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Le Mahâbhârata (traduction Ballin)/Volume 2/3-LLDA-Ch29

Traduction par Ballin, L..
Paris E. Leroux (2p. 346-362).



CHAPITRE XXIX


ÉPISODE DES SEIZE ROIS


Argument : Krishna, pour consoler Youdhishthira, lui dit qu’il ne doit pas se désoler de la mort de ses parents ; il lui raconte une légende d’après laquelle Nârada, pour faire oublier à Sriñjaya la mort de son fils, lui cite l’exemple de plusieurs grands rois.


893. Vaiçampâyana dit : Comme l'Indra des rois, Youdhishthira Dharmapoutra, gardait le silence, le fils de Pândou, Goudâkeça (Arjouiia) dit à Hrishikeça (Krishna) :

894. Arjouna dit : Le tourmenteur des ennemis, brûlé par le chagrin (que lui cause la mort) de ses parents, est plongé dans la douleur. Madhavide, console-le.

895. Ô Janârdana, (nous) sommes de nouveau réduits au désespoir. Tu dois faire disparaître son chagrin, ô guerrier aux puissants bras.

896. Vaiçampâyana dit : L’inébranlable Govinda aux yeux de lotus, à qui le magnanime Vijaya venait de parler ainsi, se tourna vers le roi.

897. Keçava ne pouvait, en aucune façon, (craindre de voir ses paroles) rester sans effet sur Dharmarâja. Govinda, (en effet), depuis son enfance, lui était plus cher qu’Arjouna (lui-même).

898. Çauri (Krishna) aux puissants bras, aussi (ferme) qu’un pilier de pierre, ayant saisi la main (du roi), ornée de (pâte de) santal, prit la parole et rasséréna (ceux qui récoutaient).

899. Son visage aux belles dents et aux yeux agréables, brilla comme un lotus entièrement ouvert, quand le soleil vient de se lever.

900. Le Vasoudevide dit : Ô tigre des hommes, ne laisse pas la douleur dessécher ton corps, car ceux qui ont péri sur ce champ de bataille ne peuvent pas t’être rendus.

901. Ces kshatriyas, ô roi, qui sont morts dans cette grande guerre, sont comme (les rêves) qui hantent notre sommeil, et que le réveil fait évanouir.

902. C’étaient tous des héros brillants dans les combats, (ils ont été) régulièrement vaincus, la face tournée vers l’ennemi. Aucun n’a été abattu par derrière, ou en fuyant.

903. Tous, après avoir combattu contre des héros, et avoir perdu la vie, purifiés par les armes, ont atteint le Svarga. Tu ne dois pas les pleurer.

904. Fidèles aux devoirs des kshatriyas, possédant la connaissance complète des védas et des vedângas, ces héros ont atteint le refuge bienheureux qui leur était destiné. Tu ne dois pas les pleurer,

905. Après que tu as entendu (raconter) la mort (de ces) puissants maîtres de la terre. On rapporte à ce sujet une ancienne légende,

906, 907. D’après laquelle Nârada parla (en ces termes) à Sriñjaya, dévoré de chagrin (à cause de) la mort de son fils : « Ô Sriñjaya, (lui dit-il), toi ni moi, ni toutes les créatures, nous ne sommes exempts ni des peines ni des plaisirs. Nous mourrons tous. Pourquoi s’en désoler ? Écoute, je vais te raconter la grande prospérité (obtenue jadis) par (certains) rois.

908. Selon l’attention (que tu apporteras à mon récit), tu verras ton chagrin disparaître, rien qu’en entendant (l’histoire) de ces rois.

909, 910. Apaise ta douleur, et écoute-moi te raconter l’histoire de ces princes d’autrefois. Elle est agréable et magnifique, elle accroît la puissance vitale et chasse les influences néfastes des constellations malignes. La mort de Maroutta, fils d’Avikshit, est parvenue à notre connaissance, ô Sriñjaya.

