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Le Mahâbhârata (traduction Ballin)/Volume 2/1-LDEAPLS-Ch7

Traduction par Ballin, L..
Paris E. Leroux (2p. 33-40).



CHAPITRE VII


ADORATION DE ÇIVA PAR LE FILS DE DRONA


Argument : Prière à Mahâdeva. Un autel apparaît, et, sur cet autel, un feu. Apparitions nombreuses et fantasques. Fermeté du fils de Drona, qui prépare un sacrifice et s’offre comme victime. Mahâdeva apparaît, donne à Açvatthâman un glaive merveilleux, et pénètre dans son corps.


251. Sañjaya dit : Après avoir fait ces réflexions, ô maître des hommes, le fils de Drona descendit de son char et s’inclina devant le maître des dieux.

252-261. Le Dronide dit : Avec ma faible intelligence, l'esprit purifié, je me sacrifie au moyen d’une offrande douloureuse au terrible Sthânou, Çiva, Roudra, Çarva, îçana, îçvara, au dieu Girîça, à Varada (qui comble les désirs), au maître qui apporte le salut ; à Çitikantha (qui a le cou bleu), à Aja (qui n’est pas né), à Çoukra (brillant), au ravisseur du sacrifice de Daksha, à Hara, à Viçvaroûpa (qui a toutes les formes), à Viroûpâksha (qui a des yeux de diverses formes), à Bahouroûpa (multiforme), à l’époux d’Oumâ, au farouche Çmaçânavâsin (habitant dans les cimetières), chef d’une nombreuse troupe, à Vibhou (le puissant), à Khatvângadhârin (porteur du bâton d’ascète mendiant), à Roudra Jatila (qui a des tresses de cheveux), à (celui qui vit en brahmaçârin (pratiquant les règles brahmaniques), à Tripouraghâtin (destructeur de la ville de Tripoura, triple, faite de fer, d’or et d’argent), à celui qui a été loué, qui mérite d’être loué et qui est loué, à Amogha (non vain), à Krittivâsas (qui a un habit de peaux), à Vilohita (rouge), à Nîlakantha (qui a le cou bleu), à celui auquel on ne peut résister, à celui qu’il est difficile de repousser, à Çakra, créateur des brahmanes, à Brahma (la prière), à Celui qui mène la vie de brahmacârin, qui est soumis à des vœux, qui pratique l’ascétisme, à Ananta la voie de ceux qui pratiquent l’ascétisme , à Bahouroûpa ( qui a plusieurs formes), à Ganâdyaksha (Ganeça maître des troupes), à Tryaksha (qui a trois yeux), cher à ceux qui l’accompagnent, maître des trésors (comme ami de Kouvera dieu des richesses), à Celui qui a pour face la terre, au favori de cœur de Gaurî (épouse de Çiva), au père de Koumâra, à Celui qui est rouge jaune, qui a pour monture préférée un taureau, à Celui qui est entièrement occupé de la parure d’Oumâ, à Celui qui est couvert d’un vêtement léger, (à Celui qui est) très terrible, supérieur, plus grand que les plus grands, auquel on ne connaît pas de supérieur, au maître du suprême astra des flèches, au protecteur du monde, au dieu à la cuirasse d’or, ayant la lune pour ornement de tête. Je m’approche du dieu protecteur, en me livrant à la méditation suprême.

262. Si je traverse aujourd’hui cette difficulté terrible et très difficile à surmonter, j’offrirai au pur Çiva une offrande de prière (formée) de tous les éléments.

263. (Le dieu) ayant connu, par l’application d’esprit de cet homme aux œuvres pieuses, que telle était sa volonté, un autel doré apparut devant ce magnanime.

264. Sur cet autel, ô roi, il s’éleva un feu, qui remplissait en quelque sorte de flammes les points cardinaux et les espaces intermédiaires.

265. (On y vit alors) des êtres ayant la bouche et les yeux flamboyants, des êtres ayant de nombreux pieds et de nombreuses mains, des porteurs de bracelets divers de pierres précieuses, qui tenaient les mains levées.

