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Le Mahâbhârata (traduction Ballin)/Volume 2/3-LLDA-Ch12

Traduction par Ballin, L..
Paris E. Leroux (2p. 270-274).



CHAPITRE XII


DISCOURS DE NAKOULA


Argument : Nakoula s’efforce de démontrer à son frère que l’action est le but suprême de la vie.


333, 334. Vaiçampayâna dit : Après avoir entendu les paroles d’Arjouna, le dompteur des ennemis, le grand sage Nakoula, le plus vertueux des hommes, aux bras puissants, à la large poitrine, modéré dans ses discours, le visage coloré et rouge comme du cuivre, s’emparant de la pensée de son frère, parla en ces termes.

335. Nakoula dit : Les feux de tous les dieux sont réunis (dans la région de) Viçâkhayoûpa. Sache donc, ô grand roi, que les divinités même sont soumises aux fruits de leurs œuvres .

336. Ceux qu’on appelle les pitris donnent la vie aux êtres, (même) aux impies. Eux aussi, ayant égard à la règle, accomplissent leurs œuvres, ô prince.

337. Sache que ceux qui négligent (les devoirs prescrits par) les textes sacrés, sont de grands impies. L’homme instruit qui, dans toutes ses actions, ne néglige rien de ce que prescrivent les védas,

338. Atteint la surface de la voûte céleste, au moyen des védas en guise de monture. Les gens qui se déterminent d’après les védas, déclarent que : « Ce (genre de vie, qui consiste à remplir les devoirs de maître de maison), est supérieur à tous les stages de la vie brahmanique. »

339. Ô roi, apprends que les brahmanes au fait (des préceptes) de la çrouti, consommaient surtout daus les sacrifices, les biens qu’ils avaient justement acquis.

340. Ô grand roi, celui qui a l’âme purifiée, est considéré comme (un homme) pratiquant le (vrai) renoncement. Celui qui ne songe pas à jouir des plaisirs (de la vie), et qui se place au-dessus (d’eux),

341. Celui qui renonce à lui-même, pratique un renoncement où domine la qualité de tamas (ténèbres). Le mouni sans demeure, qui se loge entre les racines des arbres,

342, 343. Qui mène toujours la vie ascétique, qui ne fait pas cuire (de vivres) pour lui-même, pratique le renoncement en mendiant. fils de Prithâ, le prêtre qui a étudié les védas, devenu indifférent à la colère, à la joie, à la faveur, et surtout à la méchanceté, pratique véritablement le renoncement en mendiant. Les sages ont dit que tous les stages de la vie brahmanique furent mis dans la balance, ô fils de Prithâ

344. Les trois (autres furent placés dans un plateau), l’état de maître de maison étant seul (dans l’autre plateau). En s’assurant par la balance, ô fils de Prithâ, que ce genre de vie (conduit) au plaisir et au ciel, (l’équilibre fut établi), ô taureau des Bharatides.

345. C’est la voie des maharshis, le refuge de ceux qui connaissent le monde ; celui qui arrange son existence ainsi, pratique le renoncement, ô taureau des Bharatides,

346. Et non celui qui abandonne sa maison pour aller dans les bois comme un fou. Quand un homme, (feignant) hypocritement (de remplir) son devoir, songe (à contenter) ses désirs,

347. Le roi des morts lui attache au cou son lacet mortel. L’action faite par égoïsme n’est pas capable de porter de (bons) fruits.

348. Ô grand roi, il n’y a que ce qui est accompagné (d’un sentiment) de renonciation (à ses sens), qui porte de grands fruits. La quiétude, le fait de dompter (ses penchants), la constance, la véracité, la pureté et la droiture,

349. Le sacrifice, la fermeté, le dharma (devoir), sont toujours considérés comme l’objet des règles des rishis. (Ces règles) prescrivent d’entreprendre tout ce qui concerne (le service) des pitris, des dieux et des hôtes.