911. Les magnanimes dieux, accompagnés d’Indra, Vrihaspati en tête, vinrent au sacrifice viçvasrij (qui produit tout) de ce roi,

912. Qui entre en rivalité avec Çakra Pourandara, roi des dieux, et le vainquit. Le sage Vrihaspati, désireux d’être agréable à Indra, refusa (les offres) qu’il (lui faisait de diriger son sacrifice).

913. Samvarta, le frère cadet de Vrihaspati, offrit le sacrifice. Ô le plus excellent des rois, pendant que ce monarque gouvernait le monde,

914. La terre brilla d’un éclat resplendissant. Sans avoir besoin d’être cultivée, elle se couvrait de moissons et elle était ornée de nombreux édifices religieux. Dans le sacrifice du fils d’Avikshit, les Viçvedevas exercèrent l’emploi d’assesseurs,

915. Les Marouts (celui de) serviteurs. On y vit aussi les magnanimes sâdhyas. Alors, dans ce (sacrifice) de Maroutta, les troupes des Marouts (Vents) burent le soma .

916, 917. Les offrandes surpassèrent (celles qu’auraient pu faire) les dieux, les gandharvas et les hommes. Si, ô Sriñjaya, ce (prince), quatre fois plus heureux que toi, plus pieux même que ton fils, mourut, ne te lamente pas au sujet de la mort de ton enfant. Ô Sriñjaya, nous avons entendu parler aussi de la mort de Souhotra, filsd’Atithi.

918. Maghavant fit pleuvoir de l’or sur ses (états), pendant une année entière. L’ayant obtenu pour roi, la terre justifia son nom de Vasoumatî (la riche).

919, 920. Pendant qu’il était le maître des peuples, les rivières coulaient de l’or, ô roi. Maghavant, honoré dans le monde (entier), envoya dans les rivières des tortues, des crabes, des crocodiles, des monstres marins et leurs petits, (tous d’or). En voyant arriver (ainsi) les poissons, les monstres marins, les tortues d’or,

921-923. Par centaines et par milliers, (le fils) d’Atithi souriait 19 Offrant un grand sacrifice à Kouroujângala, il abandonna aux brahmanes l’immense quantité d’or (ainsi) produite. Si cet (homme), ô Sriñjaya, quatre fois plus heureux que toi, plus pieux, même, que ton fils, est mort, ne te lamente pas sur (le trépas de) de ton enfant, qui n’avait pas offert de sacrifices, et qui n’avait pas fait d’offrandes. Efforce-toi d’apaiser (ta douleur).

924. Ô Sriñjaya, nous avons aussi entendu parler de la mort de Vrihadratha, roi d’Anga, qui fit don de mille milliers de chevaux blancs,

925. Dans un grand sacrifice qu’il offrait ; il y consacra, en sus de la dakshinâ, mille milliers de jeunes filles parées d’ornements d’or.

926. Offrant un grand sacrifice, il fit don, en sus de la dakshinâ, de mille milliers d’éléphants bien tachés.

927. Il offrit, en sus de la dakshinâ, cent centaines de mille taureaux ayant des guirlandes dorées, et que suivaient des milliers de vaches.

928. Pendant que le roi d’Anga sacrifiait sur la montagne Vishnoupada, Indra était enivré par le soma, et les brahmanes par l’abondance des dakshinâs.

929. Dans les centaines de sacrifices qu’il offrit jadis, ô Indra des rois, les dakshinâs dépassèrent (tout ce qu’eussent pu donner) les dieux, les hommes, les gandharvas.

930. Il n’est certainement jamais né, et il ne naîtra jamais, un homme (capable) de donner les richesses dont le roi d’Anga fit présent, dans les sept genres de sacrifices auxquels il eut recours pour ofiFrir le soma 20.

931. Si ce roi, ô Sriñjaya, quatre fois plus heureux que toi et plus pieux que ton fils, est mort, ne te lamente pas au sujet (de la mort) de celui-ci.

932. Ô Sriñjaya, nous avons appris aussi la mort de Çivi, fils d’Ouçînara, qui étreignait cette terre entière à la manière d’un bouclier.

933. Faisant résonner le sol du grand bruit de son char, il amena, avec ce char unique, le globe à ne reconnaître que son seul parasol royal.

