Ouvrir le menu principal

Le Mahâbhârata (traduction Ballin)/Volume 2/2-LLDF-Ch03

Traduction par Ballin, L..
Paris E. Leroux (2p. 120-122).



CHAPITRE III


SUITE DU PRÉCÉDENT


Argument : Suite du discours de Vidoura.


84. Dhritarâshtra dit : « Ô grand sage, (tes) bonnes paroles ont fait disparaître le chagrin qui me consumait, mais je désire entendre encore (tes) discours conformes à la vérité.

85. Comment les sages se délivrent-ils des peines mentales, en évitant, (à la fois), ce qui plaît et ce qui déplaît ? »

86. Vidoura dit : À partir du moment, quel qu’il soit, où il s’est détaché des peines et des plaisirs de son intelligence, et où il a réprimé (les sensations qu’il en peut ressentir), le sage obtient l’apaisement.

87. Ô taureau des hommes, cet (univers) n’est pas considéré comme éternel. Le monde est semblable au kadali (musa sapientium, arbre qui n’a pas de moelle). Son essence (réelle) n’est pas connue.

88. Puisque les sages et les fous, les riches et les pauvres, quand ils ont atteint le cimetière, (y) dorment tous, délivrés de soucis,

89, 90. Avec des membres décharnés, (où il ne reste) guère que des os liés par des tendons, comment les autres hommes, considérés isolément, (pourraient-ils) apercevoir entre eux une différence, distinctive de leur race et de leur beauté ? Comment les hommes ont-il l’esprit (assez) abusé, pour se porter envie les uns aux autres ?

91. Les sages ont dit que les corps des mortels étaient semblables à des demeures. Le temps les dissout. L’esprit seul est éternel.

92. Quand un homme a mis de côté un vêtement usé ou non usé, il en choisit un autre. Il en est de même des corps des êtres vivants.

93. Ô fils de Vicitravîrya, les créatures obtiennent, ici-bas, le bonheur ou le malheur qu’elles ont mérité par leurs actes.

94. Par l’œuvre, ô Bharatide, le Svarga, le bonheur, ou le malheur sont obtenus. Qu’il le veuille, ou qu’il ne le veuille pas, (l’homme) porte le fardeau (de ses actions).

95-97. De même qu’un vase d’argile périt, soit qu’on le brise en le faisant, quand il est monté sur la roue (du potier), ou quand il vient d’être fait en le descendant (de la roue), ou, après avoir été descendu, s’il est brisé (encore) humide, ou, sec, quand il est en train de cuire, soit que, ô Bharatide, on le fasse tomber quand il est retiré du four, ou bien quand on s’en sert, de même (se passent les choses) pour les corps des êtres vivants.

98, 99. La mort frappe celui qui est dans le sein de sa mère, (celui) qui nait, (celui qui est) au premier jour de sa vie, (celui qui) est âgé d’un demi mois, d’un mois, d’un an, de deux ans, (celui qui) a atteint la jeunesse, la moitié de la vie, la vieillesse.

100. C’est en vertu de leurs actes (dans des vies antérieures), que les êtres existent ou n’existent pas. Le monde étant ainsi organisé, pourquoi s’en affliger ? 101. Et de même ô roi, qu’une créature quelconque, suivant (le fil) de l’eau pour son plaisir, (tantôt) plonge et (tantôt) revient à la surface,

102. De même, dans le gouffre profond de la transmigration, (les créatures) plongent ou émergent. Les hommes de peu de sagesse en souffrent les conséquences (dans les existences successives).

103. Mais les sages qui, dans ce cours de la transmigration, sont fixés dans le vrai, qui désirent le bien et qui connaissent l’évolution d’ensemble des êtres, atteignent le but suprême (la délivrance finale, qui fait cesser les transmigrations).