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Le Mahâbhârata (traduction Ballin)/Volume 2/2-LLDF-Ch07

Traduction par Ballin, L..
Paris E. Leroux (2p. 131-134).



CHAPITRE VII


SUITE DU PRÉCÉDENT


Argument : Suite du discours de Vidoura.


163. Dhritarâshtra dit : Ah ! toi qui es au fait de la vérité, (tu viens de me) raconter une allégorie ! Mais (j’aurais encore) du plaisir à goûter l’ambroisie de ta voix.

164. Vidoura dit : Écoute, je vais continuer à développer (les enseignements que comporte) cette question. Les sages qui ont entendu (ce que je vais te dire), sont délivrés des transmigations.

165. De même qu’un homme qui a à parcourir un long chemin, ô roi, fait halte de temps en temps, quand il est vaincu par la fatigue,

166. De même, ô Bharatide, sur ce chemin de la transmigration, ceux qui n’ont pas (cette) sagesse, font des haltes dans les matrices (où ils prennent leurs naissances successives). Les sages s’affranchissent de cette (nécessité).

167. Pour cette raison, les hommes au fait des çâstras ont dit que (la suite des transmigrations) était un chemin (qu’il fallait parcourir), et ont comparé le dédale des transmigrations à un bois.

168. Ô taureau des Bharatides, ce monde est constitué par le retour (indéfini) des êtres périssables, tant mobiles qu’immobiles. Ce n’est pas ce que le sage peut désirer.

169. Visibles ou invisibles, les maladies corporelles ou mentales, auxquelles les mortels (sont sujets) sur la terre, sont comparées à des bêtes féroces.

170. (Quoique) continuellement tourmentés et arrêtés par ces grandes bêtes féroces, qui sont leurs propres œuvres, les gens dont l’intelligence est faible, ne tremblent pas.

171. Cependant, ô roi, l’homme échappe-t-il à ces maladies, la vieillesse, destructive de la beauté, l’enveloppe aussitôt après.

172. (Plongé) de toutes parts, et sans support, dans le grand bourbier de la moelle (des os) et de la chair, avec les poisons de diverses sortes qui sont : les sons, les formes, le goût et le (sens du) tact,

173. (Il voit) les intervalles des années, des mois, des demi mois et des jours, consumer graduellement sa beauté et sa vie.

174. Ce sont les stations du temps (qui détruit tout). Les insensés n’y font pas attention. On a dit que les êtres avaient (leur sort) tracé d’après leurs œuvres.

175. Le corps des êtres est un char, dont l’âme, dit-on, est le cocher. Les sens figurent les chevaux. Le karmabouddhi (organe intellectuel qui dirige les actes) représente la bride .

176. Celui qui suit l’élan de ces chevaux emportés, roule, à la manière d’une roue, dans le cercle de la transmigration.

177. Celui qui s’est vaincu lui-même, et qui a dompté ses sens par la sagesse, ne s’arrête pas ; il roule (aussi, mécaniquement) comme une roue, dans le cercle de la transmigration.

178. Il roule dans la transmigration (mais, en roulant), il n’est pas soumis à l’aveuglement, qui est le malheur de ceux qui roulent dans les transmigrations, (sans être éclairés par la sagesse).

179. Aussi faut-il que le sage s’applique à faire cesser (cet état fâcheux). Il ne doit rien négliger pour cela, car (l’obligation des transmigrations) a cent modes de développement.

180. Ô roi, l’homme qui a vaincu ses sens, qui n’est enclin ni à la colère, ni à la cupidité, qui est satisfait (de tout), qui dit la vérité, obtient l’apaisement.

181. Ce char, (qui figure le corps de l’homme), par qui ceux qui manquent de sagesse (se laissent) séduire, est dit (le char) d’Yama. (L’homme dépourvu d’intelligence) obtiendrait (le sort) que tu as obtenu toi-même, ô maître suprême des hommes.

182. Ô Bharatide, gémir sur la perte d’un royaume, de ses fils, de ses amis, dont on vient d’entendre le récit, voilà (un vrai) malheur.

183. Pour les grandes peines, que le sage ait recours à la médecine de la sagesse, en se servant du médicament qui est la science. C’est là le grand remède, (mais) d’acquisition difficile.

184. L’homme qui a dompté son esprit, se délivre de la grande maladie de la douleur. Ni l’héroïsme, ni les intérêts, ni les alliés, ni les amis,

185. Ne délivrent aussi bien de la peine, qu’une âme qui se maîtrise avec fermeté. C’est pourquoi, ô Bharatide, quand on cultive l’amitié (pour tous les êtres), et quand on pratique la vertu,

186. Le fait de se dompter (soi-même), le renoncement, et l’application sont les trois chevaux de la science sacrée (brahman). Celui qui, monté sur le char de son esprit, le dirige avec les rênes des (bonnes) habitudes,

187. Ayant abandonné la crainte de la mort, s’achemine vers le monde de Brahma. Celui qui, ô maître de la terre, laisse tous les êtres en sécurité,

188, 189. Celui-là va au séjour suprême de Vishnou, (ce qui est) la félicité la plus grande. Ce résultat, qu’il obtient en délivrant les êtres de la crainte (du mal qu’il pourrait leur faire), l’homme ne l’obtiendrait pas par des milliers de sacrifices, et par des jeûnes continus. Certes, les êtres n’ont rien de plus cher qu’eux-mêmes.

190. La mort est redoutée de toutes les créatures, ô Bharatide. Le sage doit donc avoir compassion de tous les êtres.

191. Ceux qui sont sans intelligence, dont la vue n’est pas perçante, (qui sont) en proie aux diverses erreurs, couverts et enveloppés du filet de leurs pensées (peu sages), s’égarent de côté et d’autre.

192. Ô roi, ceux dont la vue est pénétrante, vont vers l’éternel Brahma.