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Le Mahâbhârata (traduction Ballin)/Volume 2/2-LLDF-Ch14

Traduction par Ballin, L..
Paris E. Leroux (2p. 157-159).



CHAPITRE XIV


APAISEMENT DE GÂNDHÂRÎ


Argument : Les fils de Pândou s’approchent de Gândhârî. Elle veut les maudire. Vyâsa l’en empêche, son discours. Réponse de Gàndhâri.


360. Vaiçampâyana dit : Ensuite, les (cinq) frères, ces Kourouides fils de Pândou, en compagnie de Keçava, s’approchèrent de Gândhârî, avec l’agrément de Dhritarâshtra.

361. Alors, oppressée par le chagrin (que lui causait la mort) de ses fils, l’irréprochable Gândhârî, sachant que Youdhishthira Dharmarâja avait tué tous ses ennemis, voulait le maudire.

362. Connaissant ses mauvais desseins à l’égard des fils de Pândou, le rishi fils de Satyavatî prévit instantanément (ce qu’elle voulait faire).

363. Ce très grand rishi (Vyâsa, capable de se transporter d’un lieu à un autre) avec la rapidité de la pensée, s’étant baigné dans l’eau pure de la Gangâ, arriva en ce lieu.

364. Doué d’une intuition divine, il connaissait à leurs pensées, et à leurs murmures (inarticulés), l’état d’esprit de touts les êtres vivants.

365. Cet homme au grand ascétisme, dont les paroles étaient bienveillantes, parla au (bon) moment à sa belle-fille ; en lui enlevant l’occasion (de lancer) une malédiction, il fit naître chez elle celle de la patience.

366. « Il ne faut pas être irritée contre les fils de Pândou, (dit-il). Calme-toi, ô Gândhârî. Que les paroles (que tu allais prononcer) ne s’échappent pas (de tes lèvres). Écoute ce que j’ai à te dire.

367. Pendant dix-huit jours, ton fils qui désirait vaincre, t’a dit : « Tu souhaites le bonheur (de ton enfant) combattu par les ennemis, ô ma mère. »

368. En entendant celui qui désirait la victoire te parler ainsi à chaque instant, tu lui répliquais, ô Gândhârî : « Là où est la vertu, là est la victoire. »

369. Ô Gândhârî, je ne me souviens pas qu’une parole de toi, qui étais (alors) heureuse, ait été fausse ou excessive. Assurément, tu étais bienfaisante pour les êtres vivants.

370. Les fils de Pândou, ayant incontestablement atteint la limite suprême (de l’héroïsmej, dans ce combat tumultueux des rois, ont remporté la victoire dans la guerre. Assurément donc, la vertu est supérieure (chez eux).

371. Tu étais jadis patiente. Pourquoi, aujourd’hui, ne pardonnes-tu pas ? toi, qui connais les devoirs, dompte l’injustice. Là où est la vertu, là est la victoire.

372. Ô femme vertueuse, souviens-toi de ta propre vertu et des paroles que tu as prononcées. Réprime ta colère, ne sois pas (ce que tu sembles vouloir être). »

373. Gândhârî dit : « Ô adorable, je ne m’irrite pas et je ne souhaite pas la perte (des fils de Pândou). Mais, presque malgré moi, mon esprit est troublé par le chagrin de la mort de mes fils.

374. Je dois protéger les fils de Kountî, aussi bien que Kountî elle-même, et Dhritarâshtra doit les protéger aussi bien que moi.

375. Cette destruction des Kourouides provient des fautes de Douryodhana, du Soubalide Çakouni, de Karna et de Dousçâsana.

376. Bîbhatsou ne nous a fait aucune offense, pas plus que Vrikodara, fils de Prithâ, Nakoula, Sahadeva, ni même Youdhishthira.

377. Les Kourouides, dont l’arrogance était excitée, en combattant les uns contre les autres, ont péri avec ceux qui les accompagnaient (dans leur entreprise). Je n’en conçois plus de peine.

378. Mais, comment (qualifier) l’acte commis par Bhîma, sous les yeux du Vasoudevide. Le magnanime avait défié Douryodhana à un combat à la massue.

379. Ayant reconnu que, grâce à son habileté, (celui-ci) lui était bien des fois supérieur dans le combat, il le frappa au-dessous du milieu du corps. Voilà ce qui accroît ma colère.

380. Pourquoi donc les héros pourraient-ils, dans le combat, et pour sauver leur vie, s’écarter du devoir, (tel qu’il a été) défini par les (hommes) magnanimes, qui le connaissaient (réellement) ? »