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Le Mahâbhârata (traduction Ballin)/Volume 2/3-LLDA-Ch04

Traduction par Ballin, L..
Paris E. Leroux (2p. 239-241).



CHAPITRE IV


DOURYODHANA ENLÈVE UNE FILLE DANS UN SVAYAMBAHA


Argument : Svayambara de la fille de Citrângada. Douryodhana y va avec Karna. Arrivée de la princesse, qui passe à côté de Douryodhana sans s’arrêter. Douryodhana l’enlève et la fait monter sur son char. Les autres rois le suivent pour la lui disputer, mais ils ne peuvent l’arrêter, et Douryodhana emmène son épouse à Hastinapoura.


108. Nârada dit : Ô le meilleur des Bharatides, après avoir obtenu des armes du descendant de Bhrigou, Karna s’en réjouit avec Douryodhana.

109. Alors, ô roi, un jour, les rois s’assemblèrent pour le svayambara ^ (de la fille) du roi Citrângada, qui (régnait sur) la province de Kalinga,

110. Bharatide, dans la ville appelée la riche Râjapoura (ville royale). Des centaines de rois s’y donnèrent rendez-vous, en vue (d’obtenir) la princesse.

111. Ayant entendu dire que tous les princes étaient réunis en cet endroit, Douryodhana y alla avec Karna, sur un char orné d’or.

112. Alors, quand la grande fête du svayambara fut commencée, ô le plus grand des rois, les rois accoururent, pour (obtenir) la jeune fille. (C’étaient) :

113. Çiçoupâla, Jarâsandha, Bhishniaka, Vakra, Kapotaromau, Nîla, et le très héroïque Roukmin,

114. Le grand roi Çrîgâla, qui règne sur les femmes, Açoka, Çatadhanvan, et le héros appelé Bhoja.

115. Ceux-ci, et d’autres rois en grand nombre, habitant les contrées méridionales, les régions septentrionales et orientales, (celles) des barbares et des Ariens, ô Bharatide,

116. Tous brillant du pur éclat de l’or, porteurs de bracelets d’or, aux corps resplendissants, forts comme des tigres, (s’y trouvèrent rassemblés).

117. Alors, ô Bharatide, quand ces rois furent assis, apparut la jeune fille, accompagnée de sa nourrice et de ses eunuques.

118. Puis quand, ô Bharatide, les noms des rois eurent été proclamés, cette fille au bel aspect ne fit pas attention au fils de Dhritarâshtra.

119. Mais le Kourouide Douryodhana n’endura pas qu’elle passât (près de lui sans s’arrêter), et, sans respect pour les (autres) rois, il retint la jeune fille.

120. Affolé par l’amour et l’ardeur virile, comptant sur Bhîsma et sur Drona, il enleva cette jeune fille en la faisant monter sur son char ;

121. Y étant monté (à son tour), il prit son glaive et attacha (à sa main) le godha et l’angoulitra3. Karna, le meilleur des guerriers, le suivit par derrière, ô le plus excellent des hommes.

122. Alors un grand tumulte se produisit parmi ces rois, qui désiraient se battre, qui attachèrent leurs cottes de mailles et firent atteler leurs chars.

123. Pleins de colère, ils coururent contre les deux (héros), Karna et Douryodhana, en lançant sur eux des pluies de flèches, comme les nuages (répandent) des gouttes d’eau sur deux montagnes.

124-126. Karna, le meilleur des combattants, les déconcerta par son agilité. Il abattit sur le sol, chacun par une seule flèche, les arcs, les traits et les autres (armes) de ces rois. Il vainquit ces rois, dont les uns étaient privés de leurs arcs, tandis que d’autres les avaient (tout) préparés, dont d’autres brandissaient des traits, les hampes des drapeaux de leurs chars et des massues, et qui, pour la plupart, avaient leurs cochers tués.

127. Ces rois, (accélérant) la course de leurs chevaux, et disant (au ravisseur) : « Va-t-en, va-t-en », abandonnèrent le combat, le cœur brisé de douleur, et se dispersèrent.

128. Alors Douryodhana, protégé par Karna, joyeux d’avoir enlevé la jeune fille, se dirigea vers la ville qui tire son nom des éléphants (Hastinapoura).