934. Ce Çivi, fils d’Ouçînara offrit, dans un seul sacrifice, tous les bestiaux qu’il possédait, bœufs, chevaux et animaux des bois.

935, 936. Prajâpati pensa, ô Sriñjaya, que, parmi tous les rois, il n’avait jamais existé, et qu’il n’existerait jamais quelqu’un, autre que le râjarshi Çivi, fils d’Ouçînara, dont la force égalait celle d’Indra, capable de supporter le fardeau qu’il soutenait. Ne te lamente (donc) pas sur ton fils, qui n’avait offert ni sacrifices ni dakshinâs.

937. Si cet homme, ô Sriñjaya, quatre fois plus heureux que toi et plus pieux que ton fils, est mort, ne t’afflige pas du trépas de ton enfant.

938. Ô Sriñjaya, nous avons aussi entendu parler de la mort de Bharata fils de Doushmanta, le magnanime fils de Çakountalâ, qui avait conquis de grands biens.

939, 940. Ce très éclatant Bharata, fils de Doushmanta, ayant assigné aux dieux, trois cents chevaux auprès de la Yamounâ, vingt auprès de la Sarasvatî et quarante auprès de la Gangâ, offrit un millier d’açvamedhas et des centaines de râjasoûyas.

941. De même que les mortels ne peuvent pas atteindre le ciel avec leurs bras, tous les (autres) princes ne peuvent approcher des grandes actions de Bharata.

942. Car Bharata, qui avait (élevé de nombreux) autels, et offert plus de mille chevaux, donna mille padmas (un million de billions) à Kanva, (qui avait recueilli et élevé Çakountalâ, abandonnée aussitôt après sa naissance par sa mère Menakâ) .

943. Ô Sriñjaya, si ce (prince), quatre fois plus heureux que toi et plus pieux que ton fils, est mort, ne te lamente pas au sujet de ton enfant.

944. Nous avons aussi, ô Sriñjaya, appris la mort de Râma, fils de Daçaratha, qui eut toujours pour ses sujets, la même compassion que pour des enfants issus de son sang.

945. Quand Râma fut monté sur le trône, il se montra toujours semblable à son père, et, dans son royaume, on ne vit jamais de veuves dépourvues de protecteur.

946. Tant que Râma gouverna le royaume, les nuages versaient, en due saison, une pluie qui faisait prospérer les fruits des champs, et les vivres étaient constamment abondants.

947. Pendant que Râma gouvernait le royaume, les êtres vivants ne se noyaient pas, le feu ne causait pas d’incendies, les maladies et la crainte n’étaient pas connues.

948. Pendant que Râma gouvernait le royaume, les hommes vivaient mille ans 21 et avaient mille enfants ; ils étaient sains et réussissaient dans toutes leurs entreprises.

949. Pendant que Râma gouvernait le royaume, il n’y avait pas de contestations entre les femmes, à plus forte raison entre les hommes, et tous les sujets étaient attachés à leurs devoirs.

950. Pendant que Râma gouvernait le royaume, les hommes étaient satisfaits, ils réussissaient dans toutes leurs entreprises, ils étaient exempts de crainte, et fermes dans leurs vœux.

951. Pendant que Râma gouvernait le royaume, les arbres portaient constamment des fleurs et des fruits, sans éprouver aucun accident, et toutes les vaches donnaient un drona de lait.

952. Après avoir, pendant quatorze ans, pratiqué un grand ascétisme dans les bois, il offrit dix açvamedhas jâroûthyas non troublés 22.

953. Jeune, de teint foncé, ayant les yeux rouges, pareil à un éléphant chef de troupeau, ayant des bras qui descendaient jusqu’aux genoux, une belle bouche, des épaules de lion, de puissants bras.

954. Râma, devenu roi d’Ayodhyâ, exerça la royauté pendant dix milliers et dix centaines d’années.

955. Si ce (héroS ;, quatre fois plus heureux que toi et plus pieux que ton fils, est mort, ô Sriñjaya, ne te tourmente pas au sujet de ton enfant.