352. Certes, ô grand roi, là seulement le trivarga (triade des buts de la vie, devoir, plaisir, profit), porte de bons fruits.

La destruction ne sera jamais (le lot) de celui qui pratique, ici bas, le renoncement, sans relâchement, et en suivant cette règle.

Le vertueux Prajâpati, (créateur, maître des êtres), exempt de fautes, engendra les créatures en disant : « Elles m’offriront des sacrifices avec des dakshinâs (offrandes rémunératrices aux prêtres) de différentes sortes. » (Il créa aussi) pour le sacrifice, les plantes, les arbres, les plantes médicinales,

353. Les bestiaux, les libations et les (autres) objets destinés aux sacrifices. Et cette œuvre sacrée rencontre des obstacles pour celui qui mène la vie de maître de maison.

354, 355. C’est pourquoi l’état de maître de maison est difficile à pratiquer et difficile à acquérir. Ô grand roi, ceux qui, après avoir adopté l’état de maître de maison, possédant des bestiaux, des richesses et des grains, n’offrent pas de sacrifices, (se chargent) d’un péché éternel. Il y a des rishis dont les seuls sacrifices consistent dans la récitation des textes sacrés, et d’autres pour qui le sacrifice consiste dans la science ;

356-358. D’autres qui disposent, (en quelque sorte), au dedans de leur cœur, de grands sacrifices. Les habitants du ciel recherchent (la société) de ces brahmanes, dé venus semblables à Brahma, qui suivent une voie à laquelle ils appliquent leur esprit.

En n’offrant pas en sacrifice les choses que tu as amassées et les joyaux que tu as conquis, tu fais profession d’incrédulité. Ô maître suprême des hommes, chez celui qui se tient dans sa famille, je ne comprends pas le renoncement (à ses biens),

359, 360. Si ce n’est dans les râjasouyas, les açvamedhas, les sarvamedhas. Ô protecteur de la terre, offre ces sacrifices et les autres (semblables), qui sont recommandés par les brahmanes, comme le fit Çakra, roi des dieux. Si par l’insanité du roi (le peuple) est pillé par les dasyous 10,

361-365. Ce roi, qui n’est pas le défenseur de ses sujets, est appelé kali (très mauvais dans son espèce). Si, ayant le cœur égoïste, nous ne donnons pas aux brahmanes des chevaux, des vaches, des captives, des éléphants bien ornés, des villages et des villageois, des champs et des maisons, nous que voici, ô maître des hommes, nous serons des kalis parmi les rois. Ceux qui ne font pas de libéralités et qui ne sont pas le soutien (de leurs sujets), sont souillés des péchés (spéciaux) des princes. Ils essuieront des peines et ne jouiront d’aucun bonheur. Si tu t’exiles dans les bois sans avoir offert le svadha aux pitris, sans t’être baigné dans les tîrthas, tu te dissoudras comme un nuage isolé, poussé par le vent ;

366-368. Tu seras déchu des deux mondes et (tu resteras) fixé dans leur intervalle. C’est en renonçant aux choses internes ou externes, quelles qu’elles soient, capables d’attacher l’esprit, qu’on pratique le renoncement, et non en abandonnant (sa maison). Il faut au contraire s’y tenir. Ô grand roi, le brahmane qui suit cette voie sans empêchement, n’est pas exposé à déchoir.

369. Après avoir, grâce à sa vigueur, tué de nombreux ennemis, comme Çakra le fit pour l’armée des daityas, quel est celui qui pourrait se lamenter, ô fils de Prithâ, s’il aime les devoirs de sa (caste), qui ont été pratiqués par les anciens (avant lui) et qui ont été goûtés par les plus grands princes ?

370. Après avoir, par ton héroïsme, conquis la terre selon la loi des kshatriyas, (quand tu auras) fait des présents aux (brahmanes) qui connaissent les mantras, ô Indra des hommes, tu atteindras la surface de la voûte céleste. Ce n’est pas l’heure, ô fils de Prithâ, de t’abandonner au chagrin.