens en étaient favorables.

1413. Puis le son des tambours doundoudhis, et le bruit charmant des conques, annonçant la victoire, retentirent en ces lieux, ô roi.

1414. Alors, quand l’assemblée des prêtres redevint silencieuse, le rakshasa Cârvâka, déguisé en brahmane, prit la parole pour s’adresser au roi.

1415. Ami intime de Douryodhana, on le voyait, sous la forme d’un mendiant, avec le toupet et le triple bâton, diriger ses regards (sur ceux qui l’entouraient), en ayant mis toute crainte de côté,

1416. Environné de tous les brahmanes, (au nombre de) plusieurs milliers, qui se livraient à l’ascétisme et aux austérités, et qui étaient désireux de prononcer des bénédictions, ô Indra des rois.

1417. Cet impur, qui voulait du mal aux (ils de Pândou, sans avoir même consulté les brahmanes, parla au maître de la terre (en ces termes) :

1418. Cârvâka dit : « Tous ces brahmanes , m’ayant chargé de parler pour eux, s’écrient : « Malheur à toi, méchant roi, meurtrier de tes parents. »

1419. Ô fils de Kountî, que résultera-t-il (pour toi), d’avoir causé cette destruction de ta famille, ainsi que d’avoir fait tuer les gourous ? La mort, dans ces conditions, est préférable à la vie. »

1420. En entendant les paroles de cet impur rakshasa, ces brahmanes tremblèrent, et, désolés de ce qu’il disait, poussèrent des cris (de désapprobation).

1421. Puis, le roi Youdhishthira et tous ces brahmanes, restèrent muets de honte et d’effroi, ô maître des hommes.

1422. Youdhishthira dit : Je m’incline devant vous en suppliant. Soyez-moi favorables ! Vous ne devez pas me dire : « Malheur (t’advienne), » car ma destruction est imminente.

1423. Vaiçampâyana dit : Alors, ô roi maître des hommes, tous ces brahmanes s’écrièrent : « Cette parole n’est pas de nous. Bonheur à toi, ô prince ! »

1424. Et les magnanimes brahmanes, instruits dans les védas, rendus sans tache par l’ascétisme, connurent par les lumières de l’intuition (le déguisement de Cârvâka).

1425. Les brahmanes dirent : C’est un rakshasa appelé Cârvâka, ami de Douryodhana dont il prend le parti, sous la forme d’un ascète mendiant.

1426. Ô vertueux (roi), nous n’avons pas parlé (par sa bouche). Qu’une telle crainte s’éloigne de toi, et que la prospérité t’environne ainsi que tes frères.

1427. Vaiçampâyana dit : Alors, tous ces pieux brahmanes, remplis de colère et menaçants, tuèrent le méchant rakshasa, en poussant le cri de : « Om ! »

1428. Il tomba, consumé par l’énergie (éclatante) de ces (hommes) qui enseignent la science sacrée, comme un arbre dévoré avec ses branches par la foudre du grand Indra.

1429. Et les prêtres, (convenablement) honorés, s’en retournèrent après avoir salué le roi. Le monarque fils de Pândou, (entouré) du cortège de ses amis, (sentit) la joie (renaître dans son cœur).