956. Nous avons, ô Sriñjaya, appris la mort de Bhagîratha. Dans son grand sacrifice, Indra but le soma et s’en enivra,

957. L’adorable Pâkaçâsana (Indra meurtrier de Pâka), le plus excellent des dieux, vainquit, par la force de son bras, de nombreux milliers d’asouras.

958. (Bhagîratha), offrant un grand sacrifice, fit don, en sus de la dakshinâ, de mille milliers de jeunes filles parées d’ornements d’or.

959. Toutes les jeunes filles étaient montées sur des chars, tous les chars étaient attelés de quatre chevaux ; à chaque char (étaient adjoints) cent éléphants mouchetés, ayant des guirlandes dorées.

960. Mille chevaux suivaient chaque éléphant, mille bœufs (suivaient chaque cheval) et un troupeau de mille chèvres ou moutons suivait chaque bœuf.

961. La Gangâ, près de laquelle (Bhagîratha) habitait, se plongea dans son sein. C’est pourquoi on l’a appelée la Bhâgîrathî. Auparavant, c’était l’Ourvacî.

962. La Gangâ, qui coule dans chacun des trois mondes, devint la fille de Ikshvâkouide Bhagîratha, qui offrait des sacrifices aux abondantes dakshinâs.

963. Ô Sriñjaya, si celui-ci, qui était quatre fois plus heureux que toi et aussi plus pieux que ton fils, est mort, ne te lamente pas à l’occasion de ton enfant.

964. Nous avons aussi appris, ô Sriñjaya, la mort du magnanime Dilîpa, dont les brahmanes racontent de nombreux exploits.

965. Ayant l’esprit uniquement appliqué à cet objet, ce roi donna aux brahmanes, dans un grand sacrifice, cette terre remplie de trésors.

966. Dans chacun des sacrifices que ce roi offrit ici-bas, le chapelain poussa devant lui, à titre de dakshinâ, mille éléphants d’or.

967. Dans (un de) ses sacrifices, il y avait un grand poteau sacrificatoire d’or, dont s’approchèrent, Çakra en tête, les dieux qui participaient à ce sacrifice.

968. Sur l’anneau d’or qui surmontait ce poteau, érigé par ce (roi), les dieux et les gandharvas dansèrent, (au nombre) de six mille, (partagés) en sept troupes.

969. Viçvâsou lui-même, au milieu d’eux, faisait résonner son luth. Chacun des êtres pensait en particulier : « Il joue pour moi. »

970. Les (autres) rois ne firent pas, (dans la suite), ce qu’avait fait le roi Dilîpa, dont les éléphants parés d’or et en rut, reposaient sur les chemins (publics).

971. Ceux qui voyaient le roi Dilîpa, qui avait cent arcs, (et qui était) véridique et magnanime, conquéraient (par cela même) le Svarga.

972. Il y avait trois sons, qui ne cessaient pas (de se faire entendre) dans la demeure de Dilîpa : le son de la récitation des védas, le son de la corde de l’arc et (le son) du mot : « Donnez. »

973. Si celui-ci, ô Sriñjaya, qui était quatre fois plus heureux que toi, et, aussi, plus pieux que ton fils, est mort, ne te lamente pas pour ton enfant.

974. Nous avons appris, ô Sriñjaya, la mort de Mândhâtar, fils de Youvanâçva, que les dieux Marouts avaient extrait, (quand il était) enfant, du flanc de son père.

975. Ce roi, riche, et vainqueur des trois mondes, tirant son origine du beurre (consacré) prishadâjya, s’était développé complètement dans le ventre du magnanime Yauvanâçva 23

976. En voyant, couché sur le sein de son père, (cet enfant) d’une beauté céleste, les dieux se disaient les uns les autres : « De qui sucera-t-il le lait ? »

977. Mais Indra dit : « Je l’allaiterai. » Çatakratou lui donna le nom de Mândhâtar (il me sucera).

978. Et alors la main d’Indra fit, pour le nourrir, couler une goutte de lait dans la bouche de ce magnanime fils de Yauvanâçva.

