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Le Mahâbhârata (traduction Ballin)/Volume 2/1-LDEAPLS-Ch2

Traduction par Ballin, L..
Paris E. Leroux (2p. 9-12).



CHAPITRE II


CONVERSATION DU DRONIDE ET DE KRIPA


Argument : Discours de Kripa.


70. Kripa dit : puissant, nous avons entendu ce que tu nous as dit. Maintenant, ô homme aux grands bras, écoute à ton tour quelques paroles que j’ai à t’adresser.

71. Tous les hommes réunis sont soumis à deux impulsions, le destin et l’effort humain. Il n’y a rien au-delà de ces deux (forces).

72. Car, ô très grand, isolés, le destin ni les efforts humains ne font pas réussir les entreprises. Mais la réunion des deux (amène les œuvres humaines à leur) perfection.

73. Toutes les affaires, les infimes comme les plus grandes, sont soumises à ces deux (influences), qu’on voit partout les mettre en mouvement ou les empêcher de s’exécuter.

74. Le nuage verse la pluie dans la montagne. Pourquoi y a-t-il des fruits ? De même, quand il pleut sur un champ labouré, pourquoi ne donne-t-il pas de récolte ?

75. Certes, l’effort (seul) du destin, aussi bien que l’absence d’effort du destin n’aboutit à rien. Il faut une détermination préalable.

76. Il en est de la réussite des choses humaines, comme (de ce fait), qu’une bonne pluie, envoyée par les dieux, (tombant) sur un champ convenablement cultivé, la semence devient féconde.

77. Quand, de ces deux (agents), le destin a pris sa détermination, il agit de lui-même ; mais les sages s’attachent avec ardeur à l’action humaine .

78. Certes, ô homme excellent, toutes les affaires des hommes s’exécutent ou ne s’exécutent pas, par le concours de ces deux (facteurs).

79. Quand l’effort humain est produit, il réussit avec le concours du destin, et le fruit de l’action se développe pour son auteur,

80. On voit ici-bas l’effort des hommes actifs, quoique convenablement produit, ne pas porter des fruits, s’il est privé du concours du destin.

81. Il y a des hommes paresseux et inintelligents qui blâment l’effort ; mais ce n’est pas l’avis des sages.

82. Ordinairement, on ne voit pas un acte accompli, rester sans résultat sur la terre, mais l’absence d’action semble produire de très fâcheuses conséquences.

83. On voit rarement ces deux choses : un homme qui n’a rien fait obtenir quelque chose, et un homme qui a fait (un effort) sans rien obtenir.

84. L’homme actif peut supporter la vie. Celui qui éprouve de vifs désirs goûte le plaisir. Dans ce monde on voit, en général, les gens actifs rechercher leur bien.

85. L’homme actif, ou bien obtient le fruit de ses œuvres, ou bien, s’il échoue dans ses entreprises, il n’est pas à blâmer.

86. Celui qui, ici-bas, sans avoir agi, recueille un fruit, encourt le blâme et devient le plus souvent odieux.

87. Celui qui, n’ayant pas égard à cette (prescription de déployer des efforts), se comporte autrement, se fait du tort à lui-même ; la manière d’agir (que j’ai indiquée) est propre à l’homme sage.

88. Les entreprises deviennent stériles pour ces deux causes : quand elles sont privées de l’action de l’homme ou de celle du destin.

89, 90. Rien ne réussit ici-bas, sans que les hommes s’y appliquent. Mais l’homme actif et pieux qui, après avoir rendu hommage aux dieux, recherche convenablement des résultats, n’a pas à redouter l’inutilité de ses entreprises. Or, voici celui qui a des désirs convenables : celui qui honore les vieillards,

91. Leur demande ce qu’il est préférable (de faire) et suit un bon conseil. Chaque fois qu’on entreprend quelque chose, ceux qui ont adopté les opinions des vieillards doivent être consultés.

92. Car en eux repose l’origine des entreprises et le point de départ du résultat. Celui qui déploie ses efforts après avoir écouté la parole des vieillards,

93. Finit par en obtenir un bon résultat. L’homme qui recherche passionnément ses intérêts avec colère, crainte et cupidité,

94, 95. Qui (ne veut pas reconnaitre) de maître, qui dédaigne (les bons conseils), tombe rapidement (du faite de sa) prospérité. Cette affaire mauvaise, entreprise par l’avide Douryodhana à la vue courte, qui n’a eu aucune considération pour les hommes dont le jugement était bon, et qui n’a pris conseil que des méchants, a été follement conçue.

96. (Malgré ce qu’on a pu faire pour) l’en empêcher, il a engagé la guerre avec les fils de Pândou, dont les qualités étaient supérieures (aux siennes). Ayant eu jusque là un très mauvais caractère, il ne pouvait pas se maîtriser.

97. Certes, l’entreprise étant en mauvais état, il (en) a gémi. Il n’a pas écouté les conseils de ses amis. Quant à nous, pour avoir suivi ce méchant homme,

98, 99. Nous avons partagé sa très fâcheuse manière d’agir. Ce malheur trouble ma pensée, et j’ai beau réfléchir, je ne vois pas ce que nous avons de mieux (à faire). L’homme dont l’esprit est égaré, doit consulter ses amis.

100. En cela consiste sa sagesse et sa prudence. Il voit par là ce qu’il y a de mieux (à faire) pour lui. Des (amis) sages ayant réfléchi avec sagesse, sur la cause de ses entreprises,

101. Étant interrogés (par lui), il convient alors de suivre leurs conseils. Allons donc trouver Dhritarâshtra et Gândhârî.

102. Lorsque nous serons arrivés (auprès d’eux), nous les interrogerons, ainsi que le très sage Vidoura. Consultés par nous, ils nous indiqueront de suite ce que nous avons de mieux (à faire).

103. Nous ferons (ce qu’ils nous diront). C’est ma résolution définitive. Une affaire ne saurait avoir d’issue convenable, si on ne la commence pas.

104. Mais quand un homme a fait ce qu’il devait faire, si ses entreprises ne réussissent pas, c’est un coup du destin. Il n’y a pas à discuter là-dessus.