266. Il apparut aussi de nombreuses troupes (d’êtres) ayant l'aspect d’éléphants ou de rochers. Il y en avait qui avaient la forme de chiens, de sangliers, de chameaux, la tête de chevaux, de chacals, de bœufs,

267. Des visages d’ours ou de chat, des têtes de tigres, de corneilles, de singes, de perroquets,

268. De brillants avec des têtes de grands boas, ou de flamants, de grimperaux, de coracas indien, ô Bharatide,

269. De tortues et de crocodiles, de dauphins du Gange, de tourterelles et de plongeons,

270. De lions, de hérons kraunca, de pigeons, d’éléphants. Des (êtres) ayant la tête de grands makaras (monstres marins), de timi (gros poissons de proie),

271. Des oreilles aux mains, mille yeux, de grands ventres, de décharnés, d’autres avec des têtes de corneille ou de faucon, ô Bharatide,

272. D’autres n’ayant pas de têtes ou ayant des tètes d’ours, ô roi, ou avec les yeux et la langue de feu, ô Bharatide, (ou bien) avec des oreilles de flammes,

273. Des chevelures de flammes, le poil du corps et les quatre membres formés de flammes, ô Indra des rois, d’autres avec des têtes de béliers ou de chèvres, ô roi,

274. D’autres pareils à des conques, ayant des têtes (formées par) des conques, ayant pour oreilles des guirlandes de conques, des troupes (d’êtres) dont la voix ressemblait au son des conques,

275. Des porteurs de tresses, de cinq toupets, (ou) ayant la tête rasée, des (êtres) ayant le ventre mince, (d’autres avec) quatre défenses, quatre langues, des oreilles en forme de) chevilles, des diadèmes.

276. Des porteurs de ceintures d’herbe mouñja, ô Indra des rois, (ou) avec des cheveux bouclés, des porteurs de turbans et de cimiers, des (êtres) à la figure agréable, de bien parés,

277. Des porteurs de guirlandes de lotus et de fleurs de lotus, ainsi que des porteurs de cimiers. Des centaines et des milliers (d’êtres) majestueux.

278. Des êtres ayant à la main la çatghni ou la foudre, ou portant des pilons dans leurs mains, ou bien des cordes, des bhouçoundis (sorte d’arme), ou des bâtons, ô Bharatide .

279. Des (êtres) portant sur le dos des carquois attachés, garnis de flèches diverses. Des porteurs de grelots et de haches,

280. Des (êtres) brandissant de grandes cordes, des bâtons ferrés, ayant à la main des poteaux ou des glaives, ou couronnés de diadèmes hérissés de serpents,

281. Des porteurs de grands serpents en guise de bracelets , des porteurs d’ornements variés , d’étendards couverts de poussière ; des êtres souillés de boue, tous (ceux) qui ont des vêtements et des guirlandes de couleur blanche,

282-283. Des êtres au corps bleu sombre ou jaunâtre, étaient rassemblés ; joyeux, ayant l’éclat de l’or, ils chantaient en faisant résonner des conques et des tambours jharjaras, (ou) anakas, ou des gomoukhas (instruments de musique) ; d’autres dansaient.

284. De grands guerriers sautaient, nageaient, agitaient leurs membres, couraient, ayant la tête rasée ou la chevelure flottante au vent,

285. Terribles, d’aspect effrayant, rugissant incessamment comme de grands éléphants en rut, portant à la main des piques ou des lances tranchantes,

286. Couverts de vêtements de diverses couleurs, parés de guirlandes et d’onguents brillants, de bracelets resplendissants, de pierres précieuses, les mains levées.

287. Héros à la force indomptables, destructeurs de leurs ennemis, s’abreuvant de flots de sang et de graisse, se nourrissant de chair,

288. Ayant une touffe de cheveux sur le sommet de la tête, ayant des ornements d’oreilles de jais ; (quelques-uns) avaient des pots pour ventre. (Il s’en trouvait) de très longs et de très courts, de pendants, d’effroyables

289. De longs, (d’autres) avec la lèvre inférieure noire et pendante, (ou) le pénis et les boules testiculaires développées ; (quelques-uns) avec la tête rasée, d’autres avec des tresses.

290. Ces (êtres), qui auraient été capables d’anéantir l’ensemble des créatures, qui est de quatre sortes, auraient pu également faire tomber sur le sol de la terre, le ciel avec le soleil, la lune, les planètes et les maisons lunaires.

291. Inaccessibles à toute crainte, ils auraient été capables (de supporter) le froncement des sourcils de Hara. Doués de mains qui accomplissaient tous leurs désirs, maîtres suprêmes des trois mondes.

292. Amusés par des plaisirs continuels, éloquents, exempts d’envie, possédant les huit (grandes) qualités, ils ne s’abandonnaient pas à l’orgueil.