979. En suçant la main d’Indra, il mit cent jours à prendre sa croissance. Ce prince était, au douzième jour, (pareil à un enfant) de douze ans.

980. Il ne fallut qu’un jour, pour que la terre entière obtint (pour roi) ce magnanime et vertueux héros, semblable à Indra dans les combats.

981. Mândhâtar triompha dans les batailles, d’Angara, du roi Maroutta, d’Asita, de Gaya, et aussi de Vrihadratha, roi d’Anga.

982. Quand le fils de Yauvanâçva livrait bataille à Angara, la corde de son arc faisait un tel bruit, que les dieux pensaient que le ciel s’était brisé.

983. Là où le soleil se lève, et là aussi où il se couche, tout (l’espace qui sépare ces deux points), s’appelle le champ de Màndhàthar, fils de Yauvanâçva.

984. Ayant offert une centaine d’açvamedhas et une centaine de râjasoûyas, il donna aux brahmanes des poissons rohitas (rouges),

985. Dorés, larges d’un yojana et long de dix yojanas. Les autres hommes se partagèrent ceux (de ces poissons) qui restaient, quand les brahmanes (eurent reçu leurs parts).

986. Si celui-ci qui était, ô Sriñjaya, quatre fois plus heureux que toi, et plus pieux que ton fils, est mort, ne te lamente pas au sujet de ton enfant.

987. Nous avons aussi, ô Sriñjaya, appris la mort de Yayâti, fils de Nahousha, lui qui, ayant conquis cette terre entière avec les mers,

988. Émailla la terre d’autels, (qu’il espaçait) en s’avançant (de la longueur) d’un poteau de bois. Il circonscrivit ainsi la terre, en offrant (à chaque pas) de grands sacrifices.

989. Ayant offert des milliers de sacrifices et des centaines de vâjapeyas (offrandes de soma), il rassasia les désirs des Indras des brahmanes, (en leur abandonnant) trois montagnes d’or.

990. Après avoir tué en bataille rangée des daityas et des dânavas, dans une guerre contre les asouras, Yayâti disposa de la terre entière.

991. Dans les derniers (temps de sa vie), mettant de côté ses (autres) fils, à commencer par Yadou et Drouhyou, il intronisa à sa place (son dernier fils) Pourou, et se retira dans les bois avec ses femmes.

992. Si celui-ci (qui était), ô Sriñjaya, quatre fois plus heureux que toi, et, aussi, plus pieux que ton fils, est mort, ne te désole pas au sujet de ce fils.

993. Ô Sriñjaya, nous avons aussi entendu parler de la mort d’Ambarisha, fils de Nâbhâga, ce grand prince, que ses sujets, dont il était le protecteur, choisirent (pour personnifier) le mérite,

994. Qui, en offrant un grand sacrifice, accorda aux brahmanes, (comme aides), mille milliers de rois qui, (eux-mêmes) avaient offert dix mille sacrifices.

995. Les hommes intègres approuvèrent Ambarîsha, fils de Nâbhâga, (en disant) : « Les hommes d’autrefois n’en ont pas fait autant et les autres, (qui viendront après lui), ne le feront pas. »

996. Cent milliers et cent centaines de rois, tous offrant des açvamedhas, suivirent (avec lui) le chemin de droite, (qui mène au soleil).

997. Si celui-ci, ô Sriñjaya, quatre fois plus heureux que toi, et, aussi, plus pieux que ton fils, est mort, ne te lamente pas au sujet de ton enfant.

998. Nous avons aussi, ô Sriñjaya, entendu parler de la mort de Çaçavindou, fils de Citraratha. Ce magnanime eut cent milliers d’épouses.

999. Ce Çaçavindou eut mille milliers de fils, tous excellents archers, couverts de cuirasses d’or.

1000. Cent jeunes filles suivirent séparément (comme épouses), chacun de ces fils du roi. Cent éléphants (suivaient) chacune de ces jeunes filles. Cent chars (suivaient) chaque éléphant.

1001. Pour chaque char, il y avait cent chevaux harnachés d’or, nés dans le pays. Pour chaque cheval cent boeufs, et autant de moutons et de chèvres pour (chaque) bœuf.

