Le Livre des oraisons/V

Alphonse Picard et Fils (p. 9).
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V

À toi, sires, ie manifeste les secrès de mon cuer a toi ie confesse mes pechiez et les laydesces de mon cuer ; certes plus durement ay ie pechié que Sodome, et plus ay defailli que Gomorre. Ie suis ton debteur non seulement de dix mille delans, mais de tout le temps de ma vie t’ay a rendre rayson, rompeur de ta loy et sur tous negligent, desobeissant et trépasseur de tes mandemens en toute ma vie. Or Sires, ie vieing a toy a grant tristece de cuer, a grant contriction de plours et de lermes. Si te plaise que me vueilles ouyr et aidier à retourner a ma salut, toutes mes euvres ordene à ton doux plaisir. Si que ie aproufite de iour en iour et aille de vertu en vertu. À toi, sires, humblement ie pry et en plourant de cuer que tu me vueilles pardonner er garder de cy en avant de faire choses a toy deplaisans, car, sire, sens taide, ma fragilité est en doubte que ne le pusse soufrir. Tu, lumiere véritable euvre mes yeulx de toute cecité humaine et de tout empèchement mondain et séculier ; donne moy, Sires, armes de taide et de ta protection, tousiours en ta dilection persevérer, céleste bénédiction recevoir, ainsi que en la présente vie que m’as donnée ie me puisse esleescier en la perpétuelle gloire. Amen.