Ouvrir le menu principal

Le Mahâbhârata (traduction Ballin)/Volume 2/3-LLDA-Ch17

Traduction par Ballin, L..
Paris E. Leroux (2p. 293-296).



CHAPITRE XVII


DISCOURS DE YOUDHISHTHIRA


Argument : Le roi insiste sur la vanité des choses de ce monde, et sur l’excellence du renoncement ascétique.


511, 512. Youdhishthira dit : L’absence de satisfaction intime, la distraction, la colère, l'ivresse, l’inquiétude, la violence, l’égarement d’esprit, l’orgueil, l’effroi, sont des liens qui t’enchaînent de toutes parts, et tu convoites la royauté ! Délivre-toi (de ces entraves), abandonne les désirs coupables et sois heureux.

513. Le roi qui commanderait à la terre entière, n’aurait cependant qu’un seul ventre. Pourquoi glorifies-tu cet état ?

514. Ô taureau des Bharatides, des désirs insatiables ne sauraient être rassasiés, ni en un jour, ni en des mois, ni dans (tout) le cours de la vie.

515. De même qu’un feu allumé, (après avoir) flambé, s’éteint faute d’aliment, apaise, en ne lui donnant que peu de nourriture, le feu qui s’est allumé en toi.

516. L’insensé prépare à son ventre des aliments abondants. Triomphe de ton ventre. Si tu arrives à le vaincre, cela vaudra mieux pour toi que d’avoir conquis le monde 13.

517. Tu vantes les jouissances humaines et la souveraineté. Ceux qui se privent de jouissances et de pouvoir, vont (habiter) un séjour auquel rien n’est supérieur,

518. La possession et la conservation du royaume, le devoir et le vice dépendent de toi. Décharge-toi d’un grand fardeau et applique-toi au seul renoncement.

519. En vue de son ventre, le tigre consomme beaucoup d’aliments. D’autres animaux, faibles et cupides, vivent près de lui (des restes de sa proie).

520. Si, après avoir conquis des provinces, les rois pratiquent le renoncement, et ne s’en contentent pas, vois quelle est la faiblesse de leur intelligence !

521. L’enfer est vaincu par ceux qui ramassent des feuilles (pour s’en nourrir), par ceux qui broient leur blé entre des pierres, par ceux qui mangent leur grain non moulu, par ceux qui se nourrissent d’eau et de vent.

522. (Fais la comparaison entre) le roi qui gouverne la terre entière, et (l’homme) qui considère la pierre et l’or comme d’égale valeur ! Ce dernier atteint son but, et le prince ne (l’atteint pas).

523. Ne forme aucun désir, sois indifférent (à tout), renonce aux espérances (mondaines), en recherchant, en ce monde et dans l’autre, une place immuable et dont le chagrin soit banni.

524. Ceux qui ne désirent pas les objets des sens, n’ont pas à en gémir. Pourquoi te lamentes-tu (à propos de) la chair ? Quand tu auras renoncé à tout ce qui est charnel, tu seras délivré de toute parole fausse.

525. Deux chemins sont célèbres ici-bas : le pitriyâna (chemin des pitris), et le devayâna (chemin des dieux). Ceux qui offrent des sacrifices (suivent le chemin) des pitris ; ceux qui renoncent aux pratiques (et tendent vers la délivrance finale, suivent) celui des dieux.

526. Par l’ascétisme, l’état de brahmacârin, la récitation des védas, les maharshis, après avoir abandonné leur corps (en mourant), atteignent (un refuge) qui n’est pas du domaine de la mort.

527. La chair est le lien (qui nous attache) à ce monde, la chair est, ici bas, ce qu’on appelle : « l’œuvre. » Délivré de ces deux maux (la chair et l’œuvre), on atteint le but suprême.

528. On cite aussi, à ce sujet, un hymne chanté jadis par Janaka, qui était délivré (de ses attachements charnels), indifférent aux couples de passions opposées, et qui aspirait à la délivrance finale.

529. « Hélas, (disait-il), je n’ai rien du tout, (et cependant) ma richesse est infinie. (La ville de) Mithila peut brûler, sans que je perde rien de ce qui m’est propre.

530. Pareil (à un homme) qui apparaît sur une montagne, celui qui est monté au temple de la sagesse, voit les habitants de ce monde gémir sur des objets indignes de compassion. Mais celui dont l’intelligence est faible ne (voit) pas (cela).

531. Celui qui voit ce qui doit être vu, (prouve), en le voyant, qu’il est clairvoyant et sage. (Ce qu’on appelle) bouddhi (intelligence, sagesse), se manifeste par la connaissance intime et l’interprétation des choses inconnues (aux autres hommes).

532. Celui qui peut entendre les paroles des gens à l’esprit éclairé, savants, et parvenus à l’union avec Brahma, acquiert beaucoup d’honneur.

533. Quand on comprend que l’essence personnelle de chaque être n’a qu’un seul centre, et qu’elle est une répartition (de l'être unique), en chaque créature, on parvient à l’état de Brahma (l’âme universelle).

534. Les hommes (qui connaissent ces choses) atteignent ce (suprême) refuge, et non pas ceux qui sont dépourvus de bouddhi et de tapas (ascétisme). Tout repose sur la bouddhi. »