1002. Ô grand roi, Çaçavindou abandonna aux brahmanes toutes ces richesses immenses, dans un grand sacrifice açvamedha.

1003. Si celui-ci, ô Sriñjaya, quatre fois plus heureux que toi, et, aussi, plus pieux que ton fils, est mort, ne te lamente pas sur ton enfant.

1004. Nous avons aussi, ô Sriñjaya, entendu parler de la mort de Gaya, fils d’Amourtarayas, ce roi qui, pendant une centaine d’années, fit sa nourriture des restes du sacrifice.

1005. Le Feu lui ayant offert un don (à son choix), voici les souhaits que forma Gaya : « Que, quand je donnerai, mes richesses soient inépuisables, et que j’aie foi dans (les règles du) devoir.

1006. Que, grâce à ta faveur, mon esprit se complaise dans la vérité, ô toi qui te nourris de l’offrande. » Il obtint du Feu, nous a-t-on dit, l’accomplissement de tous ces désirs.

1007. À la nouvelle lune, quand le mois était complet, et tous les quatre mois, il offrit une açvamedha pendant mille années consécutives.

1008. Pendant mille années entières, chaque fois qu’il accomplit un (sacrifice), il offrit cent milliers de bœufs et cent mulets.

1009. Ce taureau des hommes rassasia les dieux avec le soma, les brahmanes avec des richesses, les mânes avec des offrandes et ses femmes avec des plaisirs.

1010. Ayant fait dorer la terre sur (une largeur de) dix brasses, et sur une longueur du double, il la donna, comme dakshinâ, dans un grand sacrifice açvamedha.

1011. Gaya, fils d’Amourtarayas, offrit, ô roi, autant de vaches qu’il y a de grains de sable dans la Gangâ.

1012. Si celui-ci, ô Sriñjaya, quatre fois plus heureux que toi, et aussi, plus pieux que ton fils, est mort, ne te lamente pas sur (la mort de) ton enfant.

1013. Nous avons aussi, ô Sriñjaya, entendu parler de la mort de Rantideva, fils de Samkriti. Il obtint un don de Çakra, qu’il avait convenablement honoré.

1014. « Que nous ayons la nourriture en abondance, (avait-il demandé), que les hôtes viennent nous visiter (en grand nombre), que notre foi ne s’éteigne pas et que nous ne soyons jamais (dans la nécessité) d’implorer qui que ce soit. »

1015. Et les bestiaux, tant domestiques que sauvages, s’approchaient spontanément de ce glorieux et magnanime Rantideva, (pour être sacrifiés).

1016. Le suintement de l’amas des peaux (provenant des animaux sacrifiés), donna naissance à une puissante rivière qui, en conséquence, fut appelée la grande rivière Carmanvati (qui provient des peaux).

1017. Ô roi, dans une grande assemblée, il donna des nishkas aux brahmanes. (Quand il disait) : « Un nishka pour toi, un nishka pour toi », les brahmanes poussaient des cris (d’indignation).

1018, 1019. Mais quand il disait : « Mille nishkas pour toi, » il satisfaisait les brahmanes. Les cruches, les plats, les poêles, les pots et les vases divers, tous les ustensiles qui servaient aux repas des mânes et à contenir la nourriture, (étaient d’or). Chez le sage Rantideva, il n’y avait rien qui ne fût (de ce précieux métal).

1020. La nuit où les (hôtes) habitaient dans la maison de Rantideva, on consommait vingt mille et cent bœufs.

1021. Des cuisiniers, parés de riches joyaux et de beaux anneaux, criaient (dans la salle du festin) : « Mangez, c’est ce qu’il y a de mieux en fait de ragoûts. (Mais) nous avons (par hasard) aujourd’hui moins de viandes qu’autrefois.

1022. Si celui-ci, ô Sriñjaya, quatre fois plus heureux que toi, plus pieux, aussi, que ton fils, est mort, ne te lamente pas pour le (trépas) de ton enfant.