293. L’adorable Hara ne cesse jamais d’être étonné de leurs actes, et il est constamment favorable à leurs pensées, leurs paroles et leurs actions.

294. Il protège (ces êtres qui lui sont) dévoués en pensées, en paroles et en actions, comme (il protégerait) ses propres fils. (Parmi ces êtres), d’autres, irrités, boivent constamment le sang et la graisse des ennemis de Bratima.

295-298. Ils boivent sans cesse le soma, qui est de quatre sortes. S’étant, par l’étude des védas, la chasteté (état de brahmacarya), l’ascétisme et le fait de se dompter, rendu favorable Celui qui a une lance pour signe, ils sont parvenus à l’union avec Çiva. Avec cette grande troupe d’êtres, devenus partie intégrante de lui-même, et avec Pârvati (Dourgâ), Maheçvara (le grand maitre), maître du passé, de l’avenir et du présent, goûte le soma.

Ils entourèrent Açvatthâman, en faisant trembler tout (l’univers), avec le son de divers instruments de musique, avec des rires, des grognements, de grands cris et des rugissements, glorifiant Mahâdeva, et produisant une lumière très éclatante,

299. Désireux de faire un grand honneur au fils de Drona, de s’assurer de son énergie, et d’être témoins (de l’attaque) qui devait avoir lieu pendant le sommeil (de ses adversaires).

300. Tenant dans leurs mains de fortes et terribles barres de fer, des tisons, des piques et des lances tranchantes, ces multitudes d’êtres de formes effrayantes, s’approchèrent de toutes parts.

301. Leur vue était capable de remplir de crainte l’ensemble des trois mondes. En les voyant, le très fort (Açvatthâman) ne ressentit aucune frayeur.

302. Le fils de Drona, ayant à la main son arc auquel il avait mis la corde, et ayant attaché l’angoulitra (gant protecteur), se présenta lui-même comme offrande.

303. Des arcs furent le combustible, des flèches aiguës devinrent les libations, et son âme fut l’offrande, ô Bharatide.

304. Alors, avec un excellent mantra (incantation), le majestueux fils de Drona, enflammé d’une grande colère, se présenta lui-même comme oblation.

305. Ayant glorifié cet impérissable Roudra, que ses œuvres formidables rendent terrible, et ayant fait l’añjali, il s’adressa en ces termes au magnanime Mahâdeva,

306. Le Dronide dit : Ô Adorable, je verse sur le feu (du sacrifice), cette âme qui est la mienne, à moi né dans la famille d’Angiras. Accepte-moi présentement en qualité d’offrande.

307. Ô Mahâdeva, âme universelle, je me présente devant toi dans cette adversité, par dévotion pour toi, et l’esprit livré à la méditation la plus profonde.

308. En toi sont tous les êtres, et tu es dans tous les êtres. On trouve en toi la réunion des qualités les plus éminentes.

309. Étant donné que mes ennemis ne peuvent pas (être vaincus) par moi, ô Puissant, refuge de tous les êtres, accepte-moi pour offrande.

310. Après avoir ainsi parlé, le fils de Drona monta sur cet autel, où le feu était allumé. Ayant fait l'abandon de lui-même, il monta sur cet autel et s’assit dans le feu.

311. En le voyant les bras levés, immobile, et passé à l’état d’offrande, Mahâdeva lui dit en souriant, et en se montrant (à lui) :

312, 313. « J’ai été vraiment honoré par la fermeté dans l’action, la véritable pureté, le renoncement, l’ascétisme, les austérités, la patience, les pensées, la sagesse et les paroles de Krishna. Aussi, je ne vois pas un autre homme qui me soit plus cher que lui.

314. Pour lui faire honneur et pour t’éprouver, je viens de protéger les Pâñcâlas, et de produire à plusieurs reprises, des prestiges magiques (en leur faveur).

315. En protégeant les Pâñcâlas, je l’ai honoré, mais ils sont vaincus par le destin, et il n’y a plus à espérer de vie pour eux. »

316. Après avoir ainsi parlé au magnanime (Açvatthâman), l’adorable (Mahâdeva), lui donna un grand et excellent glaive, et pénétra dans son corps.

317. Pénétré par Bhagavant (l’adorable), il brilla d’une plus grande énergie engendrée par le dieu, et qui le rendit impétueux (dans les combats).

318. De toutes parts, des êtres invisibles et des rakshasas se rassemblèrent autour de lui, alors qu’il ressemblait au roi des dieux et qu’il se dirigeait vers le camp des ennemis.