1023. Nous avons aussi, ô Sriñjaya, entendu parler de la mort de l’héroïque Sagara, le tigre des hommes à l’héroïsme surhumain, descendant d’Ikshvâkou.

1024. Quand il s’avançait (en bataille), soixante mille fils le suivaient, comme des troupes d’étoiles (escortent la lune) quand, le soir, la reine des constellations n’est pas couverte par les nuages,

1025. Sa splendeur fut telle, qu’alors la terre ne reconnut que son seul parasol royal. Il rassasia les dieux d’un millier d’açvamedhas.

1026, 1027. Il donna aux brahmanes qui le méritaient, un palais tout doré, orné de piliers d’or, rempli de lits de femmes aux yeux semblables à des feuilles de lotus ouverts. Il combla aussi leurs divers et nombreux désirs ; sur son indication, les brahmanes se partagèrent ces richesses.

1028. Étant en colère, il fit, dans la terre, creuser le lit de la mer, et, de son nom, le (vaste) amas des eaux fut appelé sâgara (l’Océan),

1029. Ô Sriñjaya, si celui-ci, quatre fois plus heureux que toi, et plus pieux que ton fils, est mort, ne te lamente pas sur le (trépas de) ton enfant.

1030. Nous avons oui dire que le roi Prithou, fils de Vena, était mort, lui que les maharshis réunis sacrèrent dans la grande forêt.

1031. « Il étendra les mondes. » Ainsi (dirent-ils). Et il fut (pour cela) nommé Prithou (large). On l’appela kshatriya (protecteur), parce qu’il protégea (les peuples) contre les injures (kshata).

1032. À la vue de Prithou, fils de Vena, les créatures dirent : « Nous l’aimons ». Il fut, d’après cela, appelé râja (roi), et son titre tira son origine de l’affection (qu’on lui portait), (racine ranj, aimer, être attaché à).

1033. Pendant le règne du fils de Vena, la terre donnait des fruits sans être cultivée . Dans chaque excavation on trouvait du miel, et toutes les vaches donnait un drona de lait.

1034. Les hommes, exempts de maladies, voyaient toutes leurs entreprises réussir. Ils habitaient, à leur fantaisie, au milieu des champs ou dans des maisons.

1035. Quand (Prithou) désirait aller sur mer, les eaux se solidifiaient (pour lui livrer passage), et les rivières s’écartaient (sur son chemin), (de façon que) son étendard ne rencontrât pas d’obstacles.

1036. Dans un grand sacrifice açvamedha, ce roi donna aux brahmanes vingt et une montagnes d’or, de trois nalvas de hauteur {{refl|24|num=24.

1037. Si, ô Sriñjaya, celui-ci, quatre fois plus heureux que toi, et, aussi, plus pieux que ton fils, est mort, ne te lamente pas sur (le trépas) de ton enfant.

1038. Ô Sriñjaya, pourquoi médites-tu en silence ? N’as-tu pas, ô roi, entendu mes paroles ? Ce que je t’ai (dit) n’a-t-il été qu’une lamentation inutile, (comme le seraient) des remèdes présentés à un moribond ? »

1039. Sriñjaya dit : Ô Nârada, j’ai entendu tes paroles concernant les magnanimes râjarshis aux œuvres méritoires, et célébrés par la renommée. Ton discours offre un grand intérêt. Il est comme une guirlande au parfum agréable, et il chasse le chagrin.

1040. Ô maharshi, tu n’as pas exhalé des lamentations inutiles. Rien qu’en te voyant, ô Nârada, mon chagrin a disparu : Ô homme aux paroles vraies, le désir que j’ai de t’entendre n’est pas satisfait. C’est ainsi (que l’on ne se rassasie pas) de boire le nectar.

1041. Ô homme dont la vue porte bonheur, tu pourrais m’accorder une faveur. Je suis brûlé de chagrin, ô puissant. Que ta grâce m’octroie la résurrection de mon fils, et me réunisse à lui.

1042. Nârada dit : Ton fils, que Parvata t’avait donné et qui était mort, est ressuscité. Je te rends ton fils au nombril d’or et il vivra mille ans.